« Il est urgent d’agir ! » selon l’Organisation européenne du cancer

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On peut dire que ce rapport de l’Organisation européenne du cancer sur les dernières données sur la maladie arrive à point nommé. Voyez qu’il est un peu opportuniste, les élections européennes approchent, mais c’est pour la bonne cause. Au milieu de la jungle des études épidémiologiques, des opérations de sensibilisation, des campagnes de prévention, il existe une dure réalité, un chiffre qui donne des frissons : près de 160 000 personnes meurent chaque année du cancer en France et nombreux sont nos pères, nos les mères, nos amies. L’Organisation européenne du cancer présente donc ce lundi matin à l’Institut Curie de Paris un état des lieux, particulièrement centré sur la France et par rapport aux autres pays européens. Et vient de lancer un manifeste « Cancer : il est temps d’accélérer ».

« Pourquoi tant de Français meurent encore du cancer ? » demande l’OEC en introduction, et que dit-il en substance qu’on ne sache déjà ? Qu’on fume encore trop, que les Français ont du mal à accéder aux dépistages organisés, que les inégalités territoriales en matière de soins pèsent dans la balance, que même si les thérapies sont moins invasives et plus efficaces, nous manquons de bras, d’oncologues, d’infirmières, de soignants. «La situation devient dramatique», confirme le professeur Matti Aapro, cancérologue en Suisse et ancien président de l’OEC. « Quand j’ai appris qu’en ce moment, un hôpital aussi prestigieux que l’Institut Gustave-Roussy à Paris, a fermé la moitié d’une unité de pointe, faute de soignants, alors qu’en est-il des autres hôpitaux en France ? Oui, c’est une véritable tragédie. »

Ce tabagisme excessif tue chaque année plus de 48 000 Français, soit jusqu’à 60 % de plus que dans les autres pays européens.

La France est le deuxième pays où l’on fume le plus en Europe. Ce tabagisme excessif tue chaque année plus de 48 000 Français, soit jusqu’à 60 % de plus que dans les autres pays européens. La première loi réglementant le tabac date de 1991. Cette loi Evin a depuis subi quelques modifications, plus personne ne fume dans les lieux publics ni au travail. Le prix du tabac ne cesse d’augmenter, et pourtant 25 % de la population française fume quotidiennement la cigarette, contre 18 % en moyenne en Europe. Les femmes sont aujourd’hui encore plus impactées par les conséquences de la consommation de tabac tout au long de leur vie. Aussi, le cancer du poumon est devenu le premier en termes de mortalité, avant le cancer du sein.


Le professeur Matti Aapro est cancérologue et ancien président de l’Organisation européenne du cancer.

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« Modifier les comportements »

« L’OEC n’est pas là pour pointer les mauvais résultats de chaque pays, rappelle le professeur Aapro, mais plutôt pour permettre de modifier les comportements, de fédérer les pays autour d’un problème qui leur est propre. Observer ce que font les autres pour mieux s’en inspirer et adapter une réponse plus efficace. La consommation de tabac est un véritable problème franco-français. L’OEC recommande de n’autoriser la vente de tabac qu’à partir de 21 ans, et de taxer les nouveaux tabacs et produits à base de nicotine au même titre que les cigarettes par exemple. »

Le taux de survie à cinq ans des hommes atteints d’un cancer colorectal dans les zones rurales est inférieur de 6,4 points à celui des hommes vivant dans des zones plus urbaines.

La France peine toujours à détecter précocement les cancers. Ainsi, le taux de dépistage du cancer colorectal en France n’est que de 34 %, bien loin des 80 % atteints ailleurs en Europe. Le dépistage du cancer du sein en France reste inférieur à 50 %, alors qu’il dépasse 80 % en Suède et 74 % en Espagne. « Visiblement, la France n’a pas trouvé la bonne méthode, la bonne manière d’en parler, poursuit le professeur Aapro. C’est vrai, la mammographie est un examen pour le moins désagréable, mais franchement, quand on sait combien de complications cancéreuses elle évite, je pense qu’il ne faut pas hésiter. Dans un avenir proche, de nouvelles techniques moins douloureuses seront développées, ce qui devrait aider. »

Le nombre de cancers explose-t-il ?

Face à cette question, de nombreuses études, a priori alarmantes, voient le jour. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) prévoit une explosion du nombre de nouveaux cas en 2050, par rapport à 2022. Le professeur Matti Aapro, oncologue et ancien président de l’OEC tempère : « Oui, bien sûr, le nombre de cas continue d’augmenter car ils ne sont plus détectés, les cancers dépendent de l’âge et le vieillissement de la population est un fait. Le Centre international de recherche sur le cancer basé à Lyon corrige ce terrible pronostic de l’OMS et assure qu’ils sont détectés plus tôt et mieux traités, certains guérissent. Quant à l’augmentation des cas de cancer colorectal chez les jeunes, je pense que c’est un phénomène sporadique et fluctuant. »

Le rapport de l’Organisation européenne du cancer souligne non seulement la pénurie de personnel soignant, identique partout en Europe, mais aussi la pénurie d’oncologues, spécifique à la France. Ainsi, le pays compte 1,52 oncologues pour 100 000 habitants, alors que la moyenne européenne est de 3,24 : « Ce déficit pourrait mettre en danger la survie et la qualité de vie de tous les Français touchés par la maladie », ajoute Matti. Aapro. À cela s’ajoutent les inégalités territoriales ; on observe que le taux de survie à cinq ans des hommes atteints d’un cancer colorectal en milieu rural est inférieur de 6,4 points à celui de ceux des zones plus urbaines, et de 5,5 points chez les femmes… Pour certains cancers, il y a une différence de 15 points selon que vous habitiez en ville ou à la campagne. » Pour remédier à ce manque de spécialistes, l’OCE recommande de réduire la bureaucratie hospitalière, d’améliorer la qualité de vie au travail et d’agir politiquement concrètement pour compenser les inégalités d’accès.

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Lutte contre la méfiance à l’égard des vaccins

Selon le professeur Aapro, les pays européens sont tous aujourd’hui confrontés à une forme de défiance vaccinale, accentuée par le traumatisme de la pandémie de Covid, durant laquelle les influenceurs de tous bords ont généré le doute. « La France, dit-il, est un pays où ces doutes liés aux vaccins commencent à constituer un risque pour la santé publique. Si on ne vaccine plus les bébés contre les maladies graves, alors ces maladies réapparaîtront. Votre première campagne de vaccination contre les cancers liés aux papillomavirus s’est mal passée, force est de constater que là encore, la communication est mauvaise. Il faut retrouver la confiance dans le vaccin, travailler dans ce sens. Des vaccins contre certains cancers devraient voir le jour. » Même s’il reconnaît que le cancer est désormais mieux accepté socialement qu’il y a trente ans, il dit « rêver » d’un film de plaidoyer, qui montre les progrès de thérapies beaucoup moins traumatisantes et handicapantes et qui parle enfin de guérison. .

 
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