Le Canada dort et marche vers une autre crise de souveraineté du Québec

Le Canada dort et marche vers une autre crise de souveraineté du Québec
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Donald J. Savoie est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et gouvernance à l’Université de Moncton.

La dernière chose dont le Canada a besoin est une autre crise de l’unité nationale. Cependant, des forces obscures sont en jeu dans une telle crise, une crise qui sera difficile à gérer.

Si l’on en croit les sondages d’opinion publique, le Canada aura un nouveau gouvernement à Ottawa d’ici environ un an. Il sera dirigé par quelqu’un d’extérieur au Québec, ce qui, en soi, changera la dynamique des débats sur l’unité nationale. Cinq premiers ministres du Québec ont occupé le pouvoir à Ottawa pendant 47 des 56 dernières années. Les nouveaux Canadiens ajoutent une dynamique différente à la politique canadienne et aux débats sur l’unité nationale. Leurs points de référence sont les pays qu’ils ont laissés derrière eux et la promesse d’un nouveau départ, et non les griefs historiques, régionaux ou linguistiques.

La politique provinciale du Québec prend également une nouvelle forme. Les voix fédéralistes sont très rarement entendues à l’Assemblée nationale du Québec. Le programme du Québec est de réduire les compétences du gouvernement fédéral et d’obtenir plus d’autonomie. Au cours des dernières années, le Québec a également joué avec la Charte canadienne des droits et libertés, tandis que le reste du Canada haussait les épaules, y compris les chefs de tous les partis politiques fédéraux.

La crise imminente de l’unité nationale s’étendra au-delà de la place du Québec dans la famille canadienne, et c’est là que réside le problème. Les Canadiens ne sont pas d’humeur à rouvrir la Constitution ou à répondre aux nouvelles demandes du Québec. Les Canadiens sont confrontés à des défis de politique publique urgents et apparemment insolubles liés à l’inflation, à l’offre de logements, à la faible productivité et à la croissance incessante du gouvernement fédéral. Toutes les régions ont également leurs propres griefs et raisons de redéfinir leur place dans la famille canadienne. Ils se concentrent sur leurs propres défis, pas sur le Québec.

Western Canada soutient, et pour cause, que le triumvirat Ottawa-Ontario-Québec n’a jamais compris ses défis ni lui a donné le poids politique nécessaire pour égaler ses contributions économiques au Canada. Le Canada atlantique n’a pas beaucoup de poids politique ou économique et reste à l’écart, incertain du rôle qu’il peut jouer dans les futurs débats sur l’unité nationale, tout en espérant le meilleur. L’Ontario, contrairement aux années passées, se tourne de plus en plus vers ses propres défis économiques et de politique publique. Depuis près de 35 ans, les premiers ministres de l’Ontario préfèrent parler de fédéralisme équitable pour leur province plutôt que du ciment qui unit le Canada.

Cela convient bien aux souverainistes du Québec. Cela leur permet de faire valoir que le reste du Canada devient de plus en plus insensible aux aspirations du Québec. Et encore une fois, si les sondages d’opinion publique sont exacts, les souverainistes québécois seront plus présents au Parlement canadien après les prochaines élections nationales, où ils feront valoir que le Canada ne travaille plus pour le Québec. En ce qui concerne les prochaines élections provinciales au Québec, de récents sondages révèlent que le Parti Québécois est en tête des intentions de vote et pourrait bien être en passe de remporter un gouvernement majoritaire.

Qui parlera au nom du Canada lorsque surviendra la prochaine crise de l’unité ? En 1995, 150 000 Canadiens hors Québec sont descendus à Montréal pour démontrer leur amour pour un Canada qui incluait le Québec. D’où viendrait un nouveau Capitaine Canada pour mener la marche ? Le Canada n’a plus de premiers ministres provinciaux comme John Robarts, David Peterson ou Allan Blakeney prêts à regarder au-delà de leurs frontières provinciales pour parler de ce qui est bon pour le Canada. Ottawa doit gérer la désunion du mieux qu’il peut en concluant des accords individuels à la volée avec les premiers ministres.

Les Canadiens ont vu des crises d’unité nationale surgir à intervalles réguliers, comme lors du référendum québécois de 1995, où le résultat était trop serré pour être rassuré. Celui qui se profile est différent, parce qu’il arrivera sous le couvert de l’obscurité, parce que les Canadiens sont peu enclins à consacrer du temps ou de l’énergie à le comprendre, et encore moins à y faire face ; parce que toutes les régions ont des griefs contre Ottawa ; parce que le gouvernement fédéral n’a jamais compris que l’Ouest canadien avait des griefs légitimes qui continuent d’être laissés sans réponse ; et parce que rares sont désormais les voix disposées à parler au nom de l’unité canadienne.

Même si nous le souhaitons, les défis imminents en matière d’unité nationale du Canada ne peuvent être ignorés. Nous pouvons nous préparer à y faire face de front ou à le laisser nous atteindre furtivement, nous laissant à la recherche de solutions. Il est temps pour les partis politiques nationaux du Canada d’aborder la question dans leurs programmes électoraux alors qu’ils se préparent pour les prochaines élections générales. Ils sont présents dans toutes les communautés et constituent des véhicules légitimes pour engager les Canadiens de toutes les régions dans un débat sur la manière dont l’avenir du Canada devrait être façonné. Ils sont en mesure de rassembler différentes communautés, différentes régions pour régler les différends, tester les préjugés et trouver des compromis dans l’intérêt du Canada, et non d’une région ou d’un chef de parti. Si les partis politiques ne peuvent pas jouer ce rôle, qui le peut ?

 
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