«J’aime la scission artistique»

«J’aime la scission artistique»
«J’aime la scission artistique»

ENTRETIEN – L’actrice de la populaire série policière de TF1 se produit dans le cadre du festival avec une seule sur scène, Les cerfs ne hurlent pas au clair de lunedu 3 au 21 juillet.

Chaton Félicitéqui incarne l’adjudant Victoire Cabral depuis la saison 8 de la populaire série policière Section recherche , sur TF1, est avant tout une comédienne de théâtre. Elle y débute après avoir obtenu un diplôme de khâgne et une licence de philosophie, à sa sortie du Conservatoire National d’Art Dramatique, en 2005 avec L’homme condamné par Jean Genet.

Elle a également mis en scène des pièces de Jean-Luc Lagarce (Juste la fin du monde), Peter Handke (Auto-accusation) et a même créé ses propres spectacles, comme celui-ci sur scène, Les cerfs ne beuglent pas au clair de lune, qu’elle reprend au festival off d’Avignon du 3 au 21 juillet. Le thème ? Comment se remettre d’une rupture ? Un sujet qui parle décidément !

LE FIGARO. – Comment une comédienne de théâtre au parcours plutôt intellectuel se retrouve-t-elle au générique de Section recherche ?
Félicitations CHATON. – Tout simplement en passant par un casting ! C’est un rôle un peu particulier car Victoire est une sorte de geek, un peu décalée. Il y avait de la place pour travailler avec mon caractère unique pour construire le personnage. Cela m’a permis de vivre une aventure un peu folle puisque la série n’en finit pas. Une fin était prévue après le Covid mais Section recherche a repris sous une forme nouvelle, une sorte de collection avec un double épisode par an. Après celui de La Réunion l’année dernière, où j’avais fait une simple apparition au téléphone, nous en avons tourné un en Martinique en janvier. Un autre est prévu pour la fin de l’année. La fiction se réinvente complètement. Le patron est à la retraite, ils se retrouvent dans un magnifique paysage de vacances et ça se passe à huis clos, façon Agatha Christie. J’aime l’idée de pouvoir passer d’une série télé populaire à une proposition théâtrale plus exigeante, j’aime le grand écart artistique.

Que vous a appris la série ?
L’efficacité dans une assiette ! Parce que nous disposons de peu de temps, de textes parfois très techniques. Il faut apporter une situation, et avec quelque chose de nouveau après des années de récurrence. Il ne faut pas se fatiguer, être en vie. Et puis le jeu de la caméra est évidemment différent de celui du théâtre. C’est plus instantané.

La télévision vous a-t-elle permis d’attirer de nouveaux spectateurs dans les salles ?
J’en ai rencontré quelques-uns. J’espère que ça continuera au festival d’Avignon. C’est aussi mon envie, mon objectif. J’aime l’idée d’amener les gens au théâtre pour écouter un texte qui n’est pas forcément aussi facilement accessible qu’une série.

Quelle est la genèse du spectacle ? Les cerfs ne hurlent pas au clair de lune que vous avez créé l’année dernière ?
Il n’y en a qu’un sur scène. Je réalise depuis une dizaine d’années, ce projet est né d’une rupture amoureuse. J’avais réussi à trouver une forme de distance en écrivant une sorte de stand-up show que j’avais laissé dans un placard. Et sur une suggestion du Théâtre de la Reine blanche, à Paris, j’ai tenté le coup. J’ai jeté la quasi-totalité du texte à la poubelle et l’ai retravaillé avec des collaborateurs. C’est une forme d’autofiction mais je voulais avant tout parler d’amour et de comment surmonter le bouleversement d’une rupture.

Chaton heureux dans Les cerfs ne hurlent pas au clair de lune.

Philippe Chavanis

Comment l’abordez-vous ?
F. traverse un deuil amoureux devant les spectateurs, elle traverse toutes les étapes contradictoires, depuis la figure d’une héroïne romantique neurasthénique qui a perdu la parole jusqu’à une guerrière paisible, debout, ayant trouvé ses propres mots. Au début, on entend toutes les petites voix un peu encombrantes qu’elle a intériorisées via une galerie de personnages que j’incarne : un « faiseur de pièces », un professionnel de la vie, des amis, une vieille tante, une psychologue. .. C’est aussi un parcours physique, pour lequel j’avais besoin d’être en forme athlétique. Cela ne correspond pas à un modèle narratif traditionnel. Et je voulais refléter l’inconsolable. Un deuil appelle toujours un autre deuil… Il y a des choses dont on ne se remet pas, il faut l’accepter. Je me suis finalement accompagné de lectures éclairantes, comme Camille Froidevaux, Nancy Huston…

Le mot « tripes » a été utilisé à propos de votre émission…
Je pense que c’est effectivement « tripal » parce que c’est physique. J’essaie d’aller de plus en plus profondément dans les émotions. C’est aussi une émission révolutionnaire pour moi. Mais je voulais vraiment une forme de légèreté et les gens ont beaucoup ri. Encore plus que ce que j’aurais imaginé !

 
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