Placé dans une famille icauneise pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean revient dans l’Yonne, 80 ans plus tard

Placé en 1943-1944 en Avallonnais, Jean Branco, 93 ans, revient au village d’Étaule, où il a vécu deux ans durant sa jeunesse, en pleine Seconde Guerre mondiale. Un moment fort pour le nonagénaire, qui n’a rien oublié de ces deux années.

A 93 ans, Jean (Auguste pour l’état civil) n’a rien oublié des deux années passées à Étaule. 1943-1944, années de guerre, loin de ses sœurs et de sa mère, trop pauvre pour subvenir aux besoins de ses trois enfants à Paris. Placé dans l’Yonne, chez la famille Bailly, agriculteurs avallonnais, le jeune Branco y vivait, plutôt heureux entre 12 et 14 ans. « J’ai été bien traité. J’étais le fils de la famille. J’aurais dû faire ma communion ici avec le Père Viallet, curé de Sauvigny-le-Bois, mais finalement je suis parti à Paris pour rejoindre ma mère et j’ai été autorisé à le faire là-bas”, raconte le nonagénaire alerte.

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Assis à la grande table, devant un album rempli de photos en noir et blanc, il se souvient encore de tous les noms et prénoms de ceux aujourd’hui disparus. Des deux ou trois vaches de sa famille d’accueil, de l’étang où elles étaient amenées à l’eau. A ses côtés, Christiane, 97 ans. Les deux hommes ne se connaissaient pas il y a 80 ans. Mais lorsque le téléphone a sonné deux mois plus tôt dans sa maison d’Étaule, Christiane s’est souvenue de ce Branco, accueilli dans la famille de son futur mari, Joseph Bailly. Des retrouvailles qui ravissent Patricia, la fille de Jean : « Papa nous parlait toujours de son séjour dans l’Yonne. Il en gardait de beaux souvenirs. »

Une vieille photo partagée par les deux familles

Avec son mari Gilles, Patricia décide de préparer une surprise à l’occasion du 70ème anniversaire de mariage de ses parents (20 février 1954). Car Jean n’est pas venu seul à Étaule. En cette belle journée d’avril 2024, il est accompagné de son épouse Lina (Marcelle pour l’état civil), une pimpante vieille dame de 90 ans.

« Depuis des années, mon beau-père parlait d’Étaule, confie Gilles. « Il y a quelques mois, il nous a donné le nom de Bailly. Alors j’ai regardé l’annuaire et j’ai commencé à appeler tous les Bailly en disant : « Il y avait sept numéros de téléphone. Nous avions déjà tenté de trouver la famille d’accueil en contactant la mairie il y a un an, mais nous n’étions pas allés plus loin.

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La quête aurait pu s’arrêter là. Souffrant d’une mauvaise audition, Christiane décroche le téléphone, mais ne comprend pas vraiment ce que ce correspondant inconnu lui veut. La chance a néanmoins fini par sourire à « l’enquêteur » têtu. Un jour, la fille de Christiane répond. « Avec tous les solliciteurs, il y a souvent de nombreux appels téléphoniques dans la journée. Je me demandais encore ce que l’appelant voulait dire à maman », convient Françoise. Gilles rit : « Oui, j’ai entendu ta mère te dire que j’avais appelé trois fois !

Une fois la demande expliquée et comprise, Christiane se souvient avoir entendu parler de Branco. A l’époque, elle avait 17 ans et fréquentait l’un des trois fils Bailly, qu’elle épousa en 1949. Elle conserva d’ailleurs une photo sur laquelle l’adolescente apparaît avec les parents Bailly et leurs trois fils : René (décédé en 1979). ), Henri (décédé en 1999) et Joseph (décédé en 2004). « Mon beau-père avait la même photo, témoigne Gilles.

Photo « famille » des Bailly, avec Jean Branco, datant de 1943 ou 1944, Jean est le garçon de gauche ; Joseph, futur mari de Christiane au 2ème rang, à droite, à côté de sa mère, son père, ses frères et la femme de René, juste derrière Lucien, leur fils.

Même si les décennies ont passé, Jean se souvient parfaitement de la jeune fille courtisée par Joseph. « Votre père, M. Leduc, était maire d’Étaule. Il était étrangement sévère. Les parents Bailly étaient très gentils, surtout Marie. Henri était le plus gentil des trois fils. Joseph, lui, aimait les filles», rit-il, les yeux pétillants.

« Nous avons même pensé qu’il s’agissait peut-être d’un enfant juif. »

« On avait entendu parler de Branco, confie Françoise, la fille de Christiane. «Mais nous n’en savions pas grand-chose. Nous avons même pensé qu’il s’agissait peut-être d’un enfant juif, dont le nom avait été raccourci pour éliminer une terminaison trop explicite et qui avait été placé en Étaule pour le mettre à l’écart du danger. En réalité, Branco n’est pas juif, mais portugais. Entre les guerres, le père de Jean quitte son pays pour aller à Paris, puis sa femme et ses enfants l’y rejoignent en 1928 avant que le couple ne se sépare quelques années plus tard.

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« J’étais déjà revenu à Étaule il y a cinquante-soixante ans », explique Jean Branco, qui vit avec Marcelle à Aulnay-sous-Bois. Pendant 40 ans, j’ai travaillé dans une entreprise de toiture et de zinguerie, basée en région parisienne. et je devais aller à Dijon. J’en ai profité pour m’arrêter dans l’Yonne et retrouver quelques personnes que j’avais connues pendant la guerre. Une guerre qui ne lui a laissé que de bons souvenirs.

Car après son séjour à Étaule et son retour à Paris dans sa famille, il est de nouveau placé dans une famille paysanne. Cette fois, dans le Jura. « On m’a fait travailler comme un garçon de ferme. Ils m’ont frappé, ils m’ont maltraité. Je me suis enfui. Je suis monté dans le train à la gare de Dole. Je n’avais pas de billet, mais j’ai réussi à rentrer à Paris. Contrairement aux Avallonnais, Jean Branco n’a jamais songé à revenir un jour dans le Jura, à la recherche de son passé.

Véronique Sellès
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