en Gironde, le cauchemar d’un professeur d’éducation physique accusé d’attouchements et relaxé en appel

en Gironde, le cauchemar d’un professeur d’éducation physique accusé d’attouchements et relaxé en appel
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« C’est l’histoire d’une rumeur collégiale qui dégénère au point de finir au tribunal », résume Marine Raimbault. Depuis trois ans, cet avocat défend un ancien professeur d’éducation physique et sportive accusé d’attouchements sur des élèves d’un collège du bassin d’Arcachon. Condamné en première instance, il a été récemment relaxé par la cour d’appel de Bordeaux. Cet homme, aujourd’hui à la retraite, accepte de témoigner « pour que cela puisse être utile à d’autres », mais requiert l’anonymat. « Cette affaire m’a laissé de profondes cicatrices. » Nous l’appellerons Bernard.

Son cauchemar a commencé en décembre 2020. Par un appel téléphonique d’une collègue, contactée par la mère d’un élève : sa fille lui confie que le professeur d’éducation physique lui aurait posé la main sur les fesses quelques mois plus tôt. La scène se serait déroulée dans la salle du collège ; elle aurait senti quelque chose frôler son postérieur et aurait vu Bernard s’éloigner. Elle n’en avait pas dit un mot jusque-là, mais a décidé de le révéler après avoir appris par un camarade de classe que le même professeur aurait touché les fesses d’une autre fille, qui avait été réprimandée par ce professeur pour mauvais comportement lors d’un hommage à Samuel. Paty, mais cela n’apparaîtra que bien plus tard dans la procédure.

« Radio universitaire »

Le professeur est étonné. En quarante ans de carrière, dont vingt dans ce collège, il n’a jamais eu de problèmes, est apprécié et très bien noté. Il appelle le proviseur, lui demande d’organiser une réunion avec toutes les parties, mais ne voyant rien venir, il porte plainte pour dénonciation calomnieuse. Et la machine s’emballe. « Radio universitaire » crépite. L’adolescent en parle avec des amis : l’un affirme que ce professeur lui a mis la main sur les fesses, un an plus tôt, et un autre qu’il est entré dans les vestiaires, des années auparavant. Trois jours après la plainte de Bernard, l’étudiante a été entendue par les policiers du commissariat d’Arcachon, répétant dans la salle son ressenti sur l’épisode et les récits qui lui sont parvenus aux oreilles. Sur instructions du parquet, une enquête a été ouverte contre le professeur pour agression sexuelle.

“Cette affaire part d’un frôlement involontaire dans une salle bondée, auquel s’ajouteront d’autres propos d’enfants qui seront très peu vérifiés, jamais confrontés”

Quelques semaines plus tard, d’autres écolières ont été auditionnées. On nie tout attouchement, ses camarades restent vagues. “Cette affaire part d’un frôlement involontaire dans une salle bondée, auquel s’ajouteront d’autres propos d’enfants qui seront très peu vérifiés, jamais confrontés”, regrette M.e Raimbault. « L’enquête est incomplète, mais il y a eu une forme de précaution poussée à l’extrême, avec des conséquences terribles pour mon client. »

Garde à vue, perquisition, menottes

Le 17 mars 2021, Bernard est convoqué au commissariat et placé en garde à vue pendant vingt-sept heures. «Je suis emmené à l’hôpital pour un examen médical. Dans la salle d’attente, je suis menotté, les gens me dévisagent. Ma maison est fouillée. On me questionne sur des choses que je n’ai pas faites et j’ai l’impression que tout ce que je dis n’a aucune valeur. Je suis dévasté. » Il est entendu par un psychiatre expert qui ne détecte aucun trouble. Rien d’anormal n’a été découvert lors de la perquisition et de l’analyse du matériel informatique saisi.

« La rumeur qui circulait parmi les étudiants a contribué à […] transformer un comportement inoffensif en agression sexuelle intentionnelle »

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Effondré, Bernard a été placé en arrêt maladie, reconnu par la suite comme un accident du service – non sans avoir dû batailler avec l’Éducation nationale qui tenterait de « gagner du temps », révèle un échange de mails. Soutenu par son épouse, ses amis, ses collègues et le syndicat SNEP-FSU, le professeur est en difficulté. En juin 2022, il est de nouveau convoqué au commissariat et placé à nouveau en garde à vue. Il présente une convocation pénale pour agression sexuelle sur trois étudiants. Le procès a lieu en janvier 2023. « Une audience horrible, je n’arrive pas à m’exprimer », se souvient-il. Au préalable, son avocat avait envoyé des documents au tribunal, mais ceux-ci n’étaient pas versés au dossier.

Reconnu coupable pour deux étudiants et acquitté pour le troisième, Bernard a été condamné à six mois de prison et inscrit au registre des auteurs d’infractions sexuelles. « Ce jour-là, le profond respect que j’éprouvais pour les institutions a explosé », souffle son épouse, elle-même enseignante.

« Des répercussions énormes »

Le professeur fait appel. Un an s’écoule avant son deuxième procès, en février 2024. Le bout du tunnel approche. Le procureur de la République demande l’acquittement total et le tribunal s’y conforme. « La rumeur qui circulait parmi les étudiants a contribué à […] transformer un comportement inoffensif en agression sexuelle volontaire» dans l’inconscient de la première écolière à avoir dénoncé les faits, souligne notamment son jugement. « Je me sentais enfin reconnu, raconte Bernard. Mais les jours suivants, c’était le revers de la médaille. Vous pensez. » Brisé par cette affaire, il est suivi par un psychiatre. Sa femme aussi. « Les répercussions ont été énormes sur notre famille, notre relation aux autres », reconnaît-elle. Nos amis nous disent : « C’est bon, c’est derrière toi. Apprécier.” Mais ce n’est pas possible. Pas encore. »

«De plus en plus de cas de ce type»

Le cas de cet enseignant accusé à tort n’est pas isolé. « Depuis MeToo, on voit de plus en plus de cas de ce type », assure Jean-Paul Tournaire, responsable national des affaires juridiques au SNEP-FSU, majoritaire parmi les enseignants d’EPS. Ils « travaillent au contact d’adolescents en transformation » et « sont particulièrement exposés ». La rumeur serait « un élément classique », entre « les réseaux sociaux », « un contexte de très grande sensibilité à ces sujets » et « une période de repli, d’individualisme ». Jean-Paul Tournaire cite l’exemple de cet enseignant accusé de regarder les fesses de ses élèves (« parce que, en voyage, il marchait derrière la classe pour s’assurer que tout le monde suivait »). Ou cet autre, en Bretagne, suspendu plusieurs mois après une plainte d’un représentant des parents. « Il a dit aux étudiants de « sortir leurs fesses » lors d’une séance de natation en monopalme à la piscine. A l’issue de l’enquête administrative, il a été réintégré et le représentant des parents a dû démissionner, mais cela a causé de gros dégâts… »

 
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