« A Bruxelles, on forme des professeurs qui refuseront d’enseigner que nous sommes le résultat d’une longue évolution »

« A Bruxelles, on forme des professeurs qui refuseront d’enseigner que nous sommes le résultat d’une longue évolution »
« A Bruxelles, on forme des professeurs qui refuseront d’enseigner que nous sommes le résultat d’une longue évolution »

La première fois que j’ai entendu parler de Fernand Magellan, c’était à l’école primaire. On nous a dit qu’il avait été le premier à faire le tour du monde, en réalité quelques membres de son équipage commandé par Sebastian Elcano, car il avait été tué aux Philippines. Toujours en route vers l’ouest, ils revinrent au point de départ. Cet exploit, ajouta la maîtresse, prouvait que la terre était ronde. Je me suis souvenu de cette leçon parce que j’ai entendu dire qu’aujourd’hui, à Bruxelles, il y a des lycéens qui non seulement affirment que la terre est plate, mais qui refusent toute autre réalité.

Croyance aveugle

Magellan passa, lors de son tour du monde, près des côtes méridionales de ce qui est aujourd’hui l’Argentine, et donna le nom de Patagoniens aux habitants locaux. Quelque trois siècles plus tard, le navire Beagle, effectuant un voyage similaire, passa également près de ces mêmes côtes. Dans ce bateau naviguait le jeune Charles Darwin, celui qui, à la suite de ce voyage, décrirait comment la sélection naturelle conduit à l’évolution des espèces. J’y ai réfléchi parce qu’on m’a dit qu’aujourd’hui, à Bruxelles, les élèves des écoles normales disent qu’ils n’enseigneront jamais cette théorie.

Luttant pour reconnaître l’Islam qu’elle aime, Amal se bat pour dire et enseigner

J’ai vu récemment un beau film belge, Amal, du réalisateur belge Jawadf Rhalib, avec l’actrice belge Lubna Azabal comme actrice principale. L’histoire semble simple et traite de l’exclusion d’un élève d’une classe secondaire dans une école bruxelloise. Cette adolescente est marginalisée car elle a adopté des pratiques très éloignées de celles du groupe. La critique envers l’élève, et envers la professeure de français incarnée par Lubna Azabal, la violence de cette critique qui conduit à exclure la déviante du groupe, puis à la harceler et à la persécuter jusqu’à ce qu’elle décide de se suicider n’a pas été à la hauteur de la violence de la contestation contre la professeure de français et son enseignement de la liberté de pensée qui amène l’un des membres du groupe à tenter de l’éliminer. Groupe éduqué à l’intolérance par un autre professeur de l’école, au déni de la part de la direction. S’il s’agit d’un film de fiction, il est né d’une réflexion autour de faits réels.

Pour que des faits établis et confirmés depuis plus d’un siècle et demi pour Darwin et depuis plus de cinq siècles pour Magellan soient refusés, ignorés et contredits sans argument, pour que la violence se normalise au sein d’un groupe, il ne faut pas qu’il s’agisse d’une simple exacerbation. d’identité. Il faut une conviction absolue et une croyance aveugle qui justifie ces attitudes de déni d’une réalité objective pour imposer une autre compréhension du monde par tous les moyens, y compris la coercition, le harcèlement et la violence.

Base unique

D’autres faits doivent être mentionnés ici, pour dresser un tableau plus ou moins complet de ce qui se passe peut-être. A l’Université libre de Bruxelles, l’université « à bas la calotte », l’université de l’examen libre, du refus du dogme de l’autorité et du dogmatisme, les étudiants prient leur dieu. Faire prier les étudiants n’est pas problématique. Mais qu’ils ne peuvent pas attendre d’être chez eux pour le faire, et doivent impérativement prier à heure fixe même s’ils sont en classe et trouver ensuite un local qu’ils transforment en lieu de culte, et que l’Université, au courant, laissez faire : c’est tout ce qui est intéressant.

Galilée, l’empêcheur de penser en rond

Comme l’imposition du voile par les hommes aux jeunes filles bruxelloises contemporaines de Mahsa Amini ou à toutes ces femmes qui meurent pour défendre le droit de ne pas le porter. Comme le fait qu’il soit devenu impossible dans certains lycées bruxellois de parler du génocide arménien pendant les cours d’histoire ; ou le Moyen-Orient pendant le cours de géographie ; ou planifier des voyages scolaires (1).

Ces éléments sont reliés par un socle commun, une base unique. C’est une exacerbation de l’identité du groupe et de ses croyances qui exclut et refuse ce qui lui est étranger, mais qui en prime se sent menacé par cette altérité, qui l’amène à combattre cette menace. Cela se produit, semble-t-il, à Bruxelles (mais pas seulement) en 2024.

mouette

Je crois que les autorités éducatives de la Fédération Wallonie-Bruxelles devraient réagir à ces faits qu’elles ne peuvent ignorer que volontairement.

Le fondement de tous ces faits, leur socle commun, c’est une interprétation rigoureuse, fanatique et guerrière de l’Islam, c’est l’islamisme radical. Qui a relancé la vieille bataille de la foi et de la tradition contre la raison, bataille que l’on croyait déjà résolue à l’avantage de Galilée.

Il me semble qu’en ce moment, à Bruxelles, on laisse former des professeurs qui refuseront d’enseigner que nous sommes le résultat d’une évolution de millions d’années. Qui refusera d’expliquer que la Terre est une petite planète parmi des milliards de corps célestes. Qui refusera, dans la description du monde, de privilégier les faits objectifs au profit de mythes qui peuvent être beaux mais restent des mythes. Comment évolueront les enfants exposés à ces enseignants ?

La base de la science

Je crois que les autorités éducatives de la Fédération Wallonie-Bruxelles devraient réagir à ces faits qu’elles ne peuvent ignorer que volontairement. Je crois que les syndicats de l’éducation, les gens sur le terrain qui ne peuvent que constater ces faits devraient faire appel aux autorités. Je pense que les journalistes devraient s’intéresser à ces phénomènes. Et pourtant, presque personne ne parle de ces faits, presque personne ne veut en parler il me semble. Est-ce par peur ? Est-ce par une fausse empathie compatissante ? Je ne sais pas si ces faits sont purement anecdotiques et isolés ou s’ils sont fréquents, et donc d’autant plus inquiétants. Mais tant que ces faits ne nous intéresseront pas, tant que nous les exclurons de l’analyse pédagogique et politique, nous resterons ignorants de leur ampleur.

Tout cela me paraît grave dans une ville où Jules Bordet, Albert Claude, Christian De Duve, Ilya Prigogine et François Englert, tous honorés du prix Nobel, ont mené leurs travaux de recherche scientifique. Car si le port du voile et la prière à heure fixe sont des faits issus d’opinions ou de croyances, et comme tels peuvent être discutés, contestés ou défendus précisément sur la base de croyances ou d’opinions, le fait que les espèces vivantes évoluent par adaptation au milieu en l’ajout progressif de mutations au fil du temps ne peut être discuté que par des arguments objectifs et non par des opinions ou des croyances. C’est la base même de la science.

Christian de Duve raconte sa vie de chercheur

Ignorer ou refuser de voir ce qui se passe dans certaines écoles bruxelloises en 2024 pourrait nous conduire vers un avenir proche où la science ne sera plus la meilleure méthode pour décrire et comprendre le monde qu’elle a été depuis Copernic et Galilée. En gardant le silence, je ne voudrais porter aucune responsabilité dans ce revers de quelques siècles. Au risque de me tromper, puis de l’admettre, je préfère demander à ceux qui le peuvent d’envisager ce défi.

⇒ (1) « La Libre Belgique » du 10 novembre 2023, « Nous avons trois ou quatre reportages par jour ».

 
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