« Notre rôle est d’émerveiller les spectateurs sur la nature »

« Notre rôle est d’émerveiller les spectateurs sur la nature »
« Notre rôle est d’émerveiller les spectateurs sur la nature »

En dix ans, votre métier a encore été influencé par le réchauffement climatique, non ?

Je ne peux pas faire le lien avec le changement climatique mais ici, par exemple, nous revenons d’Inde et il y a des régions où il faisait déjà 35 degrés alors qu’en été il fait 50 degrés. Donc en fait, il n’est plus possible de filmer. En Afrique aussi, dans certains endroits, les saisons sont moins régulières qu’avant, ce qui rend le suivi à distance que l’on peut faire un peu plus complexe. Nous sommes également plus prudents dans la prise en compte de notre empreinte carbone. Lorsque nous sommes allés en Antarctique, nous avons voyagé à bord d’un voilier et non d’un bateau à moteur. Ce n’est pas grand chose mais nous sommes attentifs à cet aspect. Nous ne donnons pas de cours car ce n’est pas notre métier, mais nous essayons de ne pas être totalement incohérents dans ce que nous faisons. Alors oui, il faut se déplacer pour illustrer et montrer certains endroits de la planète, mais on essaie de le faire de la manière la moins polluante possible.

Avez-vous remarqué des changements chez nous ?

Chez nous, il y a certes des choses qui changent mais pas toujours dans le sens que nous pensons. Cela va un peu à contre-courant du discours mais il y a pas mal d’espèces qui viennent du sud et qui apparaissent ici. De nouvelles espèces de libellules, d’insectes et même d’oiseaux qui passent l’hiver ici alors qu’ils ne le faisaient pas auparavant.

Ce changement est-il bénéfique pour notre écosystème ?

C’est difficile à dire car forcément, s’il y a de nouvelles espèces et qu’il n’y a plus de ressources alimentaires ni plus d’espace alors il y en a d’autres qui vont souffrir et qui vont diminuer. Donc dire si c’est bénéfique est un jugement de valeur que je ne voudrais pas porter mais en tout cas, c’est un indicateur.

Peut-on lier ces nouvelles migrations au changement climatique ?

Alors oui, il y a quelques diplômes en plus mais il y a aussi des choses qui changent de manière bénéfique parce qu’on a modifié certaines pratiques. Je pense notamment aux faucons pèlerins qui sont revenus en Belgique il y a une vingtaine d’années car l’Europe avait interdit un insecticide qui détériorait la qualité des œufs qui étaient détruits lorsque la femelle venait se poser dessus. D’un autre côté, force est de constater qu’il y a aussi des espèces qui disparaissent et cela est encore très révélateur des pratiques agricoles. Si on injecte de nouvelles molécules, à un moment donné, elles vont inévitablement se concentrer quelque part et se retrouver dans le corps des animaux. Certains animaux le toléreront et d’autres non…

Des changements sont donc visibles en fonction de la mise en œuvre de certaines politiques environnementales. Est-ce que les gens vous demandent parfois votre avis à ce sujet ?

Non, parce que je fais un spectacle, si tu veux. Nous sommes ici pour observer mais nous ne sommes pas des scientifiques. C’est à eux de nous faire part de leurs conclusions car je n’ai pas de véritable point de vue pertinent sur le sujet. Notre rôle est de présenter des images et de les vulgariser sans jugement.

Mais il y a encore des messages que vous souhaitez faire passer à votre audience ?

Comme je le dis souvent, le contenu d’une de nos émissions fait entre 8 et 10 pages A4, cela veut donc dire qu’on est plus proche de l’élocution de 6e primaire que de la thèse du doctorant. C’est ce que je dis souvent aux scientifiques pour mettre en perspective nos travaux. D’un autre côté, en effet, notre rôle principal est de montrer que nous avons près de chez nous des choses belles, intéressantes et peu connues. Mais aussi d’inciter tout le monde à s’y intéresser car comme le disait le commandant Cousteau : « on ne défend bien que ce qu’on aime et on n’aime que ce qui nous a émerveillé ».

Chaque cliché a le potentiel de toucher les cœurs et de changer les esprits. -Olivier LARREY.

Votre rôle est donc de faire découvrir la nature aux spectateurs ?

Notre rôle, globalement, est de s’émerveiller devant la nature. Ce n’est pas une messe donc on ne va pas demander aux spectateurs de protéger telle ou telle fleur par exemple. En revanche, nous leur parlerons de cette merveilleuse plante ou de ce merveilleux animal qui se trouve dans leur jardin. Je pense que s’ils en sont conscients, ils les respecteront davantage et aménageront leur jardin en conséquence. Certaines personnes se contenteront de regarder l’émission sans changer leurs habitudes, mais d’autres changeront probablement un petit quelque chose. Nous sommes donc un tout petit maillon au début de cette chaîne de sensibilisation du grand public.

Par cela, il faut aussi créer des vocations chez certaines personnes, non ?

Lors de mon premier reportage pour le Jardin Extraordinaire, j’ai rencontré un gars au fond d’une forêt au Congo. Il y a vécu pendant des mois et a contribué chaque jour à planter des centaines de milliers d’arbres sans eau ni électricité. Et il m’a dit qu’il était là grâce au spectacle ! Il avait abandonné l’école et avait vu un reportage dans lequel un ingénieur agronome l’avait fasciné. Après, il savait ce qu’il voulait faire de sa vie… Il y a aussi beaucoup de jeunes qui nous écrivent et c’est très sympa pour nous de savoir que nous avons allumé cette petite flamme chez eux. Et s’il s’avère que ces jeunes, lorsqu’ils seront grands, feront des petites choses dans leur jardin – par exemple – qui contribueront à sauver certaines espèces.

A votre échelle, qu’avez-vous fait dans votre jardin ? Avez-vous des conseils à donner à nos lecteurs ?

Je viens de déménager donc je n’ai pas encore fait grand chose mais ce que nous pouvons tous faire, c’est planter des haies. Sinon, j’ai aussi un étang. Et puis, d’un côté, il y a ce que l’on fait mais aussi ce que l’on ne fait pas. Aménager un bassin dans un endroit où il n’y a pas d’eau est super important ou même laisser un couloir sauvage dans votre pelouse par exemple. J’ai beaucoup plus d’espèces d’oiseaux chez moi qu’à mon arrivée car je laisse une partie de mon jardin complètement sauvage. Je ne suis pas du genre à tout laisser sauvage et à me dire que la nature se débrouillera toute seule, mais je pense que la nature a encore parfois besoin d’un petit coup de pouce. Alors voilà, j’entretiens un petit étang, j’entretiens mes haies de fruits pour que les oiseaux aient à manger, je laisse les plantes fleurir pour que les oiseaux puissent manger… Je laisse aussi pousser le lierre car c’est le dernière fleur et premier fruit, ce qui aide énormément les oiseaux migrateurs. Voici toute une série de petites choses qui permettront à de nombreuses espèces de trouver un petit endroit où vivre.

 
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