une ville médiévale cachée sous la ville moderne

Les fouilles archéologiques en zone urbaine permettent souvent de redécouvrir des pans entiers de l’histoire locale, notamment dans des villes anciennes comme Dijon. Récemment, des travaux de prévention menés par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), sous la direction de Benjamin Saint-Jean Vitus et Clarisse Courderc, ont mis au jour d’importants vestiges du Moyen Âge.

Ces découvertes, faites en prévision des projets d’aménagement urbainnotamment les travaux d’embellissement engagés par la Ville sur l’axe reliant la Cité de la Gastronomie et du Vin à la rue de la Liberté, révèlent des aspects inattendus de la ville médiévale de Saint-Bégnine, enrichissant ainsi notre compréhension de l’histoire de Dijon avant l’officialisation de son enceinte au XIVe siècle. Ils sont relayés dans un communiqué de l’Inrap qui évoque des « découvertes sans précédent. »

La cité médiévale de Saint-Bégnine à Dijon

Les recherches menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) au cœur de Dijon ont mis en lumière un secteur jusqu’alors méconnu de la ville médiévale, datant du XIe siècle. Les fouilles, menées sur et autour de la place Bossuet, ont révélé les fondations d’un quartier artisanal d’importance notable. Les structures dégagées, principalement des bâtiments en bois renforcés par des éléments mixtes sur solins en maçonnerie, ont été disposées le long d’une rue empierrée. Chaque parcelle mesure environ 3 à 5 m de large.

Son tracé devrait donc faciliter le passage et le transport des marchandises. Le sol, souvent argileux, témoigne d’une exploitation intensive, caractéristique des zones d’activités artisanales.

Les archéologues ont découvert divers aménagements intérieurs, tels que des cheminées et des zones de travail rougies. Selon les phases d’aménagement, les fouilles révèlent des combinaisons de différents foyers juxtaposés, ou au contraire de très grands foyers construits avec des foyers en pierre, ou encore d’éventuels rejets de voûtes de fours. Des séries de fosses et de piquets complètent ces installations. Ils évoquent des ateliers artisanaux, comme la forge ou la poterie.

Épidémie à la surface d’un sol argileux rougi. © Samuel Brassaud, Inrap

Ces éléments archéologiques suggèrent que la commune de Saint-Bégnine constituait un centre dynamique d’activité économique et artisanale. Et ce, bien avant d’être inclus dans l’enceinte urbaine construite entre la fin du XIIe et le milieu du XIVe siècle. L’existence de ce quartier bien structuré et organisé, hors les murs de la principale ville de l’époque, révèle l’importance de l’abbaye de Saint-Bénigne.

Une abbaye, un centre attractif de la région

L’église Saint-Bénigne de Dijon, fondée dès la fin de l’Antiquité, est intrinsèquement liée à l’histoire religieuse et culturelle de la région. Au VIe siècle, le site gagne en notoriété suite aux miracles attribués à la sépulture de saint Bénigne, évangéliste de Bourgogne, dont le tombeau était initialement situé à proximité de l’église Saint-Jean. Ces événements attirent l’attention de l’évêque de Langres qui, convaincu par un rêve visionnaire, fait construire sur le site une nouvelle église en l’honneur de saint Bénigne.

Cette décision marque la naissance de l’abbaye de Saint-Bénigne, qui deviendra un puissant centre monastique. L’abbaye joue un rôle crucial dans le développement de Dijon, attirant des activités économiques et contribuant à l’expansion de la ville au-delà de ses murs d’origine. Au fil des siècles, le bâtiment fut reconstruit et agrandi. Il témoigne de l’importance croissante du site jusqu’à l’époque médiévale. Elle constitue ainsi l’un des principaux points d’ancrage spirituel et social de la région.

Les vestiges de la nécropole

Par ailleurs, les fouilles ont révélé plusieurs sarcophages mérovingiens, caractéristiques de la période du Haut Moyen Âge. Ils soulignent l’ancienneté et la continuité de la vocation funéraire du site. Ces sarcophages étaient sculptés dans la pierre et souvent décorés. En plus des sarcophages, les archéologues ont découvert un enchevêtrement complexe de sépultures s’étendant jusqu’à la fin du Moyen Âge. Ces sépultures montrent une diversité dans les pratiques funéraires, y compris des cuvelages en dalles et des enterrements plus simples. Ils reflètent les évolutions culturelles et religieuses au fil des siècles.

Plan d’une sépulture près du sarcophage. © Christophe Fouquin, Inrap

L’importance de cette nécropole est intrinsèquement liée à l’histoire de l’abbaye Saint-Bénigne. Après les « miracles » du VIe siècle, l’abbaye devient un lieu de pèlerinage et un centre monastique influent. Les découvertes archéologiques suggèrent que la nécropole servait de lieu de sépulture à la communauté locale. Mais elle servait aussi aux pèlerins ou aux personnalités éminentes de l’époque, attirées par le prestige de l’abbaye. Cette couche d’histoire permet de comprendre la stature de l’abbaye dans le contexte médiéval européen. Elle révèle alors son rôle dans la structuration de l’espace urbain dijonnais.

Implications et perspectives des découvertes pour Dijon

Des fouilles récentes offrent une fenêtre sur le développement urbain de la ville avant sa structure médiévale définitive. Les archéologues ont mis en évidence une série de couches routières qui se sont succédées au fil des siècles. Ils mettent en lumière les différentes phases d’expansion et de modification de la ville. Ces niveaux routiers, superposés les uns aux autres, témoignent de la croissance de la ville et de ses efforts de structuration de l’espace urbain en réponse à l’augmentation de son activité commerciale et à l’expansion démographique.

A noter que la configuration historique de Dijon était marquée par sa topographie particulière. Le Suzon, rivière aujourd’hui enfouie sous la ville, la sépare alors en deux zones distinctes. Avant la construction d’une grande enceinte du XIIe au XIVe siècle, ces deux parties étaient situées à environ 500 mètres l’une de l’autre. A l’est se dressait le castrum, ancienne fortification datant de l’an 300. À l’ouest, autour de l’abbaye Saint-Bénigne, s’étendait un quartier moins connu. Mais il participa tout autant à l’histoire et à la vie de la cité médiévale.

Cheminée bâtie en cours de démontage, elle-même recoupant une cheminée plus ancienne du même type. © Astrid Couilloud, Inrap

Parallèlement, la découverte d’une vaste zone artisanale sous la même place Bossuet apporte un éclairage nouveau sur la dynamique économique de la cité médiévale. Cette zone, composée de multiples ateliers et espaces de travail, indique une concentration d’activités manufacturières et artisanales. La communauté médiévale semblait engagée dans des échanges commerciaux et des productions destinées à la fois à un usage local et à un commerce régional. La poursuite des fouilles et des études permettra de clarifier la fonction de ces espaces. Ils offriront ainsi des perspectives enrichies sur le rôle économique de Dijon avant sa fortification au Moyen Âge.

Source : Inrap

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV A moitié prix ce mercredi, ce lot de 2 oreillers est à saisir en urgence avant le week-end
NEXT la piscine du Malbentre s’ouvre aux publics vulnérables