La culture québécoise influence-t-elle les jeunes hommes ? – .

Les artistes québécois exercent-ils une influence sur les jeunes hommes ? La culture populaire québécoise a-t-elle encore un impact sur eux ? Notre chroniqueur en discute avec trois comédiens, Jay Du Temple, Louis Morissette et Adib Alkhalidey.


Publié à 1h36

Mis à jour à 5h00

Jay Du Temple est en quelque sorte l’anti-Andrew Tate. Un modèle alternatif à la vision étriquée de la masculinité dite toxique, plébiscitée par certains jeunes hommes. Il est à la masculinité moderne ce qu’Andrew Tate est à la masculinité traditionnelle. Un symbole, un archétype.

«Je n’ai pas vraiment suivi son parcours», confie l’humoriste et animateur québécois à propos du populaire influenceur masculiniste américano-britannique, qui sera jugé en Roumanie pour viol et trafic d’êtres humains.

Alors que les téléspectateurs ont fortement réagi à ses teintures flamboyantes ou à ses ongles colorés, Jay Du Temple a inspiré de nombreux garçons à être eux-mêmes, et à l’exprimer librement, durant ses six années d’animation de l’émission de téléréalité. Double occupation. Par son humour, par sa gentillesse, et bien sûr par son style qui brouille les codes du genre.

« OD m’a apporté ce contact avec les jeunes, raconte-t-il. Le côté positif de la DO est que, pour de nombreuses familles, elle rapproche les gens. C’est l’une des rares émissions que les parents écoutent avec leurs adolescents. »

Double occupation a fait de lui une icône auprès du jeune public, notamment masculin. Nous avons soudain vu davantage de jeunes hommes porter des jupes, se teindre les cheveux en rose ou se vernir les ongles en vert. En faisant fi des codes de la masculinité traditionnelle.

C’est sans doute parce qu’il a inspiré tant de jeunes hommes que l’animateur populaire a été nommé au palmarès du magazine des 100 personnes les plus influentes au Québec. Nouvelles, le mois dernier. “J’essaie au maximum d’être en adéquation avec mes valeurs, d’être moi-même, dans mes choix et dans mes spectacles”, confie l’humoriste de 32 ans. Si cela peut inspirer les gens de manière positive, tant mieux. »

Le comédien, auteur, acteur et musicien Adib Alkhalidey capte également l’attention d’un jeune public masculin par l’acuité de son humour et sa sensibilité, en contrepoint de ce que respire la manosphère. Il se décrit comme un homme qui cultive son côté masculin, mais qui est à l’aise avec des aspects de sa personnalité que certains pourraient considérer comme plus féminins.

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PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Adib Alkhalidey

Je comprends l’instinct de vouloir développer son énergie masculine ; elle est inhérente à la condition masculine. Je pense qu’il faut se rappeler que quand on est plus jeune, on est obsédé par les choses extrêmes.

Adib Alkhalidey

« Adolescent, j’écoutais l’album le plus intense d’Eminem. Je ne pensais pas comme lui, mais il y avait clairement une énergie dans sa manière de transcender sa condition misérable qui m’a permis de laisser émerger des émotions”, poursuit l’artiste de 36 ans.

Jay Du Temple estime également qu’il faut être indulgent avec les jeunes hommes qui remettent en question les codes de la masculinité. « L’expérience ne s’achète pas. Mais la jeunesse vient avec la passion. Plus je vieillis, plus je suis reconnaissant envers l’enfant que j’étais, qui ne savait pas grand chose, qui était moins conscient des choses, mais qui a osé. Les jeunes que je rencontre, je les trouve intelligents, au courant, bien plus que moi. Et je leur fais confiance. »

Le comédien, comédien et auteur Louis Morissette partage cet optimisme. « Les jeunes sont moins bêtes que nous ! » dit l’artiste de 50 ans. Ils sont mieux équipés que moi à leur âge. Si nous passions plus de temps à les écouter, nous poserions peut-être moins de questions sur ce que nous devrions faire. »

Ces trois comédiens croient-ils que les artistes québécois exercent encore une influence sur les jeunes hommes ? Et que la culture populaire québécoise a encore un impact sur eux ?

Jay Du Temple parvient à constater son attrait auprès d’un jeune public. « Je ne suis pas vieux, mais on m’appelle déjà monsieur ! », dit-il en souriant. Même s’il a rangé les teintures et les vernis à ongles – « je ne veux pas devenir une caricature de moi-même » – il accepte avec bonheur ce rôle d’influenceur positif qu’on lui prête.

L’humoriste, qui a grandi entouré de femmes – sa mère, ses deux sœurs, sa grand-mère – n’est pas du genre à faire de grands discours sur la masculinité, mais il essaie de montrer l’exemple. Son message aux jeunes hommes est clair : soyez libres, respectueux, mais libres.

«Les jeunes hommes, fondamentalement, se cherchent», estime Louis Morissette, père de trois enfants, dont un fils de 19 ans, Justin, qui fait la première partie de son nouveau spectacle d’humour. «Quand nous sommes jeunes, nous cherchons notre identité, nous cherchons ce que nous voulons faire dans la vie, nous cherchons quelque chose à quoi nous raccrocher. Nous pouvons être influencés par beaucoup de personnes, notamment par des artistes. On peut encore influencer positivement les jeunes, à condition de ne pas les prendre pour des idiots ! On a tendance à les prendre pour des idiots… »

Intérêt pour les jeunes hommes

Beaucoup – moi y compris – estiment qu’il faudrait faire davantage pour intéresser les jeunes hommes à d’autres modèles que ceux, de plus en plus populaires, prônés par l’Andrew Tates de la manosphère. Par exemple, en rendant la culture québécoise plus attrayante et invitante pour un garçon de 17 ou 25 ans.

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PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Morissette

Plutôt que d’essayer d’attirer les jeunes vers ce que nous faisons, nous devrions faire ce qu’ils aiment.

Louis Morissette

« Mais quand je propose aux diffuseurs un contenu qui ressemble à ce qui se fait ailleurs et qui intéresse mes enfants, c’est un rejet total ! poursuit celui qui dirige KOTV, une maison de production spécialisée dans la télévision. Parce que les projets sont vus et jugés par des personnes de 50 et 60 ans, qui décident ce que les jeunes devrait voir, selon leur moralité. Tant que nous faisons cela, nous avons terminé. »

La télévision québécoise, qui ne veut pas s’aliéner son public le plus fidèle – et de plus en plus vieillissant –, manque d’audace. Les jeunes ne le reconnaissent pas et le fuient. Il faudrait produire du contenu destiné exclusivement aux jeunes adultes, estime Louis Morissette. Parce que le menu multigénérationnel que nous leur proposons agit le plus souvent comme un répulsif pour notre culture.

« Ce n’est plus du tête-à-tête, l’heure est peut-être passée », pense-t-il. Si on continue à ne pas les intéresser, ils resteront en dehors de l’écosystème et chercheront ailleurs. Il faut leur faire confiance. Ce n’est pas parce qu’ils ont l’air Euphorie qu’ils auront tous une sexualité débridée et prendront des drogues dures ! »

À ceux qui, comme moi, s’inquiètent du manque d’impact de la culture populaire québécoise sur les jeunes hommes (à la télévision notamment, mais pas exclusivement), Adib Alkhalidey répond qu’il ne faut pas sous-estimer l’influence des contenus québécois diffusés ailleurs que dans les médias traditionnels. médias.

«On est loin de la conception traditionnelle de la télévision québécoise sur les réseaux sociaux, mais ce sont des Québécois qui s’expriment et qui sont suivis par de nombreux Québécois, notamment les jeunes», rappelle-t-il. Il existe une contre-culture qui s’exprime et intègre des éléments de la culture dominante. Un nouvel écosystème est en train d’émerger. »

Aussi, Adib Alkhalidey ne croit pas que les jeunes hommes tournent le dos à la culture québécoise. “Je pense qu’ils tournent le dos au manque de courage, à l’absence de risque et d’écoute de la part des personnes en position de pouvoir”, a-t-il déclaré. La quête d’identité gagnerait à s’appuyer sur un débat beaucoup plus ouvert, décomplexé et moins accusateur. Surtout quand on est jeune, une discussion accusatrice pousse à se réfugier dans des choses moins nuancées. »

 
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