Maureen Breau | Ce qui ne va toujours pas avec la Sûreté du Québec

Maureen Breau | Ce qui ne va toujours pas avec la Sûreté du Québec
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Plus d’un an après le décès du Sergent Maureen Breau, lors d’une intervention qui a mal tourné, tout reste à faire pour éviter un autre drame.


Publié à 1h20

Mis à jour à 5h00

On ne peut donc que se réjouir d’apprendre que Québec présentera bientôt un projet de loi pour mieux outiller les policiers qui interviennent auprès des suspects ayant des antécédents de troubles mentaux, comme l’a annoncé lundi le premier ministre François Legault.

Il va sans dire que les policiers devraient savoir à qui ils ont affaire lorsqu’ils se présentent au domicile d’une personne déclarée non criminellement responsable (NCR) qui a été libérée sous conditions. Élémentaire mon cher Watson.

Mais il faut aller bien plus loin.

À la lumière des rapports du coroner sur d’autres tragédies, il est clair que nous devons revoir fondamentalement la façon dont nous prenons en charge les personnes non responsables de la RNC, comme nous l’avons déjà soutenu.1.

Mais il est également crucial de colmater les nombreuses failles de l’organisation de la Sûreté du Québec (SQ) qui ont joué un triste rôle dans le décès de Maureen Breau… des failles qui sont encore bien visibles, selon un rapport de suivi de la Commission. normes, équité, santé et sécurité au travail (CNESST) déposé en avril.

Parlons d’abord des lacunes dans l’évaluation des risques.

Depuis le début des années 2010, le Service de police de Montréal (SPVM) a développé une grille pour évaluer les risques d’une intervention et déterminer les meilleures stratégies à adopter.

Toutefois, les patrouilleurs de la SQ n’utilisent pas ce type d’outil qui aurait pu tout changer.

En effet, l’agresseur de Maureen Breau, Isaac Brouillard Lessard, était connu des policiers, qui savaient qu’il détenait un long couteau dans sa résidence de Louiseville, où ils s’étaient rendus trois jours plus tôt.

Lorsqu’ils seraient revenus l’arrêter, pour menace de mort, l’utilisation d’une grille d’évaluation les aurait aidés à établir que le niveau de risque était suffisamment élevé pour faire appel à un groupe tactique d’intervention (GTI), mieux équipé.

Le problème, c’est que le territoire de la SQ est vaste. Il faut parfois plusieurs heures avant de déployer les GTI dans la région. Sans avoir des « SWAT » dans toutes les villes, la SQ pourrait mettre sur pied des groupes d’intervention intermédiaires à travers la province afin de prendre en charge plus rapidement les situations modérées.

L’encadrement est une autre lacune chronique de la SQ.

Maureen Breau était superviseure depuis de nombreuses années, même si elle n’avait jamais reçu de formation initiale pour ce poste, malgré ses demandes répétées. Il ne s’agit pas d’un cas isolé.

Le pire, c’est que lorsque les superviseurs prennent des congés, leurs remplaçants sont souvent choisis en fonction de leur ancienneté – la convention collective l’exige – plutôt que de leurs compétences.

Il arrive donc qu’un patrouilleur succède à son superviseur « sans avoir les connaissances ou l’expérience nécessaires pour exercer cette fonction », déplore la CNESST, qui n’a observé aucun correctif concret quatre mois après avoir réprimandé la SQ.

Inquiétant.

En fait, tous les policiers manquent cruellement de formation continue.

Mais ce n’est pas du luxe. C’est ce qui permet d’être mieux préparé (par exemple, en se munissant de pistolets à impulsions électriques) et d’avoir les réflexes aiguisés pour réagir dans le feu de l’action (par exemple, en gardant ses distances et en maintenant des obstacles par rapport au suspect) .

Le jour où Maureen Breau est décédée, tout s’est passé différemment.

Les policiers ont été surpris, ce qui a provoqué trois réactions normales du cerveau humain face au danger : le premier policier s’est figé et a été poignardé après avoir frappé à la porte ; un deuxième s’enfuit ; Maureen Breau, de son côté, s’est précipitée au secours de son collègue. Elle l’a payé de sa vie.

Pour la CNESST, tous les policiers de la SQ devraient suivre une formation pour maintenir leurs compétences en intervention policière (MCIP) et pour répondre à un état mental perturbé (REMP).

Malheureusement, la formation REMP, qui mise sur la verbalisation pour éviter le recours à la force, a été implantée lentement à la SQ en raison de réticences internes dues au choc culturel.

Et d’une manière générale, la formation est freinée par le manque d’instructeurs et la vétusté des centres régionaux de formation. Pour s’en sortir, pourquoi ne pas compter sur entraîneurs dans les commissariats de police, comme l’ont suggéré les experts lors de l’enquête du coroner ?

Et pourquoi ne pas veiller à ce que l’école nationale qui forme les nouveaux policiers utilise la même terminologie que celle utilisée dans la formation continue des policiers en activité ? Tout le monde parlerait la même langue…

Bien entendu, le rapport du coroner, attendu à l’automne prochain, fournira des recommandations très utiles. Mais d’ici là, il est rassurant de savoir que la CNESST a le pouvoir d’exiger des modifications, tant qu’elle n’est pas satisfaite des actions mises en place par la SQ.

Laissez-la le faire au nom de Maureen.

1. Lire l’édito « Libre et dangereux »

 
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