«Je suppose qu’on descend en N3»

«Je suppose qu’on descend en N3»
«Je suppose qu’on descend en N3»

Exemplaire serait l’adjectif parfait pour le décrire en cette fin de saison. Dans cet ultime sprint pour se maintenir en N2, Yann Djabou se positionne plus que jamais comme le capitaine de ce navire qui oscille entre bonnes performances et regrets. Entretien grand format.

Objectif Gard : Quelle saison, Yann !

Yann Djabou : Incroyable. Beaucoup de déceptions, des déceptions aussi… Quand on regarde ce qu’on produit depuis des semaines, on peut avoir beaucoup de regrets.

Comment expliquez-vous cet instinct de survie que vous avez en fin de championnat ?

Par respect pour nous-mêmes, pour le staff, notre club et les supporters. Nous étions obligés de rester dignes et fiers de notre institution et de l’ADN du club. Mais s’il y a une explication, il faudra la trouver. Car depuis la deuxième partie de saison, on réalise les mêmes performances… En ce moment, on est peut-être plus rigoureux, on joue avec plus d’insouciance. De toute façon, on n’a pas le choix, on joue dur.

« On se nourrit de regrets car sur ces trois matches, il n’y a pas d’image. Collectivement, je ne vais pas dire que c’est la perfection mais c’est ce que nous recherchions depuis un moment.

Yann Djabou, capitaine de l’OAC

Avez-vous des regrets sur la saison dans son ensemble ?

Il y a quelques. Il n’y en aurait pas eu si nous avions perdu nos trois derniers matchs, mais aujourd’hui bien sûr. On se nourrit de regrets car dans ces trois matches, il n’y a pas photo. Collectivement, je ne vais pas dire que c’est la perfection mais c’est ce à quoi nous recherchons depuis un bon moment. Du lundi au vendredi, dans le groupe, tous les joueurs, même ceux qui n’en font pas partie, il y a cette ambiance non pas de sérénité mais de tranquillité, de travail. Et bien sûr, le week-end, cette ambiance se traduit par des résultats. Mais j’ai des regrets car tous les joueurs sont performants, donc on gagne les matches et on se dit “pourquoi aujourd’hui et pas il y a deux mois ?”.

Comment expliquez-vous la solidité défensive de l’OAC lors des derniers matches, avec trois clean sheet consécutifs ?

Je ne vais pas parler des défenseurs ou d’Eric (Moreau, gardien, NDLR) car aujourd’hui les premiers défenseurs sont nos trois attaquants et Lucas (Franco, meneur de jeu, NDLR) que l’on peut inclure. Quand je vois les courses d’Arnold (Abelinti, NDLR), de Joris (Correa, NDLR) ou encore de Wilfried (Baana-Jaba, NDLR), on voit derrière nous une débauche d’énergie qui facilite notre travail. Nous récupérons et nous pouvons continuer. Il n’y a d’ailleurs pas eu de consignes différentes depuis le début de la saison. Il y a tout simplement plus de paix et de tranquillité. De toute façon, nous sommes aux portes de la N3, que risque-t-on ?

Tout au long de la saison, vous avez personnellement affronté la situation, vous avez parlé à de nombreuses reprises avec les supporters. Ensuite, pendant de nombreux matches, vous avez été le leader que le club attendait dans ces moments-là. Comment percevez-vous votre rôle de capitaine cette saison ?

Nous pouvons le voir de deux manières. Je suis capitaine donc je dois assumer ce rôle quand les supporters et le club sont déçus, je suis en première ligne. Certains joueurs sont discrets mais tout aussi énervés que moi et ils assument autant de responsabilités que moi. Et soit vous y faites face, soit vous restez un peu en retrait et nous verrons ce qui se passera dans le futur. Il existe deux types de personnages différents. Il y a aussi l’ancienneté : je suis ici depuis un moment, je dois répondre.

Yann Djabou. • Photo Corentin Migoule

Votre attachement au club et à la ville d’Alès est évident. Qu’est-ce qui définit votre lien avec l’OAC et la ville, notamment depuis votre arrivée en 2020 ?

C’est important. Je suis arrivé comme manager de l’équipe et au fil des années, des joueurs sont partis, puis j’ai récupéré le brassard, à tort ou à raison car ça aurait pu être d’autres joueurs. J’ai un lien fort avec Alès, j’ai vécu ici de belles émotions avec la montée, les parcours en Coupe de France, un accompagnement exceptionnel l’année dernière, je me suis marié ici aussi. L’année dernière, ce fut la plus belle saison sur le plan humain, au niveau du groupe et du staff. On sentait qu’il se passait quelque chose autour du club.

Votre maintien en N2 dépend désormais non seulement de vos performances, mais aussi des résultats des autres équipes. Surveillez-vous de près les performances des concurrents ?

Non, car je suppose qu’on descend en N3 cette année. Nous sommes en survie depuis le match de Toulon. Depuis, chaque match que nous jouons, si nous le perdons, nous tombons. J’essaie donc de profiter au maximum de chaque entraînement, de chaque match, de chaque instant où je porte le maillot de l’OAC. Nous devons prendre chaque match. Il en reste deux, et il faut prendre six points. À la fin, nous ferons le calcul.

A l’approche de ces deux derniers matchs, comment se sent le groupe ?

Beaucoup d’enthousiasme, de joie mais aussi beaucoup de sérénité. On a paniqué à un moment, on n’arrivait pas à marquer – Grasse, Cannes – alors qu’on faisait de bons matches. Puis cette série où on est passé d’Andrézieux, Hyères, Évian, Jura Sud, où on a paniqué. Mais comme on ne panique plus, et ce parce que les résultats sont là, on est beaucoup plus serein. Pas apaisé non plus car la situation est catastrophique, mais inversement on est serein parce qu’on a un pied en N3, il faut l’accepter. Ces deux matches (Toulouse ce samedi et Bourgoin-Jallieu samedi prochain, NDLR) ne seront pas des plus faciles. Nous jouerons contre des équipes libres, avec des joueurs qui auront à coeur de faire leurs preuves pour rebondir également l’année prochaine.

« Entre nous, personne ne parle d’avenir, on se dit juste « tout ça pour ça ? ». Parvenir à tenir le rythme de l’année dernière pour vivre une saison comme celle-là… Avec un président qui donne le ton dès le début de saison pour enfin rendre cette copie, c’est une tâche.

Yann Djabou, capitaine de l’OAC

Que dites-vous entre vous dans le vestiaire ?

Pour être honnête, depuis les trois derniers matches, on a tous des regrets. Nous sommes heureux de les gagner, mais évidemment nous ne sautons pas de joie non plus. Nous nous racontons merde, pardonnez-moi le terme, mais ça fait vraiment rire. Entre nous, personne ne parle du futur, on se dit juste « tout ça pour ça ? ». Parvenir à se maintenir l’année dernière pour vivre une saison comme celle-là… Avec un président qui annonce la couleur dès le début de saison et qui rend finalement cette copie, c’est une tâche. Nîmes Olympique, bravo à eux, même si je sais qu’il y a de la concurrence entre Alès et Nîmes mais en tant qu’athlète, je dois reconnaître que c’est beau ce qu’ils font. Mais pour nous, ce n’est pas joli du tout. Sportivement, on va pratiquement descendre.

« Cape Town 2024 reste un échec. Que le président et les dirigeants aient fait des annonces ou non, ce projet reste aujourd’hui un échec.»

Yann Djabou, capitaine de l’OAC

Votre avis sur Cape Town 2024 qui fait beaucoup parler compte tenu de la position au classement OAC ?

J’ai vu et entendu beaucoup de choses… Honnêtement, à l’horizon 2024, c’est mon avis personnel, le président a suggéré qu’il fallait viser le plus haut possible. Tous les clubs de N2 veulent monter en N1, mais pour y parvenir, il faut beaucoup de choses. Le président a laissé entendre qu’on allait faire une magnifique saison en N2, ce qui a été un échec. Cape Town 2024 est un échec. Il n’est pas là. Vous restez un bon club de groupe, l’équipe est très bonne sur le papier, à part Le Puy, Grasse et Aubagne qui montent et ont montré qu’ils étaient solides collectivement, et je pense qu’on aurait pu faire partie de ces clubs. Mais sur le terrain, c’est nous. Cette série sombre nous a marqué pendant longtemps, nous n’avons jamais réussi à sortir la tête de l’eau. Cape Town 2024 n’était pas non plus une invention. Quand on termine la saison comme l’année dernière, on se dit qu’il n’avait pas tort. Au fil des mois, oui, on s’est dit qu’on s’était trompé. Il s’est peut-être passé des choses négatives : les départs de Nordine, Alain, Joachim, Brice, Abdou et les arrivées entre temps… Mais en tant que joueur, il faut ignorer tout ça. Peu importe les arrivées et les départs, nous devons être à 200% dans le projet.

Capitaine Yann Djabou à l’entraînement • Archives Corentin Migoule

Les supporters de l’OAC brandissaient une banderole « Direction démission » lors du précédent match à domicile contre Fréjus. Quel est votre avis sur la question et sur la colère des supporters ?

C’est compliqué à dire. Il y a encore des gens qui travaillent. C’est comme quand je suis sûr Facebook, pour être tout à fait honnête, je vois les retransmissions des supporters, la banderole… Comprendre leur colère, oui, c’est légitime, ils font partie du club, du projet. Plus que nous en tout cas. Au bout de deux ans, trois ans, quatre ans, on n’en est plus là, ils seront toujours derrière leur club. C’est leur club aussi, je comprends leur colère, c’est légitime mais on n’a tué personne, y compris les dirigeants. Là, nous parlons de licencier des gens. S’il faut licencier les gens qui travaillent pour le club, il faut aussi licencier le staff et les joueurs. La logique voudrait cela. Il y a une part de responsabilité des managers car ce sont eux qui construisent un groupe en pré-saison, mais quand la saison démarre, il y a le staff et les joueurs. Chacun doit se remettre en question face à cet échec. Les supporters aussi. Il y avait des moments où c’était vraiment chaud, des paroles et des actes très durs. Nous restons des humains, nous ne sommes pas de simples joueurs. Il ne faut pas rejeter la faute uniquement sur M. Bilange, M. Pasqualetti, M. Mallaroni et sur tous les bénévoles. Il y a des gens qui travaillent ici gratuitement pour le bien du club. D’accord ou pas d’accord avec cette bannière, je ne commenterai pas le sujet mais c’est une phrase trop forte, car nous sommes tous dans le même bateau.

“Nous avons mangé notre pain noir.”

Yann Djabou, capitaine de l’OAC

Comment certains joueurs ont-ils réagi à certaines critiques qui leur sont adressées ?

J’ai toujours dit que je comprenais la colère, elle est légitime. Mais il y a des mots, des phrases sur certains joueurs… On est parmi les joueurs, on en parle, je ne vais pas dire qu’ils ont été touchés mais « wow » ! Lundi, ils (les supporters, NDLR) De retour au travail, leur semaine continue et ils viennent nous encourager samedi. Leur voyage à Evian a été magnifique et je les remercie, au nom du groupe, bravo à eux ! Mais lundi, nous y retournons. Nous avons mangé notre pain noir. Et des mots à leur sujet WebTVce qui est par ailleurs génial, mais ils étaient beaucoup trop durs.

Vous avez récemment fêté votre 32e anniversaire. Vous voyez-vous continuer l’aventure avec l’OAC, même en cas de descente en N3 la saison prochaine ?

Pour être transparent, ce serait irrespectueux envers mon groupe et mon club de parler aujourd’hui de mon avenir. Ce n’est ni le moment ni l’endroit pour discuter de mon avenir. Je reviendrai sur le sujet dans dix jours.

 
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