Les campagnes votent moins RN que les zones périurbaines – .

France des villes versus France des campagnes ? Le clivage est tentant au vu de la carte du vote majoritaire au premier tour des législatives anticipées. La gauche et le centre mouchetent la vague brune du Rassemblement national dans les circonscriptions qui couvrent les grandes villes. C’est la mosaïque observée en Haute-Garonne, en Gironde, dans l’Hérault, dans le Rhône, en Isère, dans le Nord ou encore dans le Bas-Rhin. Mais brandir un tel clivage serait oublier que tous ces départements sont majoritairement couverts par des territoires périurbains – et non ruraux – à l’ombre des grandes villes.

C’est le constat fait ces derniers jours par des démographes et politologues qui ont analysé la géographie du vote aux élections européennes puis aux législatives. Mardi, le chercheur poitevin Olivier Bouba-Olga en a exposé les termes sur le réseau social LinkedIn, à l’aide d’une carte basée sur des typologies de vote : « LLe vote d’extrême droite est plus fort dans les zones périurbaines que dans les zones rurales. »C’est même le double selon ses calculs.

Cliquez sur la carte pour l’agrandir. La carte des cinq typologies de vote révèle plus de nuances que la carte du vote majoritaire. (crédits : Olivier Bouba-Olga)

« Le vote ED [extrême-droite, ndlr] « L’effet géographique est moins présent dans les zones urbaines et présent de manière intermédiaire dans les zones rurales. Cet effet géographique est un effet de composition sociale, dans les zones périurbaines on a une plus forte présence d’actifs, de retraités et de personnes peu qualifiées. Des lieux où les gens sont plus souvent propriétaires de leur logement »il analyse pour La Tribune.

Les partis traditionnels résistent dans la campagne

Autant de variables corrélées au vote RN, qui relève bien plus de la responsabilité des populations des marges des grandes villes que de celles des campagnes, même si sa percée est nette partout et dans toutes les catégories socio-économiques. « Dans l’esprit de beaucoup, ce sont les non diplômés des zones rurales qui votent RN, alors qu’en réalité ce sont plutôt les moins diplômés des zones périurbaines »Le directeur général Olivier Bouba-Olga. La preuve dans les départements des grandes métropoles françaises, touchés par l’urbanisation, l’éloignement entre lieux de vie et lieux de travail et une concentration des services dans les centres urbains.

Le périurbain, un « mode de vie » plus apprécié qu’il n’y paraît

C’est le cas en Gironde où, pour la première fois, une députée RN, la candidate sortante Edwige Diaz, a été élue dès le premier tour dans la circonscription du Blayais. « Il n’y a pas de ruralité profonde en Gironde, c’est presque un département périurbain partout »note Christophe Bergouignan, professeur de démographie à l’université de Bordeaux. Dans les départements dotés de grandes villes, on observe une forme de réurbanisation quasi généralisée.

À la campagne, ce « La France profondément patriote » Comme Marine Le Pen aime le dire, son parti n’est pas aussi populaire qu’elle le prétend. « Désormais, on trouve des zones rurales profondes dans les hautes vallées pyrénéennes, dans le Massif central, dans certaines zones du centre Bretagne. Ce sont des zones où les partis classiques résistent. “, souligne-t-il. Des circonscriptions entièrement rurales où la tradition républicaine et le vote PS ou LR restent fortement ancrés, comme le Cantal, le Lot, la Lozère, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme dans le centre de la France et, dans le nord-ouest, les départements bretons et ligériens.

« Notre organisation territoriale ne correspond plus à rien ! »

Derrière le vote massif d’extrême droite dans les zones périurbaines, resurgit la colère exprimée par les Gilets jaunes en 2018. Des franges aux revenus plus faibles que dans les grandes villes, qui y vont pour travailler mais sans en capter tous les bénéfices en termes de services et d’infrastructures. Il y a bien une fracture électorale, non pas entre deux types de territoires séparés mais entre deux espaces interdépendants où la frontière administrative nourrit les inégalités démographiques.

Une rupture ressentie au sein du conseil de développement durable de Bordeaux Métropole, qui produit des réflexions sur les enjeux urbains avec des acteurs de la société civile. « Nous avons une dizaine de membres qui viennent de l’extérieur de la métropole. Leur grande peur est d’être oubliés, de ne pas compter. Je ne fais pas de lien direct avec le vote mais je vois qu’ils attendent beaucoup de la métropole »affirme Brigitte Tandonnet, gynécologue à la retraite et présidente de l’assemblée locale.

Alors que le Rassemblement national compte beaucoup sur le maintien de cette rupture pour élargir son nombre d’électeurs, le rapprochement entre les territoires fait son chemin chez les autres partis. C’est l’une des propositions que le ministre des Comptes publics et candidat aux législatives en Gironde, Thomas Cazenave, est venu présenter lundi au patronat. Notre organisation territoriale ne correspond plus à rien ! Je défends l’idée d’une Métropole qui reprend le périmètre du département de la Gironde car la question cruciale est celle de notre lien avec le Médoc, notre lien avec le Blayais… Ce n’est pas l’État qui décidera des infrastructures utiles pour tout un département “, assène-t-il. Un sujet prépondérant dans le vote mais pourtant très peu abordé dans cette campagne éclair.

Depuis les Gilets jaunes, « des crises à répétition que nous n’avons pas su résoudre »

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV Mathieu Maheux-Dumont écope d’une peine d’emprisonnement à perpétuité – .
NEXT Important incendie de forêt en Californie, des milliers de personnes évacuées – .