la production de bouteilles d’un litre de Perrier arrêtée, le site du Gard menacé ? – .

“Perrier, l’eau qui fait cracher”, “Perrier, c’est fou !” Les slogans imaginés pour la marque d’eau gazeuse du groupe Nestlé, exploitée depuis plus de 160 ans sur le site de Vergèze, dans le Gard, n’ont peut-être jamais été aussi d’actualité. En effet, selon les informations du Monde et de la cellule enquête de Radio France, après avoir appris en avril dernier l’arrêt d’un des puits de l’usine après la survenance d’un épisode de contaminationil apparaît que deux autres captages ont récemment fait l’objet d’opérations de désinfection qui ont impacté les activités de production.

Interrogé sur ce point par la cellule d’enquête de Radio France, le groupe Nestlé évoque une « opération de maintenance régulière ». Deux autres forages, soumis à une contamination régulière, ont, quant à eux, arrêté définitivement la production de la marque Perrier. Mais l’entreprise a obtenu par arrêté préfectoral le droit de les consacrer à la production d’une nouvelle boisson gazeuse appelée Maison Perrier, qui ne bénéficie plus de l’appellation eau minérale naturelle.

Deux nouveaux puits utilisés par Nestlé pour sa production d’eau Perrier sont arrêtés car trop pollués dans le Gard. ©AFP
PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/Mikael ANISSET

Arrêt de la production de bouteilles d’un litre de « Perrier vert »

Sur les sept puits exploités il y a quelques mois seulement pour produire la marque Perrier, quatre le seraient aujourd’hui, soit dédié à la production d’une autre marque, soit suspendu, soit hors service en attendant des résultats d’analyses de qualité. Conséquence directe de cette situation : selon nos informations, l’entreprise a dû arrêter la production de bouteilles d’un litre de « Perrier vert », ce qui représente les plus gros volumes pour la marque. Une situation qui devrait durer au moins jusqu’à la fin de l’été. Pour maintenir sa présence en magasin durant les mois de juillet et août, l’enseigne a privilégié multiplier les petits formatsselon une source proche du dossier.

Une visite inopinée a également eu lieu à l’usine le 30 mai dernier. à l’initiative de l’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie et la direction départementale de la protection des populations (DDPP). Ce jour-là, huit inspecteurs ont procédé, sous l’oeil bienveillant des avocats du cabinet, à une inspection minutieuse de l’usine, de ses forages et de son laboratoire d’auto-surveillance de la qualité de l’eau, ainsi qu’aux opérations de contrôle des étiquettes. Les résultats de cette inspection n’ont pas encore été rendus publics.

Près de trois millions de bouteilles détruites

L’arrêt supplémentaire de deux forages pour désinfection intervient alors que déjà le 19 avril, le préfet du Gard avait demandé à la firme de suspendre immédiatement l’exploitation d’un autre captage, baptisé « Romaine VIII », ce dernier ayant présenté « un épisode de contamination sur plusieurs jours ». par des germes témoins d’une contamination d’origine fécale”, ce qui pourrait “présenter un risque pour la santé des consommateurs”. Les services de l’Etat avaient également ordonné la destruction d’un lot d’au moins deux millions de bouteilles de Perrier.**** Un certain nombre révisé à la hausse depuis par le groupe Nestlé qui l’estime désormais à 2,9 millions le nombre de bouteilles détruites. « Ces flacons, bloqués en application du principe de précaution, n’avaient jamais été mis sur le marché »précise l’entreprise.

Panneau publicitaire du site d’embouteillage Nestlé Waters qui a racheté le groupe Perrier en 1992, et dont la source est à Vergèze, dans le Gard. ©AFP
Thibaut Durand/Hans Lucas

Le risque sanitaire connu du gouvernement depuis des années

Le risque sanitaire, lié à une dégradation générale de la qualité des plans d’eau de Nestlé, sur le site de Vergèze mais aussi dans les Vosges où sont sourcées les marques Hépar, Contrex et Vittel, était connue du gouvernement depuis des années. La firme avait en effet avoué au cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, alors ministre déléguée à l’Industrie, lors d’une réunion confidentielle à Bercy en août 2021, recourir à des traitements illicites (filtres UV, filtres à charbon, microfiltration), pour masquer la contamination chronique, bactériologique et chimique de ses plans d’eau.

Depuis, plusieurs alertes ont confirmé la matérialité de ce risque. On le voit notamment dans un reportage resté confidentiel jusqu’à la publication de l’enquête par Le Monde et la cellule enquête de Radio France. Dans ce document, remis au gouvernement en juillet 2022, des agents de l’Inspection générale des affaires sociales expriment leur inquiétude quant à l’arrêt des traitements illicites, probable “pour exposer les consommateurs à un risque sanitaire, les traitements ayant été mis en place pour pallier un manque de qualité de la ressource”.

La survie de l’usine en question

En octobre dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) alertait de nouveau le gouvernement sur un « niveau de confiance insuffisant » pour garantir « la qualité sanitaire des produits finis », c’est-à-dire des bouteilles d’eau destinées aux consommateurs. L’Anses a évoqué le fait que plusieurs forages du site de Vergèze étaient « situés à proximité de sources potentielles de contamination d’origine anthropique et étaient soumis à des pollutions périodiques d’ordre microbiologique mais aussi physico-chimique ». Dès juin 2023, dans un courrier adressé à l’Anses, le directeur de l’ARS Occitanie, Didier Jaffre, évoquait déjà « une contamination bactériologique régulière des eaux brutes sur au moins cinq des sept sites de forages autorisés (coliformes, e.coli, entérocoques, pseudomonas aeruginosa) ».

En 2024, Nestlé Waters a annoncé qu'elle détruirait deux millions de bouteilles de Perrier
En 2024, Nestlé Waters avait annoncé avoir détruit deux millions de bouteilles de Perrier « par précaution » suite à une contamination. © Getty
Gilles Mingasson

Le site de Vergèze, dans le Gard, menacé ?

Après les révélations du Monde et de la cellule enquête de Radio France, la société Nestlé assuré avoir engagé un plan de transformation de ses usines, en accord avec les autorités. Selon la réglementation, les eaux minérales naturelles sont en effet censées proviennent de ressources préservées de toute forme de pollution. Face à la dégradation généralisée des nappes phréatiques, les autorités s’interrogent désormais en coulisses sur l’avenir même de l’activité de production d’eau minérale naturelle de Nestlé sur son site du Gard. L’hypothèse d’un retrait des autorisations d’exploitation de l’entreprise est actuellement étudiée. Si cela devait se confirmer, la marque Perrier pourrait être menacée de disparition.

Face à l’incertitude qui pèse désormais sur l’avenir de leur usine et de ses 1 000 salariés**, les syndicats ont, selon nos informations, a lancé une procédure d’alerte économique, selon le dispositif prévu par le Code du travail, lorsque le CSE prend connaissance de « faits susceptibles d’avoir un effet inquiétant sur la situation économique de l’entreprise ». Interrogée sur ces inquiétudes, la direction du groupe Nestlé s’est voulu rassurante : « Nous avons investi de manière significative et continuerons de le faire pour protéger ce patrimoine unique et assurer son avenir. »

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