la faillite des Brasseries Georges, une institution niçoise, décortiquée en justice

la faillite des Brasseries Georges, une institution niçoise, décortiquée en justice
la faillite des Brasseries Georges, une institution niçoise, décortiquée en justice

Le 7 décembre 2015 au matin, le tribunal de commerce de Nice prononce la liquidation des Brasseries Georges. Deux heures plus tard, en plein service du déjeuner, ce sont les policiers qui exécutent la sentence. Cette institution de la rue Guitry est contrainte de tirer le rideau. Au grand désarroi de ses propriétaires.

La famille Bourge aurait tenté de jouer la prolongation, d’où le recours à la force publique. C’est en effet la sûreté départementale qui pendant sept ans continuera à s’intéresser à eux et à leurs comptes bancaires. Au terme d’une très longue enquête, Patrick Bourge, son épouse et sa belle-fille ont comparu hier devant le tribunal correctionnel de Nice. Ils sont accusés de faillite, d’abus de biens sociaux et de blanchiment d’argent. Et d’avoir même détruit toute trace de ses comptes.

De l’argent siphonné des caisses

Les anciens propriétaires des Brasseries Georges auraient volontiers puisé dans la caisse du restaurant. Le procureur de la République mentionne “plusieurs centaines de milliers d’euros de détournements de fonds”. Les paiements en espèces, qui représentaient jusqu’à 30 % des 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, auraient été systématiquement détournés. Des faits que les prévenus reconnaissent en partie. En revanche, ce qu’ils contestent avec véhémence, souligne l’un de leurs avocats, Me José-Marie Bertozzi est “but” de ces échantillons.

“Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour sauver mon entreprise”, insiste Patrick Bourge au bar. Ce n’est pas le premier cas de cet homme. Il exploite la cave Ricord, vend la Taverne Alsacienne, réinvestit son patrimoine dans L’Embarcadère. Cette fois, déjà, l’histoire se terminait mal. Avec 3 millions de dettes à rembourser et la saisie de leur villa à Villefranche.

Le restaurateur envisage de se réimplanter en Belgique en rachetant les célèbres brasseries Georges à Bruxelles. La transaction échoue au dernier moment et il se rabat sur l’ancien Flo, rue Guitry, à Nice. D’où son changement de nom. Mais autre coup du sort, son investisseur décède alors que les contrats viennent d’être signés. “J’aurais dû tout arrêter”, reconnaît le restaurateur. Mais il ne peut pas se résoudre à le faire. Mais dès le début, l’affaire était tourmentée. Il faut rembourser les travaux pharaoniques et payer 25 000 euros de loyer mensuel. Les factures s’accumulent. Même les échéances d’assurance ne sont plus payées.

Sur instruction d’un magistrat « fantôme »

Patrick Bourge utilise des caisses enregistreuses pour payer comptant ses employés et ses fournisseurs. Il transfère également plusieurs dizaines de milliers d’euros sur ses comptes en Belgique et dans une très mystérieuse société de droit anglais. Son mandat était-il d’acheter une maison à Madrid ? La famille nie. “Ils ne sont allés en Espagne qu’une seule fois, il y a trente ans, pour leur lune de miel”assure Me Bertozzi qui dans sa plaidoirie révèle que le restaurateur acculé aurait croisé un escroc de haut vol qui lui promettait un refinancement.

Trop tard, les charges sociales n’étant plus payées, l’Urssaf lui a ordonné de cesser ses paiements et Tracfin a signalé ses mouvements de fonds suspects au parquet. Ainsi commence l’enquête criminelle. « Basé sur un faux »insiste M.e Candice Baudoux, également en défense. Selon un rapport, les enquêtes ont été menées « sur réquisitions orales » d’un magistrat qui sera, en réalité, transféré à Nice quelques mois plus tard seulement ! Les avocats des prévenus, parmi lesquels figure également Me Bonfante-Curti, soulèvent conjointement la nullité de la procédure. L’accusation évoque un problème logiciel. Et la présidente Isabelle Demarbaix n’entend pas se passer d’examiner les faits.

Une liste de 4,5 millions

Elle les décortique soigneusement. Souligne l’absence de toute déclaration fiscale de la part des défendeurs. “On a l’impression que vous avez organisé votre faillite en France”, elle dit. Les Bourges reconnaissent “les erreurs” mais réfutez tout enrichissement personnel. “A 60 ans on n’a plus rien, on finira comme des clochards”, la femme du restaurateur s’effondre au bar. Ils auraient laissé derrière eux une ardoise de 4,5 millions d’euros selon la procédure de liquidation. Une note que Me Bertozzi trouve cela exagéré. L’avocat n’hésite pas à fustiger l’administrateur judiciaire qui avait initialement été mandaté pour épauler le restaurateur. Il lui reproche même d’avoir échoué à l’offre des investisseurs de 1,5 million d’euros pour privilégier les 300 000 euros de « Propriétaires de discothèques cannoises ».

A l’entendre, les escrocs ne sont pas forcément ceux qu’on pense. Mais ce sont les anciens propriétaires des Brasseries Georges qui sont jugés. Et le parquet réclame contre eux des peines allant de douze à trente-six mois, pour la plupart assorties de sursis, et de coquettes amendes. Le tribunal rendra sa décision le 4 septembre.

 
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