ce que les soignants du département en ont appris

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Ludivine Laniepce

Publié le

24 mai 2024 à 11h56

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« Dreadful » est terminé. Ces Mercredi 22 et jeudi 23 mai 2024un exercice de médecine d’urgence dédié à grands brûlés, inédit en France, s’est déroulée à Cherbourg-en-Cotentin (Manche) à l’initiative du Samu.

Il avait exigé mois de travail et mobilisé près de 1 000 personnes. La clé : le renouveau de la doctrine européenne sur les brûlures graves. Retour d’expérience du médecin urgentiste de la Manche qui était en charge de sa coordination médicale, le Dr Thomas Delomas, chef du Samu 50.

Entretien

Les objectifs de votre exercice ont-ils été atteints ?

« Le Redoutable » est une belle réussite. Selon notre scénario, nous avons organisé l’évacuation sanitaire d’environ 150 victimes : 60 en urgence absolue, 75 en urgence relative et trois décès. Il y avait également une dizaine de personnes impliquées dans l’unité médico-psychologique. Les victimes ont été ventilées vers les centres de traitement des brûlés en deux étapes, une première vague en avion et une seconde en train, soignées médicalement. Cela nous a permis de corriger directement les petits dysfonctionnements. Lors du débriefing, tous les partenaires – publics, privés, associations et observateurs – étaient contents. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas remis sur le même terrain les acteurs privés et associatifs de la santé. Cela a permis de recréer du lien et c’est extrêmement important. Un des axes du scénario était de leur faire jouer la grande noria de la sortie des victimes de l’hôpital vers les sites d’évacuation. Il n’y avait pas besoin de renforts extra-départementaux, ils étaient totalement autonomes. Et c’est vraiment bienvenu dans le contexte actuel. Vivre quelque chose comme ça, quelque chose de positif, ça fait vraiment du bien. Et en tant que professionnels, nous n’avons pas l’occasion de vivre un tel exercice sous la Manche dix fois dans notre carrière.

Embarquement des blessés dans l’Airbus A350-900 médicalisé d’Air Caraibes, mercredi 22 mai 2024 à l’aéroport de Cherbourg-Manche. ©Jean-Paul BARBIER

A quoi serviront les conclusions de votre exercice ?

Nos retours seront dans un premier temps étudiés en interne. Nous saurons nous positionner dans le futur et ne plus commettre d’erreurs. Nous transmettrons ensuite nos conclusions, notamment sur l’évacuation sanitaire des grands brûlés, à la préfecture, à l’Agence régionale de santé, au ministère de la Santé… L’impact sera alors l’actualisation de la doctrine européenne en matière de grands brûlés. Jusqu’à présent, il n’a été rédigé que sur des données théoriques. Avec notre pratique de terrain grâce à cet exercice, nous avons vu que certains points ne collent pas. C’était un exercice qui ne coûtait pas très cher car nous alignions tous les besoins d’entraînement ou d’exercices de chaque partenaire en même temps. Cela nous a juste coûté beaucoup de travail, d’huile de coude, de coups de téléphone et de tracas !

François Braun (au centre) et Thomas Delomas (à droite), mercredi 22 mai 2024 dans le PC opérationnel sous tente dans la cour d’honneur de l’hôpital Louis-Pasteur de Cherbourg (Manche). ©Jean-Paul BARBIER

Comment le métier de médecin urgentiste a-t-il évolué ces dernières années ?

La gestion des crises sanitaires a toujours été une de nos prérogatives. Ces dernières années, avec les attentats, on a assisté à une montée en puissance des limiter les dégâts, c’est-à-dire que face à un afflux de blessés graves, on va dans un premier temps les stabiliser avec un garrot par exemple, opérer sans fermer immédiatement pour passer à un autre patient, pour une reprise à froid dans un second temps. La doctrine militaire de la médecine de guerre à laquelle nous n’étions pas habitués dans la vie civile, la prise en charge des victimes de guerre, nous fait évoluer. L’autre évolution majeure fait suite à la pandémie. En fonction du contexte, de l’épidémiologie, de l’évolution des techniques et des données médicales, nous nous adaptons en permanence, nous faisons évoluer nos doctrines. Le Samu lui-même a beaucoup évolué. Au-delà des urgences vitales et des situations sanitaires exceptionnelles, nous répondons aux soins non programmés. Nous avons une expertise, notre vrai métier reste l’urgence, nous formons beaucoup, mais il faut dire aussi qu’en trois ans, notre activité a doublé dans la Manche, qui est un désert médical. Le grand public et les élus ne savent pas vraiment ce que nous faisons réellement. En matière d’appels d’urgence, notre activité est six fois supérieure à celle des pompiers et 80 % de leur activité nous incombe. Samu est l’ange gardien qui répond jour et nuit.

Dans les couloirs du CHPC, lors de l’exercice « Redoutable », mercredi 22 mai 2024 à Cherbourg (Manche). ©Jean-Paul BARBIER

Si les attentats ont introduit la médecine de guerre, le Covid a-t-il introduit les évacuations sanitaires à l’échelle européenne ?

Oui, le Covid a clairement ouvert cette voie. François Braun [ancien ministre de la Santé et urgentiste à Metz, présent mercredi à Cherbourg, NDLR] est habitué à travailler avec la Belgique et l’Allemagne, ses proches. Mais l’ampleur de ce que nous avons testé à Cherbourg, avec une projection des blessés vers d’autres pays européens, s’est accentuée et structurée depuis la pandémie. Mais il ne faut pas perdre de vue que malgré toutes les difficultés quotidiennes des soignants, la France reste un pays avec un excellent niveau de soins. Dans de nombreux autres pays soumis à notre scénario, les populations n’auraient pas pu être sauvées. En France, nous continuons à bouger et à trouver des solutions.

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