Cotentin. Ils veulent préserver ce petit port centenaire au creux d’une falaise, menacé

Cotentin. Ils veulent préserver ce petit port centenaire au creux d’une falaise, menacé
Cotentin. Ils veulent préserver ce petit port centenaire au creux d’une falaise, menacé

Par

Solène Lavenu

Publié le 13 mai 2024 à 6h16

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Il est niché au creux de la falaise. Peu de gens le connaissent, pourtant il a cent ans. Il a même accueilli étoiles comme le Vieux bateau de pêcheurle célèbre visage de paquets de café du même nom.

LE port du Houguetsituée à La Hague (Manche), dans la commune déléguée d’Herqueville, fait aujourd’hui l’objet d’un arrêté municipal. C’est désormais impossible d’accéder. Comme à Vauville, à quelques kilomètres de là, des pans de falaises se sont effondrés après le forte pluie de Hiver. Certaines cabanes ont été éclaboussées de terre, et le chemin pour y accéder a complètement disparu.

Qui était le vieux pêcheur ?

Sa tête est plus célèbre que son nom. Charles Brumant est celui que l’on appelle le Vieux Pêcheur. Son visage buriné et sa célèbre barbe ont été popularisés pour la première fois par l’artiste Lucien Goubert. Mais c’est surtout parce qu’il est devenu l’égérie du café « Le Vieux Pêcheur » que son visage nous est familier. L’homme était un pêcheur d’Herqueville. Il est né à Harfleur en 1858 et décédé à Gréville-Hague en 1943. A douze ans, il embarque sur un bateau norvégien. À 80 ans, il pêchait encore. Mais son bateau était arrivé à Herqueville, où Charles Brumant avait de la famille.
A La Haye, le pêcheur trouve une clientèle. Parmi eux, il y a le peintre Lucien Goubert, responsable, au début des années 1930, de l’affiche de la foire d’exposition de Cherbourg. Même s’il ne pensait pas directement à son pêcheur, Lucien Goubert a fini par s’inspirer de lui après que l’idée lui ait été suggérée par le photographe Gustave Bazire. Ce dernier peint ensuite les traits patinés de Charles Brumant d’après une de ses photographies. C’est la gloire, surtout pour le peintre. Un peu pour son modèle. En 1933, lors de l’inauguration de la gare maritime de Cherbourg, il fut choisi pour remettre les clés du nouveau bâtiment au président de la République Albert Lebrun. Une brève notoriété avant de retourner à sa vie de pêcheur, à Herqueville. Il y est également enterré.

Les aléas de la terre

Mais peu importe, les onze chanceux avoir leur bateau garé dans cette attente, j’espère continuer à l’utiliser. « Le port existe depuis le années 1900. Donc des glissements de terrain, il y en a eu, il y en aura encore”, souffle Maurice Lemarinel. A 92 ans, il était le Président de l’association de la utilisateurs du port du Houguet. Il y a toujours son bateau.

L’association est celle qui maintient le lieu. Alors après le nouveau glissement de terrain, tous les membres sont allés directement retour au travail : les onze usagers qui ont leur bateau en cale, aidés par quelques-uns amis Ou membres de la famille, dégagé les jours suivants. Maurice Lemarinel a refait les marches pour descendre la falaise, aidé par le président de l’association.

Il y a déjà eu plusieurs passages qui ont disparu. Nous les reconstruisons.

Membres de l’association

Chaque année, ils passent plusieurs jours à entretenir leur petit coin de paradis. ” Là mer peut endommager les locaux. Nous en avons fait des corvées et un sacré repas. Nous avons des souvenirs au port du Houguet », se souviennent Maurice et son épouse.

Un petit port, une belle histoire racontée à ce jour

1900
S’il n’y a pas de date officielle de construction, le port du Houguet a vu le jour dans les années 1900. « Un port était prévu mais il n’a pas fonctionné et il a été construit ailleurs. Mais quelques pêcheurs ont continué à installer leurs bateaux», raconte Maurice. A 92 ans, il n’est pas encore né, mais passionné par les lieux, il est allé lire l’histoire dans les archives du Manoir du Tourp. Il semble qu’il ait été très actif à l’époque de la contrebande de tabac avec l’île anglo-normande d’Aurigny.
1940
Les Allemands incendièrent les bateaux de pêcheurs au port du Houguet. « Ils voulaient éviter de prendre la mer, alors ils n’ont fait aucun cadeau. Seul le bateau de Charles Brumant aurait été épargné. Elle a été mise sur la terre ferme. Tous les autres ont été incendiés et nous ne pouvions plus du tout accéder au port du Houguet. Les militaires regardaient», explique le nonagénaire.
1957
La cale a été abandonnée. Mais Maurice achète un bateau avec l’argent de son mariage. Il décide de le mettre à Houguet. « La digue avait été très endommagée par les tempêtes », se souvient-il. J’ai dû passer, mon bateau sur le dos, sur un passage d’à peine un mètre de large. Un autre pêcheur arrivait, un gars de Jobourg. Mais il ne restait pas forcément tout le temps. Il naviguait entre Houguet et Gravelette. » Maurice aime son petit port, et y laisse son bateau quelle que soit la météo. Il demande à y construire une petite cabane pour y ranger son matériel. « On m’a dit : “D’accord, mais il faut que ce soit amovible”. C’est ainsi que j’ai réalisé la première cabine du port du Houguet », explique-t-il.
Dans les années suivantes, de nouveaux pêcheurs rejoignent Maurice. « Il y en a qui sont venus, mais sont repartis tout aussi vite. Le chemin est raide pour y arriver », sourit le nonagénaire.
1960
« Au moment du grand projet, des amis du maire ont demandé à construire une cabane. Ils ont utilisé du béton et ont même réalisé une terrasse. Face à ce chantier, le maire s’est montré très agacé. » C’est à cette époque que l’association des usagers du port de Houguet est créée.
1975
« Nous avons reconstruit la cale. C’était tout un projet. Je n’étais pas dans les environs, mais ma femme y était. La municipalité a payé, mais c’est l’association qui a réalisé les travaux. Le sable était amené au sommet de la falaise et le béton y était fabriqué. Grâce à un système de gouttières, il était transporté jusqu’au fond », explique Maurice Lemarinel. « Un jour, poursuit Christiane, sa femme, celui qui tournait le béton avec le tracteur s’est trompé de pédale. Le tracteur est tombé de la falaise. Heureusement, il a eu le temps de sauter et personne en dessous n’a été blessé. Je me souviens du nuage de poussière que cela a créé ! »
années 2000
« Le littoral a commencé à nous poser des problèmes, il voulait tout raser. Mais le maire de l’époque a fait la sourde oreille. La municipalité a toujours souhaité conserver ce patrimoine. Alors, la falaise s’effondre de temps en temps, mais c’est la nature. Depuis 67 ans que j’y possède mon bateau, le paysage n’a pas changé ! La cale protège même la falaise. »

Sans eux, le port est voué à disparaître

Ainsi, pour eux et pour tous les utilisateurs, il ne fait aucun doute que lehistoiredu port du Houguet s’arrête. Non reconnu par le littoralil a toujours été soutenu par municipalité. “Quand nous avons fait la prise 1975 il y avait même subventionsdu Département», expliquent chacun.

finances de la municipalitéles usagers du port se mettent au travail.

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C’est raide, l’accès est difficile, donc les entreprises ne veulent pas intervenir en bas. Mais nous avons toujours réussi à le faire. Avec une pioche et une pelle, on maintient notre emprise !

Maurice Lemarinel

Mais c’est devenu De plus en plus difficile . Avec les glissements de terrain, services publicsje veux ouvrir les parapluies. Cette emprise historique pourrait être vouée à disparaître. Un crève-cœur pour tout le monde et surtout pour Maurice. Le port du Houguet est dans son sang et accroché dans sa salle à manger.

Deux tableaux trônent au mur : l’un représentant le port au années 1930. L’autre est une photographie de Houguet, mais dans le la dernière décennie. Pour ce lieu, il s’est même retrouvé à tribunal.

Une histoire d’amour

« Lorsque le chemin s’est effondré, nous l’avons refait. Et nous nous sommes retrouvés au tribunal. Le président de l’association puis le maire puis un entreprise qui nous a aidé à faire le travail… C’est fou, on ne fait que refaire ce qui est là depuis de nombreuses années. Nous avons dix places, et tout ce que nous demandons, c’est qu’on nous oublie comme cela a toujours été le cas », murmure-t-il.

Alors le utilisateurspourraient continuer leur pêche, mais surtout continuer l’histoire atypique de cette cale. De ceux qui font la richesse de La Hague et de notre patrimoine. Car pour y avoir son bateau, il faut aimer les lieux.

Il faut remonter son sentier de pêche à pied en remontant la falaise. Nous avons vu des pêcheurs qui voulaient une place et qui l’abandonnent parce que c’est trop dur !

Maurice Lemarinel

Alors qui pourrait croire que ces pêcheurs sont là pour détériorer et non préserver les lieux ?

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