ce que défendent les historiens algériens pour la réconciliation

ce que défendent les historiens algériens pour la réconciliation
ce que défendent les historiens algériens pour la réconciliation

« Nous avons trouvé de l’écoute chez nos collègues français. Mais l’Algérie reste attachée à sa mémoire. » Sereinement, Mohammed El Korso reste positif. Il fait partie des cinq historiens choisis par la présidence algérienne pour évoquer avec cinq confrères français la mémoire commune entre les deux pays. Mais l’historien ne nie pas l’existence de blocages dans les travaux de cette commission mixte.

« Rencontre charnière »

Pour la cinquième fois en l’espace d’un an, les dix historiens se sont retrouvés, du 20 au 24 mai. Cette fois à Alger, au siège des Archives nationales pour une « Rencontre charnière » préparation de la visite d’État du président algérien en France à l’automne prochain, au lendemain d’une élection qui devrait sans surprise ramener Abdelmadjid Tebboune au pouvoir. La délégation française, conduite par Benjamin Stora, a souhaité visiter des lieux représentatifs de l’histoire commune, avant une séance de travail formelle.

Elle s’est rendue à la Bibliothèque nationale d’Algérie, qui contient des documents liés à la période coloniale, puis au tribunal d’Alger, qui a accueilli des procès très médiatisés pendant la guerre d’indépendance algérienne. C’est là que des condamnations à mort ont été prononcées contre des séparatistes algériens. L’équipe a poursuivi sa visite au Musée des Beaux-Arts d’Alger, qui abrite des peintures de célèbres peintres français et mondiaux tels que Delacroix et Monnet en plus des peintres algériens. Elle se rend ensuite au Jardin d’Essay du Hamma, l’un des plus anciens jardins botaniques du monde créé en 1832, deux ans seulement après l’arrivée des armées françaises à Alger.

Ce n’est que ce vendredi 24 mai que le groupe entrera dans des discussions âpres. Du point de vue algérien, des progrès notables ont été appréciés. Les autorités françaises ont reconnu certains « crimes », comme le massacre de manifestants algériens jetés dans la Seine dans la nuit du 17 octobre 1961. Elles ont rebaptisé des lieux publics qui portaient les noms d’événements ou de faits liés à la colonisation. Mais la question de l’ouverture des archives et celle de la restitution de certains objets restent bloquées. Alger réclame notamment les sabres ou le Coran ayant appartenu à l’émir Abdelkader, qui a lutté contre la conquête de l’Algérie par la France au milieu du XIXe siècle. Cette dernière est devenue depuis le symbole de l’unité nationale et de la défense de la patrie.

Objets « donnés » sous la contrainte

« Tous les musées de France sont en fin de compte le produit de la richesse des différentes colonies. Dépouiller la France de ces richesses du jour au lendemain en ferait une victimeadmet Mohammed El Korso. Il est donc normal que toutes ces questions fassent l’objet de débats, de discussions et de négociations. Cela dit, l’Algérie est fermement engagée dans la récupération de ce qu’elle considère comme son bien inaliénable et incontestable. »

Les autorités françaises ont également mis en avant le caractère “inaliénable” d’objets donnés sous serment aux musées français, notamment par des descendants d’anciens généraux de l’armée coloniale. “Le don présumé a été fait sous chantage et pression des autorités françaises, le burnous et l’épée sont la propriété de l’émir Abdelkader, donc par déduction celle de l’Algérie”, conteste Mohamed Lahcen Zeghidi, co-président de ce groupe d’historiens. Ce dernier se prépare à d’âpres négociations sur plusieurs fronts. “Nous menons une bataille qui est celle de la récupération des archives nationales pour laquelle la commission algéro-française pour la mémoire et l’histoire a été créée”» a-t-il déclaré en mars dernier à Tizi Ouzou (Kabylie).

Des concessions ont déjà été faites : “Les autorités françaises refusent de nous restituer ces archives militaires sous prétexte qu’elles sont souveraines, mais nous avons quand même récupéré plus de deux millions de documents”, dit le chercheur. Il s’agit pour l’instant de copies et d’archives numérisées. Les Algériens les veulent “originaux”. Seul un arbitrage politique du président Emmanuel Macron pourrait résoudre le problème. Une condition sine qua non, à Alger, pour une normalisation des relations entre les deux pays.

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Une commission mixte très politique

A l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron en Algérie en août 2022il a été décidé par les deux chefs d’Etat de créer une commission mixte d’historiens français et algériens « travailler sur l’histoire de l’Algérie contemporaine, pour mieux se comprendre et réconcilier les mémoires blessées ».

Prudent dans sa méthode, le groupe a d’abord travaillé sur les origines de la colonisation Les Français en Algérie, au XIXe siècle, en dressant un inventaire des archives déposées en France et en Algérie.

Il faut aborder la période du 20e siècle “diligence” de la commission, notamment la guerre d’Algérie et la décolonisation.

 
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