Gabriel Attal confirme une réduction de la durée d’indemnisation – Libération

Gabriel Attal confirme une réduction de la durée d’indemnisation – Libération
Gabriel Attal confirme une réduction de la durée d’indemnisation – Libération

Qui n’a pas découvert en le dimanche de la Tribune, au moment de beurrer sa tartine (ou, pire, de se coucher le samedi soir !), le contenu de la troisième réforme de l’assurance chômage de l’ère Macron ne sait rien des vrais plaisirs que peut offrir un week-end de printemps. Gabriel Attal aura donc attendu la limite définitive avant la période de réserve imposée par les élections européennes pour enfin “dévoiler” C’est le nouveau coup qui sera porté aux chômeurs à partir de décembre prochain – avec l’entrée en vigueur des mesures prévues dans un décret qui sera publié le 1er juillet. Il n’y avait en fait pas grand-chose à révéler, les principaux éléments du projet ayant été dévoilés dans la semaine où la ministre du Travail, Catherine Vautrin, a reçu syndicats et patronat pour «des réunions qui n’ont pas eu[ent] consultation que de nom, puisque tout [était] décidé à l’avance »selon la CGT.

Avant de continuer, cher lecteur, un avertissement : si vous lisez ceci en travaillant, vous pensez peut-être que ce qui suit ne vous concerne pas. C’est ce sur quoi compte Gabriel Attal, qui a basé une bonne partie de sa communication sur la prétendue défense de “Les Français qui travaillent”, contrairement à ceux qui voudraient y aller doucement en recevant des prestations. Il l’a répété au Dimanche de la tribuneexpliquant: “Les Français nous demandent de valoriser encore plus le travail : c’est ce que nous faisons.” Il oublie commodément un détail : les chômeurs de demain sont les salariés d’aujourd’hui. L’économiste Michaël Zemmour le rappelait récemment, constatant que la moitié des salariés connaissent le chômage à un moment de leur carrière. C’est dire si c’est massif.

Travailler 8 mois sur 20 pour ouvrir les droits

Alors, que va-t-il se passer pour ceux qui y passeront ou y reviendront à partir du 1er décembre ? La partie la plus visible de la réforme consistera en un durcissement des conditions d’octroi des droits. Encore ? Oui encore. Rappelons qu’il y a cinq ans, il fallait avoir travaillé 4 mois, sur les 28 derniers mois, pour avoir des droits. En 2021, le gouvernement a augmenté la période de travail nécessaire à 6 mois et a réduit la période dite à 24 mois. “référence”. Désormais, il faudra avoir travaillé 8 mois sur les 20 derniers pour avoir des droits.

Le profil des futures victimes est connu : il s’agira notamment des « primo-inscrits » à France Travail, car les gens démarrent souvent leur carrière avec un CDD et ceux de plus de 8 mois sont plus rares que ceux de 6 mois. Mais pas seulement : « Étant donné que la période d’accès à un emploi stable continue de s’allonger, cela affectera également les personnes qui alternent durablement entre emploi et chômage. Il leur faudra plus de temps pour ouvrir les droits, mais aussi pour les recharger », prédit Claire Vivès, sociologue au Centre d’études sur l’emploi et le travail (CEET). Bref, « les plus touchés sont les plus précaires », résume-t-elle.

« Deuxième effet Kiss-Cool »

Cependant, cette mesure en cache une autre, qui concerne réellement tout le monde. Le Premier ministre a assuré sur BFM TV le 18 avril qu’il n’en voulait pas tant « Changer les règles pour ceux qui ont travaillé toute leur vie » que d’attaquer “des situations où on voit qu’il y a un système qui s’organise pour la multiplication des petits contrats, des contrats courts, entre lesquels on bénéficie du chômage”. Et encore, “celui qui a travaillé toute sa vie” est également concerné, car ce changement des règles d’octroi des droits aura des effets sur la durée de l’indemnisation. En effet, comme l’a souligné jeudi la CFDT (son secrétaire national chargé du chômage, Olivier Guivarch, évoquant un « deuxième effet Kiss-Cool »), et comme Libérer écrivait vendredi, la réduction de la période de référence de 24 à 20 mois plafonnera automatiquement à 20 mois également la période de travail prise en compte. Or, depuis que la réforme de 2023 a introduit un coefficient réduisant la durée d’indemnisation, un salarié ayant travaillé 20 mois sur 20, qui aurait donc théoriquement droit à 20 mois d’indemnisation, verra cette durée réduite de 25 %. Correspondant, finalement, à quinze mois, un nouveau plafond donc. Le gouvernement pourrait, s’il le voulait, éviter cet effet secondaire. Mais il n’en veut pas. Utilisant une formule très macronienne, Gabriel Attal“supposer”, en promettant que « en parallèle, nous renforçons l’accompagnement avec France Travail ». Reste à savoir concrètement quand la réforme du RSA sera généralisée, début 2025.

Enfin, pour que le tableau soit complet, le gouvernement prétend renforcer le principe de « contracyclicité » introduit par sa réforme de février 2023. Pour rappel, cela prévoit un durcissement des règles « quand tout va bien », et détendu « quand les choses vont mal ». D’où la réduction de 25 % de la durée d’indemnisation, qui s’applique lorsque le taux de chômage est inférieur à 9 %. On vient de voir que même si les choses ne s’améliorent pas vraiment – ​​le taux de chômage est actuellement de 7,5%, contre 7,1% il y a un an – cette durée d’indemnisation sera en fait encore raccourcie, au pied de la promesse de « contracyclicité ». Mais, convaincu que sa nouvelle réforme sera « le carburant qui nous permettra de créer toujours plus de travail dans notre pays », Gabriel Attal confirme un nouveau plan si d’aventure le chômage descendait à 6,5%. Il ne précise pas dans quelle proportion. Mais, selon les syndicats qui ont rencontré Catherine Vautrin cette semaine, la réduction serait cette fois de 40 %. Ce qui, compte tenu de l’effet secondaire expliqué ci-dessus, entraînerait 12 mois d’indemnisation maximale. Un seuil symbolique, peut-être un « un rêve devenu réalité » comme le chantait le poète, évoqué par Gabriel Attal lui-même lors d’une intervention sur TF1 en mars.

Les « seniors » également concernés

On parle depuis le début des salariés de moins de 53 ans, mais les « seniors » ne sont pas non plus épargnés. Ces derniers bénéficient d’une durée d’indemnisation plus longue, 22,5 mois pour ceux âgés de 53 ou 54 ans, et au maximum 27 mois pour ceux de plus de 55 ans. Certes, Gabriel Attal “refuse que ce secteur senior soit supprimé, car il est important de maintenir une protection et des règles spécifiques”, explique-t-il, dissipant un fantasme de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Mais il confirme qu’il faudra désormais avoir au moins 57 ans pour bénéficier de cette durée allongée, évoquant au passage la disparition du premier échelon. Pour compenser – pour ainsi dire – le Premier ministre annonce la mise en place d’un nouveau système déjà évoqué, ici et là, notamment par le même Bruno Le Maire : un « prime à l’emploi des seniors ». Concrètement, un senior qui reprend un emploi moins bien rémunéré que le précédent percevra un complément d’assurance chômage lui permettant de revenir au même niveau de salaire, pendant une durée d’un an. Résumé sarcastique du président de la CFE-CGC, François Hommeril : “Je suis une entreprise, je jette tout le monde à la porte à 55 ans, et après deux ans de chômage, je les récupère à moitié prix.”

Et qu’en est-il des employeurs dans tout cela ? Un petit effort, peut-être ? Comme d’habitude quand il s’agit d’eux, c’est tout de suite plus vague. Gabriel Attal souhaite « envisager l’opportunité d’une prolongation » le bonus-malus instauré en 2021, et qui semble avoir produit quelques effets. A ce jour, les entreprises de plus de onze salariés dans sept secteurs d’activité (transports, hébergement-restauration…) sont concernées par ce mécanisme qui fait varier leur taux de cotisation chômage de 3 à 5,5% en fonction de leur taux de recours. aux contrats à durée déterminée, par rapport au taux moyen de leur secteur. Combien y en aura-t-il dans le futur ? Cela dépendra d’un “consultation” dirigé par Catherine Vautrin.

Tout ça pour quoi ? Prudent, Gabriel Attal ne avance aucun objectif chiffré en matière de création d’emplois ou d’économies attendues. Dans la semaine, le ministère du Travail a confirmé que le gouvernement s’attendait à 90 000 emplois supplémentaires. Pour rappel, trois millions de personnes se déclarent actuellement à France Travail en catégorie A (c’est à dire sans activité). Le premier ministre répète à qui veut l’entendre que “ce n’est pas une réforme économique” mais les impacts financiers pourraient cependant s’avérer massifs, générant 3,6 milliards d’euros d’économies sur le système d’assurance chômage, déjà excédentaire. Au prix, estime la CGT, de la réforme “le plus violent” de ces dernières années.

 
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