Qui est Amandine Le Pen, cette deepfake au service de l’extrême droite ? – rts.ch – .

Qui est Amandine Le Pen, cette deepfake au service de l’extrême droite ? – rts.ch – .
Qui est Amandine Le Pen, cette deepfake au service de l’extrême droite ? – rts.ch – .

Avec plus de 30 000 abonnés, Amandine Le Pen a bâti une solide communauté sur TikTok. Elle se présente comme une « fière Française » qui adore « sa tante », Marine Le Pen, et parsème chacune de ses publications d’un drapeau français. Seul problème : ce n’est pas réel. D’autres comptes du même type pullulent sur l’application chinoise.

Vacances à la mer, week-end de luxe à la montagne ou encore séance de sport à la maison : comme toute influenceuse, Amandine Le Pen, 24 ans, partage son quotidien de rêve avec ses abonnés. La plupart de ses publications sont accompagnées des hashtags « Lepen », « Famille », « RN » ou encore « 2027 » en référence à la prochaine élection présidentielle française.

La blonde aux yeux bleus, qui ne s’exprime jamais devant la caméra, surfe sans équivoque sur sa ressemblance troublante avec Marine Le Pen et revendique son attachement aux valeurs du Rassemblement national (RN). Elle ne cache pas non plus son admiration pour Jordan Bardella, président du parti, et invite ses abonnés à la rejoindre sur Telegram pour évoquer le RN.

Ses vidéos très commentées ont été partagées plusieurs milliers de fois, certaines dépassant les 600 000 vues.

Incohérences visuelles

Cependant, en y regardant de plus près, nous observons des incohérences dans les expressions faciales et des mouvements de bouche non naturels (voir vidéo ci-dessous).

De plus, quelques recherches suffisent pour vérifier qu’il n’y a pas d’Amandine dans la famille Le Pen. Il s’agit en réalité d’un « deepfake » (hyperfake en français, ndlr). Une mention qui n’est inscrite nulle part sur le compte, créé en février dernier.

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Sur le profil d’Amandine, un lien nous invite également à cliquer sur la page buymeacoffee.com, un site Internet qui permet aux influenceurs de recevoir de l’argent de leur communauté en proposant des « cafés » virtuels, au prix de 5 euros chacun.

Autres influenceurs fictifs

Ce n’est pas le seul récit qui utilise l’image de la famille Le Pen grâce à l’intelligence artificielle. Créé fin mars 2024, le compte de Léna Maréchal Lepen compte déjà quelque 30 000 abonnés. Certaines de ses vidéos, très similaires à celles d’Amandine, dépassent le million de vues.

>> Certaines légendes à double sens accompagnent parfois ces vidéos :
[TikTok Amandine Lepen]

Sur ses publications, la jeune femme invite ses abonnés à suivre ses « meilleures amies » : Rose qui se revendique 100% française, Lucia Meloni « pure droite » ou encore Chloé Le Pen. Les nombreuses similitudes dans les décors et les vêtements portés par ces faux influenceurs suggèrent une origine commune derrière ces faux comptes.

A travers leurs poses suggestives, ces influenceurs fictifs tendent à présenter une image glamour et rajeunie de la fête. Des légendes à double sens, souvent truffées de fautes d’orthographe, accompagnent certaines vidéos : « J’espère que je ne bronze pas trop », « Pas mieux que de se réveiller et de voir que tout est blanc de neige » ou encore « Mohammed est le gars qui insulte le RN, mais qui finit dans mes DM”.

Manœuvre politique ou arnaque ?

Face à la multiplication de ces faux comptes, plusieurs questions se posent : qui se cache derrière Amandine, Léna ou encore Rose ? Quels sont les risques encourus par les auteurs ? S’agit-il d’une manœuvre politique, d’une initiative d’un tiers visant à gagner de l’argent grâce à la monétisation vidéo ou d’un mélange des deux ? Comme l’explique à RTSinfo Nicolas Capt, avocat expert en droit des médias et des nouvelles technologies, il est malheureusement souvent difficile d’identifier l’auteur d’une fausse vidéo.

Deepfake peut, dans certains cas, s’avérer juridiquement problématique en termes de droits de la personnalité

Nicolas Capt, avocat expert en droit des médias et des nouvelles technologies

Mais sur le plan juridique, cette pratique peut s’avérer problématique en termes de droits de la personnalité. « C’est notamment le cas si l’on utilise l’image d’une personne non consentante, auquel cas cela peut poser un problème de violation du droit à l’image », explique Nicolas Capt. « De plus, si on fait de fausses déclarations sur une personne existante, et on les fait paraître méprisables, on peut imaginer une atteinte criminelle à leur honneur», précise encore l’avocat spécialisé dans les nouvelles technologies.

A quelques semaines des élections européennes, ce phénomène relance le débat sur la diffusion de contenus faux et trompeurs sur TikTok et le manque de régulation de la part de l’application. Selon un étude de la société NewsGuardspécialisé dans la lutte contre les fake news, 20% des vidéos traitant de sujets d’actualité sur TikTok contiennent de fausses informations.

Hélène Krahenbühl

 
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