un triomphe paradoxal

un triomphe paradoxal
un triomphe paradoxal

NOUS Y ÉTIONS – Le chanteur américain a donné jeudi soir le premier de quatre concerts parisiens à la Paris La Défense Arena.

Jusqu’à présent, la relation entre Taylor Swift et la France pouvait se résumer à une série de rencontres manquées. Entre un Zénith 2011 loin d’être complet et la pandémie de 2020 qui a empêché la star de parcourir le monde comme elle l’avait prévu, les Français n’ont pas eu l’occasion de voir le phénomène de près. Certains estimaient que sa musique n’était pas faite pour nos oreilles européennes, d’autres jetaient un regard quelque peu ironique sur cette idole trop douce pour être honnête. Pourtant, après avoir fait chavirer le monde entier avec sa tournée The Eras Tour, débutée il y a plus d’un an aux Etats-Unis, Taylor Swift était bien décidée à séduire l’Europe à tout prix.

C’est dans notre capitale que commence le voyage du chanteur vers le vieux continent. Au sein de Paris La Défense Arena, une salle gigantesque parfaitement adaptée au show extravagant de l’Américain. Entouré d’une équipe de 200 personnes, le chanteur s’y est installé dimanche dernier, peaufinant les réglages d’une machine de haute précision dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard. Il était 19h54 lorsque la trentenaire a donné le coup d’envoi de son émission, avec six minutes d’avance, devant 45 000 personnes. Aux abords de la salle, les admirateurs, bien plus nombreux que les admirateurs, donnent le ton. Vêtues de tenues pailletées, de chapeaux de cow-girl et de bottes façon majorette, les jeunes femmes qui constituent la plus grande partie du public se pressaient, dans une ambiance très bon enfant et très américaine. On entendait beaucoup parler anglais dans la salle : 20% des spectateurs étaient des compatriotes de la star. Rarement aura-t-on entendu un public aussi enthousiaste et réactif que ces « Swifties » pour qui l’arrivée sur scène de « Tay-Tay » aura sonné comme un soulagement après des années d’attente.

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Très large, avec un avant-scène de 30 mètres s’étendant dans la foule, la scène, surplombée d’un écran géant, bat tous les records. Sa surface permet à la star de multiplier les peintures et chorégraphies. S’exprimant pour expliquer sa joie d’être sur scène à Paris, la chanteuse a rappelé qu’elle était là pour emmener ses fans dans une rétrospective de ses 18 ans de carrière. Cela fait onze séquences comme autant d’albums sortis depuis 2006. Beaucoup s’attendaient à un bilan chronologique mais celui-ci débutera avec Lover, un album de 2019, plutôt qu’avec son premier album. Une envie de plonger directement dans la formule pop et non dans le pays de ses débuts, celui-là même qu’on disait inexportable. La scénographie est très impressionnante, qui la voit interpréter des tenues à un rythme soutenu, entourée de décors et de projections qui engagent constamment le regard. Les musiciens sont installés dans le jardin et la cour et non sur scène. Il faudra attendre plusieurs séquences avant de les voir se produire sur la scène principale, aux côtés de la star.

Musique linéaire et assez ennuyeuse

Chanteuse au ton impeccable, Taylor Swift est aussi guitariste. Ses instruments correspondent tous à ses tenues. Des paillettes jusqu’à l’indigestion. La marque Gibson a conçu des déclinaisons scintillantes de ses modèles acoustiques. Ultra tonique, le show ne connaît aucun temps mort : il commence fort et finit fort. L’endurance et la performance de Taylor Swift et de ses danseurs et choristes sont à couper le souffle. Mais nous apprécierions que le spectacle soit réduit pour apprécier les chansons. Et c’est là le problème. Chacun des disques de Taylor Swift est rempli de chansons ultra efficaces. Mais ses compositions, trop linéaires, peinent à séduire au-delà de la dimension scénique. Laissant de côté la pyrotechnie et les idées de mise en scène astucieuses, la musique de Taylor Swift est tout simplement linéaire et assez ennuyeuse. Réduites à des harmonies de deux ou trois accords, les chansons n’épargnent aucun des effets dont regorge la meilleure pop du monde, celle des Beatles ou de David Bowie, brillants auteurs-compositeurs. L’argument des exégètes de Taylor Swift est qu’elle compose elle-même ses chansons, et n’est pas une simple interprète. Certainement. Mais elle enrichit ses compositions en y introduisant de l’audace. C’est le seul point sur lequel ce modèle étudiant échoue.

Travailleuse acharnée, Taylor Swift dégage un côté de première classe. Et si les tenues qu’elle porte mettent en valeur son physique très avantageux et ses jambes interminables, la jeune femme ne dégage aucun ennui. En bon petit soldat, elle arpente la scène à grands pas, affichant sa détermination à toute épreuve. En 3h15 de performance, la diva laisse peu de place à l’émotion. Le spectacle est tellement maîtrisé qu’il a une dimension plutôt oppressante. Alors Taylor « Je peux tout faire » Swift se met dans différents contextes. Après la série des aventures de Martine, nous aurons droit à Taylor à la campagne, Taylor à l’aéroport, Taylor au music-hall, Taylor à l’hôpital. Autant de séquences, qui, par leur aspect mécanique, gomment toutes les aspérités que l’on est en droit d’attendre d’un show familial.

Bouffée d’air frais

Seule surprise – et elle est de taille –, c’est que ce premier show parisien est celui où elle présente une séquence consacrée au Département des Poètes Torturés, un album qui vient de sortir. Peu convaincantes sur disque, les chansons s’incarnent avec plus de dynamisme sur scène. Dans un spectacle qui dure depuis des mois, cette bouffée d’air frais fait plaisir à entendre. De la part de Taylor Swift, ce petit défi est comme une offrande faite à l’Europe, qui a tardé à l’adopter mais a fini par signer sa capitulation totale.

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Le triomphe est total, même lorsque Taylor Swift réduit la voile sur une séquence naturelle consacrée à ses deux albums de 2020, Folklore et Evermore, plus folk et introspectif. C’est le seul moment où l’on la verra seule sur scène, alternant guitare (pas de paillettes cette fois) et piano, dans un moment de répit rare et de courte durée. Mais depuis « The Show must go on », elle repart bientôt pour un tour extravagant. Après trois heures et quinze minutes de spectacle animé, un générique présente les nombreux intervenants de l’émission. Mais pas la mère de Taylor, arrivée discrètement dans l’après-midi pour le premier séjour de longue durée à Paris. Trois autres représentations et la caravane de Taylor Swift se poursuivront jusqu’aux derniers jours de 2024.

 
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