une dette de drogue à l’origine d’une rixe mortelle

une dette de drogue à l’origine d’une rixe mortelle
une dette de drogue à l’origine d’une rixe mortelle

Qquatre ans jour pour jour qu’il est en détention. Cela fait quatre ans qu’il nie les accusations portées contre lui. Sahmet Lushaj, Albanais de 26 ans défendu par Me Cloé Irigoin Carricaburu, comparaît depuis vendredi 24 mai devant la cour d’assises de Gironde pour assassinat, violences avec arme et trafic de stupéfiants. Une toile de fond qui sert son jeune frère, Omar, conseillé par Me Gaessy Gros, et deux autres jeunes, seront jugés pour délits liés aux stupéfiants.

Cheveux « lissés en arrière », silhouette fidèle au style de vie du footballeur professionnel qu’il rêve encore de devenir après ses débuts en France à Anglet, Sahmet Lushaj est accusé d’avoir poignardé à deux reprises, dont un mortel, au cœur, Avdyl Nuhiallari, un Kosovar de 52 ans. Il n’a pas survécu, malgré l’intervention rapide des secours.

Selon l’enquête policière, le 20 mai 2020, Sahmet Lushaj et son frère Omar sont venus recouvrer une dette contractée par l’un des fils de la victime. Sans prendre rendez-vous. Accompagné de Mikea Trimi, également albanais et défendu à l’audience par Me Antoine Tugas, eux, se seraient présentés au domicile du débiteur, absent, puis on leur aurait indiqué où le trouver au parc Palmer, à Cenon.

Deux blessés

Mais il est impossible de régler ses comptes sans la bonne personne. Ce sont des membres de sa famille qui seraient entrés en contact, dont le père, appelé en renfort. Le ton serait alors monté, Sahmet Lushaj aurait sorti un couteau. Des coups auraient été infligés. Et prêt. En intervenant, un frère du débiteur a été blessé à la main par un coup de couteau, un beau-frère au bras et à la poitrine.

«Je me sens mal à propos de tout ce qui s’est passé. Avant, j’étais sûr d’avoir des papiers et maintenant ma vie est détruite”

Si Sahmet Lushaj a toujours nié être l’auteur des coups de couteau, il a donné plusieurs versions pour expliquer sa non-culpabilité. La France sortait du confinement et de ses restrictions de déplacements. Les deux frères, qui vivaient en famille à Bayonne, affirment être venus en Gironde en touriste, voir des proches, et s’être retrouvés au parc Palmer. L’aîné a d’abord raconté avoir été agressé et avoir défendu son frère, avant d’accuser le troisième homme, Mikea Trimi.

Les enquêteurs ont rapidement mis la main sur tous les protagonistes. D’un côté les Albanais, de l’autre les Kosovars, tous issus de familles demandeuses d’asile qui ont fui leur pays pour des raisons politiques. Et aujourd’hui, c’est leur situation administrative qui les préoccupe.

«Cette affaire a fait parler d’elle»

Sahmet Lushaj s’est vu refuser l’asile. Omar aussi. « Je suppose que c’est à cause de cette histoire », murmure-t-il. «Je me sens mal à propos de tout ce qui s’est passé. Avant, j’étais sûr d’avoir des papiers et maintenant ma vie est détruite», pleure ce jeune père d’un nourrisson. « On a parlé de cette affaire, tout le monde dans la communauté albanaise est au courant. »

Dans la boîte, avec ses doigts, Mikea Trimi réalise des boucles dans ses cheveux mi-longs. Le sourire aux lèvres, il semble plus intéressé par certains membres du public que par les débats. Il résidait à Cenon au moment des faits. Il a admis avoir servi d’intermédiaire entre les frères Lushaj et Fatjon Nuhiallari, le fils de la victime (lire ci-dessous). C’est tout. Ce n’est pas un trafiquant. Il aurait dû comparaître libre mais il est détenu dans le cadre d’une autre affaire, cette fois d’importation de drogue en bande organisée. «Je viens d’être accusé, pas condamné. » Le verdict est attendu le 5 juin.

Le poids de la culpabilité

Il est à la fois victime, car il a perdu son père dans l’histoire, et accusé puisqu’il a été jugé pour trafic de drogue. Défendu par Msont Uldrif Astié et Sarah Kecha, Fatjon Nuhiallari, 24 ans, a du mal à trouver sa place dans le procès. Dans la vie aussi. Il veut juste mettre fin à la justice. Il parle par fragments. Sa voix s’estompe. Squelettique, il doit porter un lourd fardeau sur ses épaules. C’est une dette de drogue qui serait à l’origine de la rixe mortelle. Trafiquant ou simple nounou, il n’a pas pu rembourser le montant – environ 4 500 euros – du kilo de cannabis qui lui avait été confié ou avancé avant qu’il ne soit volé dans la cave de son immeuble. Il ne respecte pas les termes de son contrôle judiciaire. « Je n’avais pas l’énergie d’aller voir la police chaque semaine. » Il n’a pas cherché d’aide pour surmonter son traumatisme. « C’est déjà dur de trouver un médecin, donc un psychiatre… » Sur le banc des accusés, il a été mis au ban de sa famille. C’est lui qui est à l’origine du drame. « Ce n’est pas qu’ils me blâment pour sa mort, c’est moi qui le suis. »

 
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