étudiants laissés pour compte après la fermeture soudaine de leur auto-école

étudiants laissés pour compte après la fermeture soudaine de leur auto-école
étudiants laissés pour compte après la fermeture soudaine de leur auto-école

Ce mardi 30 avril, Diane s’apprête à prendre sa toute première heure de cours de conduite. La jeune femme de vingt ans démarre un nouvel emploi en septembre prochain, un métier pour lequel elle doit absolument disposer d’un moyen de transport. Mais, arrivant à l’auto-école de Taverny dans le Val-d’Oise, où elle est inscrite, elle trouve porte fermée. « Sur place, il n’y avait que la secrétaire qui l’a informée que l’auto-école avait définitivement fermé ses portes quelques jours plus tôt », raconte Preciosa, sa mère, qui, ce jour-là, a retrouvé sa fille au bord des larmes. Depuis, le quinquagénaire ne lâche rien.

« Quand je l’ai inscrite en juillet, on m’a demandé de tout payer à l’avance. Mes trois chèques ont été débités», déplore-t-elle, expliquant se sentir flouée. Pour le code, réussi, et les vingt leçons de conduite que sa fille ne suivra jamais, Preciosa a payé 1 255 euros. Une somme que la mère, salariée de la RATP, n’est pas en mesure de proposer une seconde fois à sa fille.

Placée en redressement judiciaire en février dernier, puis liquidée fin avril, cette auto-école du Val-d’Oise a été contrainte de fermer ses portes vendredi 26 avril. Depuis, le gérant semble avoir déserté les lieux et les élèves n’ont pas été prévenu. “Je m’attendais à voir une affiche sur la façade, mais il n’y a rien”, s’étonne Preciosa. Derrière elle, un client tente d’entrer dans l’auto-école, sans succès. «C’est fini, c’est fermé», lui dit Preciosa.

Des moniteurs au chômage assurent une semaine de cours « par solidarité »

Ce jeudi 2 mai au matin, les portes des locaux sont verrouillées, les stores baissés et les lumières éteintes, mais une des voitures manque à l’appel. Elle revint finalement vers la fin de la matinée. A bord, trois élèves et une monitrice émue aux larmes en leur faisant leurs adieux. Car malgré la fermeture et la procédure de licenciement qui les touche, les trois instructeurs et la secrétaire ont décidé de revenir dans les locaux pour une semaine « par solidarité » avec la clientèle.

L’objectif : alerter le plus grand nombre de la fermeture et surtout offrir les derniers cours de conduite aux étudiants préparant leur examen. S’ils préfèrent rester discrets sur le sujet, les quatre salariés avouent avoir du mal à « avaler la pilule ». Sentant le « vent tourner » ces dernières semaines, certains disent même avoir tenté de stopper les nouvelles inscriptions.

« Se retrouver comme ça au chômage, c’est compliqué », commente Céline, 49 ans. « La secrétaire est toujours de bonne humeur en temps normal. Là, on voit qu’elle est sous le choc. » Assistante de direction à la mairie de Taverny, elle espère ce jour-là pouvoir récupérer le dossier de son fils adolescent pour l’inscrire dans une autre auto-école. Elle n’a pas perdu d’argent dans l’entreprise mais est choquée par la fermeture de cette entreprise familiale dirigée jusqu’en 2019 par l’un de ses anciens camarades de classe. « S’il y a une pétition à lancer pour aider les étudiants à récupérer leur argent, je le ferai, promet-elle.

Les chances de récupérer les sommes engagées sont assez minces dans de telles situations. D’autant que l’auto-école Taverny n’a pas souscrit de garantie financière, indique l’agent chargé de la liquidation judiciaire. Une réalité dont Preciosa est bien consciente. Alors, sous les conseils de l’ancienne équipe de moniteurs, elle décide de se tourner vers une autre auto-école à Taverny.

Preciosa a payé plus de 1 200 euros pour donner son permis à sa fille. LP/Inès de Rousiers

Il se trouve que l’ancien dirigeant de l’entreprise est également co-gérant d’un autre établissement : Preciosa espère pouvoir y transférer les leçons de conduite déjà suivies. Après un premier refus catégorique, le gérant a accepté d’étudier cette possibilité. Elle ne lui donnera finalement jamais de nouvelles. Contacté, ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions.

« Une petite entreprise de plus qui ferme dans le Val-d’Oise »

« Cela m’attriste, c’est une énième petite entreprise qui ferme dans le Val-d’Oise. C’est triste pour les élèves et c’est triste aussi pour les professeurs », réagit Britt Collot, président du syndicat départemental des auto-écoles Mobiliens ECSR. « Il y a des familles derrière. Se retrouver au chômage n’est pas facile », poursuit-elle, partageant son émotion face à une situation devenue « insupportable » pour les auto-écoles du département.

« Nous souffrirons toujours de hausses de charges, de locations de véhicules exorbitantes, de prix des carburants… Mais nous vivons une situation anormale avec un manque d’inspecteurs. Nous devrions en avoir vingt-cinq sur le terrain. Actuellement nous en avons dix», analyse-t-elle. En conséquence, les enseignants ont des difficultés à présenter les candidats aux examens dans un délai raisonnable. “Nous avons trois mois de retard contre quinze à vingt jours en temps normal.”

« Quand j’ai appris la fermeture de cette auto-école, ça m’a choqué. Je me suis dit : encore un qui n’avait pas les reins assez solides pour pouvoir résister à la mauvaise gestion des inspecteurs de l’Etat”, s’insurge Britt Collot. « L’urgence est d’avoir plus d’inspecteurs. Le ministère nous promet des arrivées avant la fin de l’année en Île-de-France, dont huit pour le département du Val-d’Oise. Mais entre-temps, que fait-on ? Nous ne pourrons pas présenter les étudiants pour le permis. »

 
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