Situation amère pour les producteurs d’amandes douces

Situation amère pour les producteurs d’amandes douces
Situation amère pour les producteurs d’amandes douces

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Ce sont trois producteurs locaux qui témoignent à Médias24 à propos de l’affaiblissement de la production nationale d’amandes douces. Selon eux, l’importation massive d’amandes américaines en est la cause. Ils mettent en garde contre un possible déracinement des amandiers et appellent à l’application urgente de mesures de sauvegarde.

« Actuellement, nous vivons une situation alarmante au niveau des amandes douces. Les acheteurs se désintéressent complètement des amandes marocaines étant donné les importations massives d’amandes américaines. Le volume a été multiplié par 15 tandis que les quantités importées ont été multipliées par 11 entre 2018 et 2023.», raconte un producteur d’amandes de la région Fès-Meknès.

Rappelant les derniers chiffres de l’Office des changes (image ci-dessous), elle souligne que le volume des importations a augmenté de 40 % entre 2022 et 2023. « Le stock créé fait que les amandes marocaines ne sont plus recherchées, d’autant que leurs rivales américaines sont moins chères. Le constat est que les transactions nationales sont quasiment à l’arrêt, et les prix proposés impliquent une vente à perte.« .

A l’origine de la crise, le démantèlement progressif des tarifs douaniers imposés par l’accord de libre-échange Maroc-USA

« La crise des producteurs d’amandes au Maroc n’a pas seulement été aggravée par l’explosion des importations en provenance des États-Unis, mais elle en a aussi et surtout été la cause. A l’origine de cette crise, l’accord de libre-échange entre le Maroc et les États-Unis qui a progressivement supprimé les droits d’importation sur les amandes douces. Aujourd’hui, les quotas d’importation sont complètement levés», explique un agriculteur de la région Fès-Meknès.

Il est rejoint sur ce point par un producteur et broyeur d’amandes de la même région : « On parle d’un remplacement progressif, voire d’une substitution de la production locale par des importations d’amandes américaines. Historiquement, le Maroc est connu pour sa grande production d’amandiers, qui constitue la deuxième production arboricole après l’olivier.

«Auparavant, le Maroc était protégé par des droits d’importation élevés, qui bloquaient ou ralentissaient les importations américaines, voire européennes. Ensuite, il y a eu l’accord de libre-échange avec l’Europe et avec les États-Unis. Dans le cas de l’Europe, les droits d’importation ont été maintenus, ce qui a eu pour conséquence de pénaliser les importations en provenance des pays européens. Mais c’est le cas de l’accord d’association avec les États-Unis. Aux États-Unis, il y a eu un démantèlement progressif qui s’est officiellement terminé en 2018. Depuis, les droits d’importation sont devenus nuls en provenance des États-Unis.

Signé en 2004, l’accord de libre-échange entre le Maroc et les États-Unis d’Amérique s’applique aux échanges de biens agricoles et industriels ainsi qu’aux échanges de services. Il prévoit l’établissement de listes correspondant à des taux de démantèlement variant de 0 à 10 ans, comprenant principalement les semences, les plants, les animaux d’élevage, les aliments pour animaux, les oléagineux, le beurre et certains produits frais ou transformés pour lesquels le Maroc dispose d’avantages comparatifs.

Une exception, en termes de traitement et de délai de démantèlement, a néanmoins été retenue pour certains produits agricoles sensibles pour le Maroc, dont les droits de douane seront démantelés sur une période de 10 à 25 ans. Cette liste comprend essentiellement le lait et les produits laitiers, les amandes, l’orge, le miel, les œufs, les préparations alimentaires, les produits contenant du sucre, la viande ovine et caprine ainsi que les légumineuses.

“Le problème vient du fait que les amandes douces ne font pas partie de l’annexe 3-A détaillant les mesures de sauvegarde agricoles dans l’accord de libre-échange liant le Maroc aux Etats-Unis”, précise notre premier interlocuteur.

Explications du ministère de l’Agriculture

Contacté par nos soins, le ministère de l’Agriculture nous explique que la hausse des importations est justifiée par faible production d’amandes, liée à la sécheresse de ces dernières années. « La situation devrait s’améliorer avec la mise en production de nouvelles plantations et des conditions climatiques favorables. »

Les trois producteurs contactés par Médias24 contestent néanmoins l’insuffisance de la production locale d’amandes.

L’importation d’amandes américaines n’est en aucun cas justifiée par la pénurie d’amandes au Maroc. Aujourd’hui, le prix est la principale raison des importations. Les amandes américaines, qui arrivent à un prix très bas, conduisent ainsi à une concurrence déloyale », constate le broyeur d’amandes.

« À elle seule, la Californie est le premier producteur mondial et le premier exportateur mondial d’amandes. Nous ne combattons pas à armes égales avec les États-Unis, qui disposent d’un pouvoir énorme puisqu’ils monopolisent 75 à 80 % de la production. « Les Américains bénéficient donc d’une énorme infrastructure de production, de commercialisation et de logistique. Tous ces éléments font que leurs prix de sortie sont inférieurs aux nôtres », explique-t-il.

« Les deux tiers de la consommation locale d’amandes proviennent aujourd’hui des États-Unis »

« Les deux tiers de la consommation locale d’amandes proviennent aujourd’hui des États-Unis, alors que jusqu’en 2018, celle-ci était entièrement satisfaite par la production marocaine », ajoute ce dernier.

Le Maroc est autosuffisant en termes de production d’amandes. Mais ce qui va se passer, c’est que les gens vont commencer à l’arnaquer. Certains ont déjà commencé, tout simplement parce que la culture n’est plus rentable. On parle d’une possible perte de capital important au Maroc. Derrière, une dépendance totale pour un produit qui est largement consommé au Maroc, par rapport au monde extérieur, notamment par rapport aux Etats-Unis. Si demain on assiste à une flambée des prix, comme cela peut arriver pour les matières alimentaires, le Maroc se retrouvera complètement fragilisé par ce type d’importations. Alors qu’aujourd’hui, il est à nouveau autonome », appuie son collègue.

« Le consommateur marocain était habitué aux amandes marocaines. Sauf que les amandes américaines ont commencé au fil du temps à devenir monnaie courante, notamment chez les industriels», observe-t-il.

Des mesures de sauvegarde sont nécessaires selon les producteurs

« Malgré le coût plus compétitif des amandes américaines, Les prix des amandes sur le marché marocain ont continué d’augmenter pour le consommateur marocain. Dans les grandes surfaces, les amandes américaines sont vendues à 109 DH/kg alors qu’elles sont importées à moins de 50 DH/kg », explique le producteur d’amandes de la région Fès-Meknès.

Elle poursuit : « Face à une telle concurrence, si mesures de subvention directement aux agriculteurs (comme ce qui a été mis en place pour la culture des pommes de terre et des oignons) ou que les barrières non tarifaires ne sont pas mises en place rapidement, tous les producteurs d’amandiers actuels devront déraciner leurs arbres.

« Il s’agit en effet d’une situation structurelle délibérément créée et confirmée par le gouvernement marocain au moment de la signature des accords de libre-échange avec les Etats-Unis. A terme, cela signifie la destruction de toute une filière sur le territoire national et la mort de l’amandier marocain. Les Etats-Unis, déjà producteurs de 80% de la production mondiale, auront à terme le contrôle et le monopole du marché marocain de l’amande, avec tous les risques que cela comporte.

« Pour remédier à la situation, il faut revoir l’accord de libre-échange et prévoir des mesures de protection. Il faut mettre en place une barrière à l’entrée des amandes, à l’instar de ce qui a été fait pour le blé et pour les diverses spéculations”, conclut le broyeur d’amandes.

Durant la saison 2022-2023, la superficie totale occupée par les amandiers s’élevait à 230.510 hectares au niveau national, selon les dernières données fournies par le ministère. Les principales zones de production sont concentrées dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Fès-Meknès et de l’Oriental. La production moyenne d’amandes décortiquées est estimée à 146 096 tonnes.

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