« Me retrouver devant vous n’était pas la récompense que j’attendais »

« Me retrouver devant vous n’était pas la récompense que j’attendais »
« Me retrouver devant vous n’était pas la récompense que j’attendais »
>>

Henri Proglio (ici en 2014) a dirigé EDF de 2009 à 2014. LCHAM/SIPA

Narratif Au deuxième jour de son procès, mercredi, l’ancien patron d’EDF s’est défendu de tout favoritisme, se présentant comme la cible des sales coups du CAC 40.

Par Caroline Michel-Aguirre

Publié le 23 mai 2024 à 7h00

« Le billet que vous lisez a été écrit pour me nuire par des barbouzes. » Il n’a pas fallu longtemps pour que les sales coups du CAC 40 de la décennie 2010 refont surface lors du procès pour « favoritisme et recel » d’Henri Proglio, ex-patron d’EDF, et de douze de ses anciens consultants, qui a ouvert le 21 mai. Le premier prévenu interrogé, Henri Proglio, droit dans son costume anthracite, quelques draps pliés posés devant lui, s’est lancé dans un exposé sur l’histoire d’EDF, « référence mondiale du nucléaire née en 1946 de la vision des gaullistes et communistes qui pensaient que l’énergie était essentielle pour redresser et réindustrialiser la France »lorsque le président du tribunal, Benjamin Blanchet, l’a interrogé sur une note de onze pages saisie lors des perquisitions.

« Distiller les informations négatives »

Rappelons que le parquet national financier, représenté par son procureur adjoint Sébastien de La Touanne, accuse Henri Proglio d’avoir signé 44 contrats pour un montant de plus de 21 millions d’euros sans appel d’offres. Le mémo s’intitule : « Les consultants d’Henri Proglio » : « Cette note indique que vous vous êtes entouré d’hommes d’affaires et de consultants régulièrement mobilisés pour collecter des informations confidentielles, promouvoir votre image et vous fournir des services de toutes sortes, raconte le président. Ainsi, on raconte que Jean de Belot (NDLR, ancien journaliste également déféré à la justice pour un contrat de 840 000 euros, assis au premier rang) aurait surtout été utilisé pour distiller des informations négatives dans les rédactions sur votre successeur à la rédaction. le patron de Veolia, Antoine Frérot… »

Lire aussi

Narratif Soupçons de « favoritisme » : l’ancien patron d’EDF Henri Proglio devant le tribunal pour des contrats litigieux

Abonné

Lire plus tard

« Cette note a été commandée par Anne Méaux [la papesse de la communication qui a plaidé coupable dans ce dossier, NDLR], qui me porte une haine tenace depuis que je me suis séparé d’elle alors que je dirigeais Veolia en 2004, Proglio répond. Il a été écrit par la société Axis [une société d’intelligence économique, NDLR] que je soupçonnais de me suivre et de me faire écouter au début de mon mandat à EDF. J’ai porté plainte, mais la procédure n’a rien donné. »

Cette précision ne semble pas déranger le président Blanchet qui poursuit.

La note précise également que Laïd Sammari [ancien journaliste également renvoyé, présent dans la salle, NDLR] aurait été engagé par vous pour déstabiliser Anne Lauvergeon [qui dirigeait le nucléariste Areva jusqu’en 2011] avec les journalistes, puis se mobilise contre Antoine Frérot. Tu sais qu’on ne lit pas ça tous les jours ? – Heureusement, répond Henri Proglio. – Comme tu dis, heureusement. – Tout cela est absurde, mais venant de ce bureau, cela ne me surprend guère.

1 million d’euros, un bureau, une voiture de société

Le nom de Laïd Sammari, dont l’audition est attendue la semaine prochaine, avait déjà été évoqué par le président à travers ses cahiers retrouvés lors de l’enquête. Des cahiers à spirale dans lesquels le consultant d’EDF a consigné ses rencontres avec des conseillers de l’Elysée, des patrons d’entreprises publiques, des ministres, qu’il a interrogés sur leur éventuel soutien au renouvellement d’Henri Proglio à la tête de l’entreprise. à la tête d’EDF en 2014 (ce qui n’a finalement pas eu lieu).

C’est Me Jean-Pierre Mignard, avocat d’Henri Proglio, qui s’est le premier levé pour défendre le « réseaux importants » par Laïd Sammari, qui a reçu un million d’euros en quatre ans, en plus d’un bureau mis à sa disposition et d’une voiture de fonction : « M. Sammari nous appelait souvent des avocats pénalistes et il savait tout sur nos affaires. » On s’est demandé quelle utilité la direction d’EDF pourrait trouver à employer, deux jours par semaine, un ancien journaliste spécialisé dans les dossiers judiciaires lorsque Me Emmanuel Marsigny, qui défend Laïd Sammari, a dénoncé l’utilisation faite par le président du tribunal du rapport de l’Axe, “une collecte de détritus”, il a jugé. “EDF a également commandé des rapports aux pharmacies”répond le président Blanchet.

« Défendre mon honneur »

L’audience devenant alors un peu décousue, on ne sait plus comment le procureur financier est venu interroger Henri Proglio sur le contrat de 336 000 euros signé avec Claude Allègre, ancien ministre de l’Éducation nationale à qui Maître Mignard, en esprit, attribue « une médaille Fields » imaginaire. « Je l’ai vu parler à la télévision pour défendre le nucléaire après l’accident de Fukushima.explique Henri Proglio, Je l’ai immédiatement appelé pour qu’il nous aide à structurer notre démarche de défense du nucléaire. ». Personne dans la salle ne semble remarquer que le premier contrat signé par M. Allègre date du 30 juin 2010, soit huit mois et onze jours avant l’accident de Fukushima.

Vous sentez-vous confus par la nouvelle ?

Découvrir les meilleurs obs. : chaque samedi, un post et six éditoriaux à ne pas manquer.

Avant ces discussions, Henri Proglio avait expliqué avoir quitté Veolia « La mort dans l’âme » après 37 ans de bons et heureux services. « En 2009, Nicolas Sarkozy m’a appelé pour me dire qu’il avait besoin de moi. Ma proximité avec Jacques Chirac était telle que personne ne peut soupçonner que j’ai été nommé en raison de ma proximité politique avec l’ancien chef de l’Etat.. Si ces consultants ont été embauchés, estime Henri Proglio, qui risque deux ans de prison et 200 000 euros d’amende, c’était dans l’intérêt de l’entreprise : “Je n’ai eu aucune relation personnelle avec aucun d’entre eux, je n’ai jamais essayé de cacher quoi que ce soit”, a-t-il assuré. “Je n’aurais jamais imaginé qu’en récompense de tout cela, je me retrouverais à défendre mon honneur devant vous”, répéta-t-il à plusieurs reprises, les yeux rouges de larmes réprimées.

Par Caroline Michel-Aguirre

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV «La Fondation des Gouverneurs de l’Espoir et moi nous sommes retrouvés», – Patrice Bélanger
NEXT Une interview vertieft die Gräben – .