Cinquante enseignants pris en otage par un chantier

J’ai écrit mardi sur la gestion des obstacles routiers à Montréal*, pire que jamais si j’en crois vos réactions foisonnantes (et parfois poétiques).


Publié à 1h33

Mis à jour à 6h00

J’y reviendrai plus tard, mais voici d’abord un nouvel exemple de projet qui a mal tourné. L’histoire met en scène une cinquantaine d’enseignants « enclavés » sans préavis, une demande d’injonction du tribunal et l’arrivée d’un huissier… pour contraindre la Ville à respecter ses propres « mesures d’atténuation ».

Dans la catégorie « Vos impôts ont une grande influence », il devrait score assez haut.

L’affaire se déroule sur l’avenue Beaumont, dans le quartier Parc-Extension. Il s’agit d’un secteur semi-industriel, qui sert souvent de passage aux automobilistes en transit vers le boulevard de l’Acadie. Il y a des commerces d’un côté et des immeubles d’habitation de l’autre.

Beaucoup de personnes au pied carré.

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INFOGRAPHIES -

L’entreprise Brault & Bouthillier, spécialisée dans la vente de matériel pédagogique depuis 1944, y est établie. Elle propose également des formations dans ses locaux.

1euh En mai dernier, l’entreprise a reçu un avis de la Ville. Il a appris que l’avenue Beaumont serait fermée à partir du 6 mai – cinq jours plus tard – jusqu’à une date indéterminée en juillet.

Le 3 mai, le groupe a adressé une mise en demeure à la Ville lui demandant de reporter de deux semaines ses travaux d’aqueduc. Il est temps, au moins, d’informer ses clients et ses fournisseurs.

Trois jours plus tard, une réunion était organisée avec deux chefs de projet de la ville. Plusieurs « mesures d’atténuation » sont proposées. Le compromis semble satisfaisant.

La situation a déraillé le 15 mai, selon une demande d’injonction déposée par l’entreprise. Solidement. Malgré les promesses de maintenir la « circulation locale », l’avenue Beaumont est subitement bloquée.

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PHOTO MARTIN TREMBLAY, -

Vue aérienne des locaux de l’entreprise Brault & Bouthillier, dans un secteur semi-industriel du quartier Parc-Extension

Un groupe d’une cinquantaine d’enseignants, venus suivre des formations et acheter du matériel pour la rentrée 2024, se sont retrouvés coincés sur place, affirme-t-on.

Impossible d’en sortir.

La circulation locale est complètement interrompue des deux côtés de l’avenue depuis 9h30, de sorte qu’aucun camion ne peut entrer ou sortir, et il est impossible aux clients, dont le groupe d’enseignants, et aux employés du plaignant de quitter l’entrepôt. locaux.

Extrait de la demande d’injonction déposée par la société Brault & Bouthillier

Ce n’est pas la prise d’otages du siècle, nous en convenons. Mais très vite, le « chaos » s’installe.

Les enseignants ont finalement réussi à s’échapper du chantier en déplaçant eux-mêmes les cônes orange et les barrières, m’a raconté un responsable de Brault & Bouthillier. Leur captivité a duré moins d’une heure, a-t-il expliqué.

Ce qui n’aura pas mis fin à la confusion qui entoure ces travaux.

« Même les policiers du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) dépêchés sur les lieux le 15 mai 2024 se sont plaints de ne pas avoir été informés du chantier, tout comme le représentant de l’entrepreneur et la personne responsable de projet sur place. n’étaient pas au courant des accords négociés », indique la demande d’injonction.

L’entreprise estime que la « sécurité » de ses clients et de ses salariés a été mise « en danger » par le blocage intempestif de tous les accès à ses installations.

Brault & Bouthillier ne sollicite aucune rémunération extraordinaire. L’entreprise souhaite simplement que les mesures promises par la Ville, soit de maintenir un accès minimum à ses commerces pendant les travaux, soient respectées.

La base de la base.

Le tribunal n’a pas tardé à lui donner raison. Le jour même du dépôt de sa demande, un juge de la Cour supérieure a ordonné à la Ville de Montréal de se soumettre aux « engagements stricts » qu’elle avait pris pour une période de 10 jours.

Le tout avec des « frais à suivre ».

Cette décision a été notifiée mardi par huissier de justice sur le chantier.

Bref, beaucoup de temps, d’énergie et d’argent (public) gaspillés pour que la Ville fasse ce qu’elle a dit qu’elle ferait. C’est-à-dire : bien gérer un chantier. Et assurez une coordination minimale entre toutes les parties impliquées.

Cette affaire peut paraître anecdotique. Les pauvres enseignants coincés sur le chantier ont réussi à rentrer chez eux. La Ville a été obligée de corriger la situation. Les travaux se poursuivront jusqu’à une « date indéterminée ».

Mais il existe encore de nombreux exemples de ce type à Montréal. Vous avez été des dizaines à m’en parler après la publication d’une chronique sur la réforme promise par l’administration Plante*.

Parmi les principaux irritants figurent tous ces chantiers fantômes où aucun ouvrier n’est vu pendant des jours ou des semaines. Souvent des travaux réalisés par la Ville ou les quartiers, vous m’en avez fait part photos à l’appui.

Il y a aussi beaucoup de frustration quant à la qualité (déplorable) de la chaussée. Cela ne s’améliore pas, bien au contraire, malgré tous ces cônes.

Certains lecteurs, comme Mélanie, déplorent également l’illogisme de certaines séquences de travail.

« Depuis deux ans et plus, la rue [Mayor] est fermé en raison de travaux de construction et/ou de travaux municipaux, m’a-t-elle écrit. L’année dernière, la Ville a dû changer les canalisations, bloquant la rue tout l’été, jusqu’en décembre. Une fois le nouvel asphalte refait, j’ai remercié le chef de chantier pour ce grand soulagement. Il m’a dit de ne pas m’attacher à l’asphalte parce qu’ils allaient rouvrir la rue au printemps prochain. Quelque chose qu’ils font depuis le 13 mai… »

Un seul lecteur, chauffeur occasionnel d’Uber, estime que la situation sur les chantiers s’est améliorée depuis un ou deux ans.

Je vais donner le dernier mot à Éric, un habitant d’Ahuntsic à la plume acérée, qui se dit désormais « dégoûté » de l’état de sa ville.

Il signe ainsi son long mail : « Un âne au dos large. »

*Lire la chronique « Montréal, ville cône »

 
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