le chef César Román reconnu coupable du meurtre de sa petite amie Heidi Paz Bulnes

le chef César Román reconnu coupable du meurtre de sa petite amie Heidi Paz Bulnes
le chef César Román reconnu coupable du meurtre de sa petite amie Heidi Paz Bulnes

Ce matin-là, il n’y avait pas foule au Maison Gérard, un bar-restaurant à Saragosse, dans le nord de l’Espagne. Profitant de ce moment de calme, Raquel, la patronne, s’affaire à faire la vaisselle, tout en gardant un oeil sur la télé. Au programme, un journal télévisé. Il s’agit d’une femme découpée en morceaux et d’un suspect en fuite depuis le 31 juillet.

— À 45 ans, explique une voix off, César Román s’était taillé une réputation flatteuse dans le monde de la gastronomie madrilène. Mais l’entrepreneur touche-à-tout, comme nous le verrons, avait aussi sa part d’ombre…

Est-ce l’affirmation de la gastronomie qui ravive sa curiosité ? Machinalement, presque sans réfléchir, Raquel lève les yeux vers l’écran et, Mère de Dieu ! presque laisser tomber le verre qu’elle était en train de polir ! Comme abasourdie, elle doit s’accrocher à son comptoir pour éviter de s’évanouir. Car sur l’écran du téléviseur, le visage du suspect vient de s’afficher. Des photos de ses heures de gloire, tantôt en cuisine, tantôt devant un micro…

Elle connaît ce type ! Sur les photos, il n’a pas encore la barbe fournie qu’il montre aujourd’hui ni le crâne rasé, mais avec sa petite taille – 1,52 m – on le reconnaîtrait parmi des milliers !

—Jo! appelle Raquel. Jo, viens voir !

Son mari arrive et lève les yeux vers l’écran.

– Pour l’amour de Dieu ! il jure.

Les deux époux échangent un regard incrédule. Il n’y a pourtant aucun doute… Cet individu que l’on montre à la télévision, ce meurtrier recherché par toutes les polices d’Espagne, c’est Rafael, leur nouveau cuisinier !

Un incendie est signalé

Et quel cuisinier, quand on y pense ! Si on écoute attentivement l’émission policière, on est loin, très loin de Excellent chef. L’affaire a débuté trois mois plus tôt, le 13 août 2018. Ce jour-là, vers 13h45, un incendie était signalé dans un entrepôt du centre de Madrid. Sirènes, camions, lances d’eau… Très vite, les pompiers sont sur place, combattant les flammes pas à pas. Le feu est bientôt éteint. Mais quelle est cette valise abandonnée là-bas, dans un coin, et d’où s’échappe un liquide nauséabond formant une flaque d’eau ? De l’eau viciée ? Un peu de sang ? Nous ouvrons les bagages. Et nous revenons en courant, le cœur dans la bouche. À l’intérieur se trouve un torse féminin aux seins coupés. On peut encore voir, partiellement carbonisé, ce qui ressemble à des implants mammaires. Ont-ils été brûlés pour effacer les numéros de série et ainsi empêcher l’identification de la victime ? Sans aucun doute. De toute façon, faute d’empreintes et de visage, la police est à court de pistes. Elle se tourne alors, en attendant mieux, vers le propriétaire de l’entrepôt, un certain César Román… Pas de chance : depuis plusieurs jours, il est introuvable. C’est d’autant plus étrange que le personnage, célébrité du monde culinaire, n’est pas du genre à fuir les caméras, bien au contraire ! Où est-il allé ?

À Madrid, presque tout le monde connaît César Román, le très médiatisé « roi du cachopo ». De ces traditionnelles tapas de bœuf pané des Asturies, l’homme a confectionné un plat à la mode, qu’il sert dans plusieurs restaurants franchisés où se ruent les stars. Il faut dire que Román a un sens du marketing fantastique. Grand comme trois pommes, il n’hésite jamais à se mettre en scène, comme s’il voulait compenser sa petite taille par une exubérance extraordinaire.

Il prétend détenir un passeport diplomatique

A l’entendre dire, il a vécu mille vies, tour à tour homme politique, journaliste, animateur de talk-show… Un espion aussi ? Il affirme en tout cas détenir un passeport diplomatique russe. Et aussi être basque, même si son accent n’est pas toujours là. Quelle est la vérité dans toutes ces absurdités ? Ce qui semble certain, c’est que le « roi du cachopo », contrairement à ce qu’il prétend, n’a jamais remporté le moindre concours de cuisine. Et qu’il a débuté modestement sa carrière comme livreur de pizzas. Pour le reste, c’est vrai, ça s’est fait tout seul. Il possède apparemment des dizaines de restaurants, d’hôtels et de magasins. Un grand succès! Mais ce que la presse ignore, et ses clients aussi, c’est qu’en réalité tout ce succès se construit sur du sable. Fournisseurs impayés, salariés en attente de salaire, partenaires escroqués, locaux acquis avec des chèques sans provision… Les arrière-cuisines du self-made-man sont très loin d’être propres.

— Il a une mentalité enfantine, confie un de ses ex-collaborateurs. Il ressemble à un méchant de James Bond, avec des projets grandioses qui ne se concrétisent jamais…

Comment l’a-t-il séduite ?

Narcissique, mythomane, César Román, le petit coquin, n’en est pas moins trompé. Une très jolie jeune femme originaire du Honduras, Heidi Paz Bulnes, qu’il a embauchée comme serveuse dans l’une de ses cidreries, compte parmi ses conquêtes. Comment a-t-il réussi à la séduire alors qu’il a vingt ans de plus qu’elle – et vingt centimètres de moins ? A force de conneries, bien sûr. Mais les choses ont mal tourné entre eux. Heidi, vite lassée de la jalousie de son amant, le quitta. Nous le savons, car une violente scène de rupture a eu lieu entre eux en public, dans un bar de Madrid, quelques jours avant l’incendie de l’entrepôt. Le nain était tellement sauvage que la police l’a emmené et il a fini par passer la nuit en cellule !

C’est depuis cet incident que César Román a disparu de la circulation. Et Heidi aussi. Se pourrait-il alors qu’elle soit la femme dans la valise ? C’est ce que pensent rapidement les enquêteurs. Et cela a été confirmé, quelques semaines plus tard, par des analyses ADN… Dès lors, la chasse au suspect est lancée. Sans grand espoir. On l’imagine déjà à l’autre bout du monde, sirotant un cocktail sur une plage tropicale. Nous avons tort. Le fugitif est simplement à Saragosse, récemment embauché comme cuisinier dans un bar-restaurant sans incident, le Casa Gérard. Incroyable, non ?

Lorsqu’ils découvrent cette folle situation en regardant la télé, Raquel et Jo, les propriétaires de l’établissement, s’empressent évidemment d’alerter les autorités. Il est presque 11 heures du matin, heure à laquelle leur nouvel employé, « Rafael », viendra travailler… Nous leur demandons surtout de ne pas paniquer. Faire comme si de rien n’était. La police s’occupe de tout.

Un quart d’heure s’écoule. Un client inconnu s’approche du comptoir et demande un café à Raquel, en connaissance de cause. C’est un flic infiltré. Pas de panique, semble-t-il lui dire en silence. Ses collègues sont là, dehors, cachés, prêts à bondir si c’est bien leur suspect…

Un enfant qui vient de faire une grosse erreur

Mais est-ce vraiment lui ? Quand « Rafael » entre, on en doute un instant. Certes, il est très petit, mais il y a cette barbe de trois mois, ce crâne rasé, ces kilos en moins… Du coin de l’œil, le policier observe l’homme, qui noue son tablier, prépare ses couteaux, étouffe un bâillement. C’est à ses dents de bonheur qu’il le reconnaît. Il donne le signal. Dix uniformes apparaissent dans la pièce.

— César Roman ?

« Oui, c’est moi », concède le barbu, avant de se laisser embarquer sans opposer aucune résistance.

Menotté ainsi, à peine entre deux policiers, le « roi du cachopo » ressemble à un enfant qui vient de commettre une grosse erreur. Et en vilain gosse qu’il est, il persiste à nier l’évidence… Il n’a pas tué Heidi Paz Bulnes.

Aujourd’hui, trois ans plus tard, alors que s’ouvre son procès, il clame toujours son innocence. Fidèle à sa mythomanie habituelle, César Román met le paquet. Non, Heidi n’est pas morte, affirme-t-il devant des jurés incrédules. Elle est chez elle au Honduras. Mais dix minutes plus tard, changement de version, la voilà de nouveau morte, assassinée par la pègre, une bande de trafiquants de drogue qui voulaient lui nuire ainsi qu’à son entreprise… Les preuves s’accumulent pourtant contre l’accusé. Il y a les clés de l’entrepôt, la valise qui lui appartenait… Et aussi la maîtrise de la découpe du corps, très naturelle pour un chef. La justice espagnole a finalement statué : quinze ans de prison pour Román. Quinze années dans l’ombre, donc… Mais pas loin des projecteurs. Ce mois-ci, Netflix consacre une mini-série documentaire au cuisinier, Le Roi du Cachopo. Trois épisodes auxquels le magnat lui-même, fidèle à sa soif de notoriété, a accepté de participer. Pour servir votre version de l’histoire, entrée, plat et dessert… Programme recommandé uniquement – ​​faut-il le préciser ? – à ceux qui ne craignent pas l’indigestion du mensonge.

Une enquête d’Axelle Winieux.

 
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