Holcim veut décarboner, alors que le béton reste au cœur de nos constructions – rts.ch

Holcim veut décarboner, alors que le béton reste au cœur de nos constructions – rts.ch
Holcim veut décarboner, alors que le béton reste au cœur de nos constructions – rts.ch

Le ciment, principal composant du béton, est responsable d’environ 8 % des émissions mondiales de CO2. Leader mondial du secteur, Holcim est l’une des entreprises les plus polluantes de Suisse. Mais il affirme vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

L’entreprise, qui exploite trois cimenteries sur les six situées sur le sol suisse, a publié mardi son rapport de développement durable pour la Suisse. Dans son long chemin vers la « neutralité carbone », elle prévoit notamment d’alimenter ses fours avec des matériaux non recyclables au lieu d’énergies fossiles comme le pétrole. Elle compte également sur le captage du carbone.

Car pour obtenir du ciment, il faut mélanger du calcaire avec d’autres matières minérales et chauffer le tout à plus de 1400 degrés, libérant ainsi de grandes quantités de gaz dans l’atmosphère. Des émissions inévitables dans cette industrie, explique François Girod, directeur de la cimenterie Holcim à Eclépens (VD), invité mercredi dans La Matinale.

40 000 tonnes de CO2 en moins par an

« C’est vrai qu’on émet du CO2 en masse, car il faut décarboner cette roche. Il faut le cuire pour qu’il soit réactif, pour créer ce pouvoir magique du ciment de lier les composants du béton», explique-t-il. « Cette réaction est en effet incompressible. C’est pourquoi nous avons besoin du captage du carbone.

C’est depuis sa cimenterie – connue pour avoir créé la première Zone écologique à défendre (ZAD) en Suisse – que le groupe a présenté mardi l’avancée de plusieurs de ses projets climatiques. Dès cet été, le site devrait pouvoir fonctionner avec « un mix énergétique basé à 100 % sur des déchets non recyclables ».

Grâce à cet investissement d’un peu moins de 10 millions de francs, l’usine vaudoise prévoit d’économiser 40’000 tonnes nettes de CO2 par an, soit environ 12% des émissions actuelles, explique le groupe.

La « dette climatique » impayée

Mais pour certaines ONG, ces transformations arrivent bien trop tard et ignorent la « dette climatique » déjà accumulée. Responsable justice climatique à l’Entraide Protestante (EPER), Yvan Maillard Ardenti parle de sept milliards de tonnes de CO2. «C’est le double de ce que la Suisse émet depuis le début de l’industrialisation», explique-t-il.

« Holcim est donc co-responsable de la crise climatique et devrait verser des compensations pour les dégâts causés dans les pays du Sud », poursuit-il. Une critique balayée par François Girod (voir encadré).

L’EPER, qui s’est récemment associé à une plainte climatique contre Holcim, dénonce enfin des annonces « insuffisantes » qui reposent beaucoup trop sur le captage du CO2, une technologie « pas encore prête et bien trop chère ».

>> Lire aussi : Des Indonésiens déposent une plainte climatique à Zoug contre le cimentier Holcim

Favoriser le recyclage des déchets minéraux

« Je suis tout à fait d’accord », concède le directeur de l’usine Eclépens. « En fait, c’est une technologie assez avancée, les projets aboutissent, mais c’est un processus qui demande beaucoup d’énergie. Nous n’allons donc pas tout résoudre simplement, du jour au lendemain, en capturant le carbone. »

C’est pourquoi Holcim mise sur une transformation de ses carburants, mais aussi sur l’économie circulaire. “Nous réduisons la proportion de matières nobles dans nos composants, c’est-à-dire que nous extrairons moins de matières de nos carrières pour les remplacer par des déchets minéraux de notre société”, explique l’industriel.

>> Son interview complète dans La Matinale :

Le béton peut-il être durable ? Entretien avec François Girod / La Matinale / 6 min. / aujourd’hui à 07h00

Le béton toujours omniprésent

En tout cas, les annonces d’Holcim ont le mérite de convaincre Karen Scrivener, directrice du Laboratoire des matériaux de construction à l’EPFL. Selon elle, les cimentiers peuvent encore améliorer leurs procédés de production, mais elle relativise les critiques : par rapport aux quantités de béton utilisées, les émissions ne sont pas si importantes.

Et il semble aujourd’hui très difficile d’imaginer un monde sans béton, tant le matériau est omniprésent, résistant et facile à produire. Le monde politique ne semble pas prêt à avancer.

>> Lisez à ce sujet : Le référendum contre les extensions d’autoroute soumis avec 100 000 initiales

Sujet radio : Cléa Favre

Texte Web : Pierrik Jordan avec ats

 
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