le bras fort du conservatisme politique

le bras fort du conservatisme politique
le bras fort du conservatisme politique

La religion sur TikTok : le bras armé du conservatisme politique

Thibault Gruaz – Spécialiste en communication, membre des Vert’libéraux

Publié aujourd’hui à 6h27

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui au cœur des échanges dans nos sociétés et véhiculent toutes sortes de contenus et d’idées. La foi et, par extension, les religions ne font pas exception. Et une multitude de témoignages diffusent la « bonne parole », notamment auprès d’un très jeune public. Souvent charmants et positifs, ils appartiennent à toutes les croyances et servent un idéal commun : le conservatisme.

Comme la plupart des influenceurs, ils idéalisent leur style de vie, revendiquant un bonheur total, de véritables paquets de lessive religieuse. Si les premières vidéos que l’on croise sont assez anecdotiques et bienveillantes, c’est en stimulant l’algorithme que l’on découvre l’étendue de ce qui ressemble de plus en plus à une communauté idéologique centrée sur des valeurs traditionnelles.

Une vision essentialiste de la foi qui ne va pas sans injonctions absurdes dont la cible est, sans surprise, les femmes, éternel bouc émissaire des conservateurs, considérant toute forme de liberté comme une décadence. Et derrière toute tentative d’égalité se cache une menace.

Ces contenus prennent des formes variées, tantôt anonymes, tantôt incarnées. C’est le cas du frère Paul-Adrien, dont la communauté sur TikTok dépasse les 88 000 abonnés.

Une série de vidéos intitulée « Camcam Questions » qui commence par : « Est-ce qu’on a le droit de sortir avec un garçon si on sait qu’on ne va pas l’épouser ? La réponse du Frère est hilarante, comme si c’était du bon sens : « Eh bien, non ». Un esprit jovial qui contraste avec le fond moralisateur de ses propos.

Dans un style plus explicite : une vidéo aimé plus de 30 000 fois sur Instagram, liste les « 8 femmes maudites de l’Islam » sur fond d’une succession d’images de paysages marins, de yachts et de chants religieux. Parmi les péchés impardonnables cités, on peut notamment noter « celle qui refuse son mari sans motif valable » ou encore « les femmes qui se parfument ». Notons ici que contrairement à l’exemple précédent, l’auteur reste anonyme et, à ce titre, le récit ne bénéficie d’aucune autorité religieuse ni crédibilité théologique.

Il ne faut pas s’y tromper, la religion sert ici d’alibi moral, de point de référence pour ces missionnaires 2.0 et de porte d’entrée pour leurs jeunes. suiveurs. Le vrai projet est politique. L’aversion profonde de cette communauté pour le progrès sociétal, y compris les droits LGBTQ+, se mesure au niveau mondial à travers ses relais politiques. En Russie, en Hongrie, en Iran, en Israël, aux États-Unis, en Arabie saoudite et dans bien d’autres pays, le conservatisme religieux s’est mis au service d’une politique rétrograde et liberticide. Les conséquences sont très concrètes sur la liberté de la presse, le droit à l’avortement ou encore la démocratie elle-même. Et des principes qui nous paraissaient inébranlables il y a quelques années vacillent aujourd’hui.

Une vigilance nécessaire

Nous vivons un bouleversement profond, comme cela arrive rarement. Les doctrines religieuses, qui tendent à rester quasiment figées, apparaissent comme de solides références pour certains. L’humanité, en particulier l’Occident, doit faire face à de nombreuses questions sociétales, climatiques, économiques et philosophiques qui nécessitent de repenser radicalement notre façon de vivre. La peur de ces changements, qui peut aussi se comprendre, génère nécessairement une forte opposition de la part d’une partie de la population qui se sent bousculée, voire agressée.

Nous ne pouvons ni résoudre ni abandonner. Aucun camp politique n’a aujourd’hui le monopole du conservatisme, une nouvelle fracture apparaît, remplaçant peu à peu la traditionnelle gauche-droite, fatiguée et de plus en plus fragmentée. La nostalgie d’une époque fantastique s’oppose désormais à un progressisme qui peine encore à se définir clairement. A nous d’être vigilants et de combattre l’obscurantisme sous toutes ses formes, aussi sympathiques qu’elles puissent paraître.

Avez-vous trouvé une erreur ? Merci de nous le signaler.

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV une foule immense à Téhéran pour les funérailles du président iranien
NEXT La Finlande et la Lituanie intensifient leurs efforts après l’annonce de Moscou