Livre du jour. Nostalgie de Paul Auster

Livre du jour. Nostalgie de Paul Auster
Livre du jour. Nostalgie de Paul Auster

“Baumgartner”. Par Paul Auster. Traduction Anne-Laure Tissut. Actes Sud. 200pages. 21,90 euros.

Voix remarquable de la scène littéraire américaine, Paul Auster, décédé le 30 avril, explore les territoires familiers de son œuvre dans son dernier roman. On y retrouve la présence centrale d’un intellectuel qui lui ressemble sans être un double, des coïncidences chères à l’auteur de « La Musique du hasard », mais aussi ce regard lucide sur les choses de la vie, esquissé ici d’une certaine mélancolie.

Douleur du membre fantôme

ST Baumgartner, professeur de philosophie à Princeton, aborde ce moment de la vie où les évaluations prennent des contours précis. Agé de soixante-dix ans, veuf depuis dix ans d’Anna Blume, poète profondément aimée, il sait que son temps est désormais compté. Combien d’années encore avant que la mécanique intellectuelle et physique ne commence à le trahir ?

Alors qu’il termine un nouvel essai, un banal accident domestique déclenche le mouvement du souvenir avec ses séquences. Tel un membre fantôme, Anna, décédée en nageant, accompagne les pensées de Sy, moignon humain, un demi-homme ayant perdu la moitié de lui-même conscient de souffrir physiquement de cette absence. Les membres manquants sont toujours là, ils font toujours mal.

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Il pense aussi à son père, « Jacob l’excentrique », arrivé d’Europe centrale au début du siècle porté par le rêve américain bientôt brisé. Outre les pages magnifiques qui couvrent l’amour de Sy pour son compagnon poète, le portrait de ce tailleur cultivé couplé à un anarchiste peu démonstratif embellit le voyage de Baumgartner au pays de ses souvenirs. Les fragments flottants du passé remontés à la surface ravivent les récits d’un séjour en Ukraine sur les traces de sa famille maternelle, de la brouille avec une sœur névrotique moyen ou la romance interrompue avec un universitaire qui finira par le quitter pour la Californie pour être avec un homme plus jeune. Cette enquête intime capte l’admirable complicité avec la femme de sa vie, une réflexion sur la vieillesse et le don précieux de la beauté d’un instant. Il y a encore des jours comme ça. Autant en profiter au maximum tant qu’il le peut. Et quand Baumgartner note : Tant que je peux encore tenir un stylo dans ma main et voir la phrase devant moi, je continuerai ma routine. » comment ne pas penser à l’écrivain touché par la maladie ces dernières années ?

D’un souvenir à l’autre, l’écrivain consacre passé et présent tel un virtuose, attentif à un homme vieillissant pétri de forces et de faiblesses, toujours à l’écoute de la femme de sa vie. Car chez Paul Auster, les morts continuent de nous parler.

 
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