« Qui sommes-nous ? », en équilibre au bord du chaos – .

« Qui sommes-nous ? », en équilibre au bord du chaos – .
« Qui sommes-nous ? », en équilibre au bord du chaos – .

Camille Decourtye est drôle lorsqu’elle s’adresse au public pour s’assurer que chacun a pris soin d’éteindre son téléphone. De ce message de base, auquel les fidèles des spectacles vivants se sont habitués, elle fait une performance, une moquerie bien vue de nos addictions, avec un air un peu lunaire et ce ton emprunté et faussement hésitant qu’elle aura encore pendant Qui sommes nous ?la première création que la troupe franco-catalane présente au Festival d’Avignon. Une manière d’accrocher le public comme le font les musiciens qui, à une fenêtre du lycée Saint-Joseph, s’approprient les notes imaginées par Maurice Jarre pour signifier que nous sommes bien dans l’un des lieux du festival. Les fameuses trompettes.

Alors, distance et humour pour introduire Qui sommes nous ? Une approche interdisciplinaire (cirque, danse, acrobatie, théâtre burlesque, musique…) pour poser un regard sur la dévastation du monde et la vaine petitesse du geste humain.

L’artiste est vêtue d’un noir impeccable lorsqu’elle se lance, entourée des membres de la compagnie, dans À moins que le Seigneur – quand Il donne d’Antonio Vivaldi, une pièce de bravoure pour contre-ténors confirmés. Elle le malmène à peine, sa voix de soprano déstabilisée par les déséquilibres que lui impose une scène soudain rendue horriblement glissante par un jus laiteux d’argile. Celle qui dirige la compagnie avec son cofondateur catalan Blaï Mateu Trias, garde l’équilibre, s’accroche à ses collègues, chacune tentant tant bien que mal de rester debout. Une tentative qui donne lieu à des acrobaties à faire dresser les cheveux sur la tête et à autant de chutes spectaculaires.

Dès l’apparition des artistes dans leurs tenues blanchies à la glaise, le visage caché sous des pots en terre crue transformés par leurs doigts habiles en têtes de monstres, rien ne va plus. Le chaos s’installe, comme à Falaise, le précédent spectacle irrésistible de la compagnie qui célébrait l’art de tomber. Les chutes sont vertigineuses et impressionnantes. Des femmes insectes qui semblent sortir tout droit d’un film de Tim Burton traversent la scène, des créatures surréalistes hurlent «Nous sommes les gagnants” ou “Nous avons décidé de ne rien changer« Une montagne de bandes de plastique se met en mouvement, s’élève comme une vague qui va tout engloutir. Cette mer crache une masse de déchets. »Tout ce qu’on y met, il faut trouver la solution… Il va falloir se tenir au chaud, former un groupe pour contrer la peur et la panique.“, s’écrie Camille Decourtye avant une étonnante danse de zombies dans un décor désolé. Lorsqu’on déambule ensuite au rythme d’une fanfare, on a cette poignante impression que les artistes n’ont pas limité leur appel au seul devoir de préservation de la planète.

Jusqu’au 14 juillet à 22h au Festival d’Avignon, 04 90 14 14 14, festival-avignon.com

 
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