Le Parlement œuvre pour le repli de la Suisse sur elle-même

Le Parlement a également célébré la Journée du costume traditionnel. A cette occasion, les membres du Conseil national se sont présentés au Palais fédéral en costume traditionnel.

Clé de voûte / Alessandro Della Valle

Attaque contre l’aide au développement, révolte contre la Cour européenne des droits de l’homme et escarmouches autour de l’Ukraine: la Suisse n’a pas montré un visage très ouvert au monde lors de la session parlementaire d’été. Notre analyse.

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14 juin 2024 – 09h45

Ce que l’on retiendra de la session d’été, c’est la bagarre entre deux conseillers nationaux de l’Union du centre démocratique (UDC/droite conservatrice) et la police fédérale. La mission de ce dernier était d’obtenir la visite du président du Parlement ukrainien au Palais fédéral.

Voici une vidéo de l’incident :

Les deux parlementaires de l’UDC Thomas Aeschi et Michael Graber n’ont pas voulu se laisser barrer la route et ont préféré prendre le risque d’une escalade – qui s’est rapidement produite. Cette réaction est un symbole de l’attitude critique de la droite à l’égard de la position officielle suisse à l’égard de l’Ukraine et, par conséquent, de la conférence de Bürgenstock. Nous en avons parlé ici.

Pas de marchandage pour l’armée

Le mot-clé de cette séance était « Kuhhandel » (négoce de chevaux en français). C’est le nom d’une idée de centre-gauche. Le plan de cette alliance était de débloquer 15 milliards de francs pour l’armée et pour l’Ukraine : 10 pour l’armée, 5 pour l’Ukraine.

Un nouveau fonds spécial aurait dû le financer. La Suisse aurait ainsi pu contourner son strict frein à l’endettement. En effet, la Suisse ne peut dépenser que ce qu’elle gagne. Le Parlement et le gouvernement se sont engagés à le faire il y a 20 ans. Et cette année, les finances fédérales sont plus tendues que d’habitude, comme nous l’expliquons ici.

Il n’y a qu’une seule condition pour suspendre le frein à l’endettement : « un événement extraordinaire, non contrôlable par la Confédération ». De l’avis du camp bourgeois – et finalement de la majorité du Conseil des Etats – la guerre russe contre l’Ukraine ne peut être considérée comme telle. La proposition est donc restée lettre morte à la Chambre basse.

Réduire l’aide au développement

Mais les partis bourgeois veulent aussi plus d’argent pour l’armée – et dans l’ensemble, les majorités des deux chambres s’accordent sur le fait que la sécurité de la Suisse doit être une priorité.


Le chef de l’armée Thomas Süssli et le chef de l’armement Urs Loher suivent les discussions budgétaires au Parlement.

Clé de voûte / Alessandro Della Valle

Quatre milliards de francs pour l’armée au cours des quatre prochaines années était la proposition alternative, et elle a été adoptée. Mais le financement doit désormais être assuré par des économies, que le camp bourgeois entend réaliser notamment par des coupes dans l’aide au développement. La Suisse devrait y réduire ses dépenses de 2 milliards d’ici 2028.

Le Conseil national se prononcera sur ce sujet à l’automne, mais les cris d’horreur de la gauche se font déjà entendre. «C’est dommage», entend-on à l’unisson, la riche Suisse épargne au détriment des pays du Sud et provoque ainsi une plus grande pression migratoire. À suivre.

Bras de fer avec Strasbourg

Une déclaration du Conseil national et du Conseil des Etats adressée à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à Strasbourg a également eu un impact international. Les deux chambres souhaitent que la Suisse s’oppose à un jugement prononcé début avril.

La CEDH a finalement donné raison aux « Aînés pour le climat » et a condamné la Suisse pour son inaction climatique.

Les juges de Strasbourg ont estimé que la Suisse n’en faisait pas assez pour protéger les personnes âgées des conséquences du réchauffement climatique et violait ainsi un droit de l’homme.

Les chambres protestent contre cette décision. D’une part, les parlementaires estiment que la Suisse en fait assez en matière climatique. En revanche, il n’appartient pas à cette Cour d’intervenir dans la législation suisse, affirment-ils. Dans sa déclarationLien externeLe Parlement parle d’un « activisme judiciaire inadmissible et inapproprié ».

Le Conseil fédéral entend prendre position en août sur l’arrêt de Strasbourg.

Plusieurs décisions concernant le droit d’asile

L’UDC fait de la migration et de l’asile un sujet de discussion lors de chaque séance. Cette fois, les femmes afghanes étaient dans sa ligne de mire. Ils obtiennent l’asile en Suisse car, selon la Confédération, ils sont particulièrement persécutés par le régime taliban en Afghanistan. L’UDC souhaitait revenir à cette pratique d’asile, introduite il y a un an. Mais il sera maintenu. Le Conseil national a rejeté la motionLien externe correspondant.

Les demandeurs d’asile érythréens étaient, quant à eux, dans la ligne de mire du Parti libéral-radical (PLR/centre-droit). La Suisse leur accorde l’asile parce qu’ils sont à la merci de leur gouvernement national. Mais ces derniers mois, des altercations publiques ont eu lieu à plusieurs reprises entre opposants et partisans du régime.


Les arguments du conseiller fédéral Beat Jans, chargé du dossier d’asile, n’ont pas été entendus par le Conseil national.

Clé de voûte / Alessandro Della Valle

Une interventionLien externe du PLR a exigé que la Confédération conclue un accord de transit avec un pays tiers africain, afin de rapatrier les demandeurs d’asile déboutés d’Érythrée. Une autre intervention a appelé à une action plus dure contre les Érythréens réfugiés en Suisse et qui soutiennent leur régime par la violence depuis là-bas. Les deux ont été acceptés. Le Conseil fédéral doit maintenant les mettre en œuvre.

Pas de reconnaissance de la Palestine

La guerre israélo-palestinienne a également été évoquée au Palais fédéral. En sa qualité de deuxième chambre, le Conseil des Etats a décidé que le Conseil fédéral devrait être plus attentif aux fonds d’aide suisse versés à la Palestine et a créé un groupe de travail pour éviter qu’ils ne soient détournés à des fins de guerre.

Une intervention du Parti Socialiste (PS) exigeant que le Conseil National reconnaisse la Palestine comme un Etat indépendant n’a pas abouti. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a convaincu les parlementaires en arguant que la reconnaissance de la Palestine ne relevait pas de la compétence du Parlement.

En revanche, une motion concernant l’Iran a été adoptée. Le Parlement a donné mandat au Conseil fédéral de soutenir le mouvement de protestation iranien dans sa lutte pour les femmes et les droits humains. La motion a cependant été corrigée entre les deux Chambres. Le Conseil des Etats a retiré de la motion la demande initiale de sanctions.

Frais d’inscription plus élevés pour les étrangers

Le Conseil national a décidé d’augmenter les frais d’inscription dans les écoles polytechniques fédérales (EPFL/EPFZ) pour les étudiants étrangers. Ces frais seront désormais au moins trois fois plus élevés que ceux des étudiants suisses. Jusqu’à présent, Suisses et étrangers payaient le même prix.

Les frais d’inscription dans ces écoles sont faibles en comparaison internationale. Aux yeux de nombreux membres du Conseil, cela plaide en faveur d’une augmentation. Les EPF eux-mêmes s’y opposent. «Nous préférons avoir les meilleurs cerveaux et non les plus riches», a déclaré à la SRF Michael Hengartner, président du Conseil des EPF.

Important : être considéré comme « étudiant étranger » n’est pas forcément une question de nationalité. Les non-Suisses ayant effectué leurs études en Suisse sont considérés par ces écoles comme des « natifs » et ne seraient pas concernés par la hausse des impôts. Les Suisses de l’étranger ne seraient pas non plus considérés comme des étudiants étrangers.

Regroupement familial sans discrimination

Lorsqu’ils souhaitent faire venir des membres de leur famille en Suisse, les citoyens des pays de l’UE vivant aujourd’hui en Suisse ont plus de droits que les Suisses. Le Conseil national souhaite changer cette situation et a approuvé de justesse une motion en ce sens. Le Conseil des Etats se penchera prochainement sur cette question. Cette décision est soutenue par l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE).

Deux conventions de double imposition, l’une avec la France concernant le télétravail, l’autre avec la Slovénie, ont également été adoptées sans problème par les Chambres.

Deux décisions concernant les prochaines élections sont également intéressantes pour les Suisses de l’étranger.

D’une part, le Conseil des Etats, par une demande en annulationLien externe, a définitivement invalidé un plan déjà adopté pour augmenter les surfaces allouées à la biodiversité dans l’agriculture. Cette décision devrait alimenter la campagne de vote sur l’initiative biodiversitéLien externequi sera soumis au vote le 22 septembre.

D’autre part, le Conseil national a recommandé de rejeter l’initiative pour la responsabilité environnementaleLien externe jeunes Verts. Il suit ainsi le Conseil fédéral.

Pas d’anglicismes

Le repli sur soi du Parlement s’exprime finalement aussi dans un petit détail : le Conseil national veut mieux protéger les victimes de harcèlement. Pour cela, il a créé un délit spécifique.

Fait intéressant: les textes juridiques suisses n’ont jusqu’à présent connu aucun anglicisme – et cela doit continuer à être le cas. Ainsi, le harcèlement criminel est décrit dans le projet de loi comme la « persécution persistante de quelqu’un ». Le projet va maintenant être soumis au Conseil des Etats.

 
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