Québec mécontent qu’Ottawa veuille intervenir pour protéger trois troupeaux de caribous

Québec mécontent qu’Ottawa veuille intervenir pour protéger trois troupeaux de caribous
Québec mécontent qu’Ottawa veuille intervenir pour protéger trois troupeaux de caribous

Malgré les critiques virulentes du gouvernement Legault, le gouvernement fédéral va de l’avant avec son projet d’imposer un « décret d’urgence » afin de protéger des habitats essentiels pour éviter la disparition de trois des treize populations de caribou forestier du Québec.

« Le caribou est un animal emblématique du Canada. Nous avons misé sur une approche collaborative, attendu la soumission d’une stratégie complète du Québec et celle-ci a été reportée à plusieurs reprises. En l’absence de stratégie en place et face à la menace imminente qui pèse sur ces populations, nous avons la responsabilité d’agir pour assurer le rétablissement et la pérennité du caribou », a soutenu mercredi le ministre canadien de l’Environnement, Steven Guilbeault, en faisant rendre publique la décision du gouvernement Trudeau.

Concrètement, Ottawa n’impose pas dans l’immédiat des mesures de protection. Il lance plutôt une consultation de 60 jours qui impliquera le gouvernement du Québec, les communautés autochtones, les citoyens intéressés et les industries concernées. Le décret sera par la suite finalisé et précisera les zones qui doivent être protégées pour éviter la disparition de trois troupeaux, sur les 13 que compte le Québec : ceux de Val-d’Or et de Charlevoix, qui vivent désormais en captivité, et celui de Pipmuacan. , qui reste au nord-est du Lac-Saint-Jean.

“Les menaces imminentes sur la relance sont dues à l’augmentation de l’ampleur des perturbations liées à de multiples menaces, dont les impacts de l’exploitation forestière à des fins industrielles et l’expansion du réseau routier multi-usage”, précise le document publié mercredi par Environnement et Climat. Changer le Canada (ECCC). « Le décret interdira les activités qui contribuent à ces menaces imminentes. »

Le ministère ajoute que si le gouvernement québécois mettait en place des « mesures concrètes de protection » qui permettraient d’écarter la mesure de disparition, le décret pourrait être retiré.

Aucune stratégie

Pour l’instant, le gouvernement caquiste n’a pas mis en place de stratégie provinciale de protection du caribou, et il n’existe pas non plus de plan concret pour éviter la disparition des trois troupeaux visés par le projet de décret fédéral, a insisté mercredi ECCC, rappelant que le L’espèce est classée « menacée » depuis 2003.

Le gouvernement Legault a plutôt annoncé en avril dernier une « consultation » sur des mesures destinées à mieux protéger 3 des 13 populations vivant sur le territoire, soit celles de Charlevoix, celle de la Gaspésie et une autre vivant sur la Côte-Nord. Et le Québec laisse la porte ouverte à la poursuite d’activités industrielles, dont l’exploitation forestière et l’exploration minière, dans des habitats propices aux derniers caribous. C’est le cas de la Gaspésie, où l’on compte à peine 25 animaux, dont plus de la moitié sont aujourd’hui en captivité.

ECCC a toutefois rappelé mercredi que le Québec « joue un rôle majeur dans le rétablissement de l’espèce » puisqu’environ 15 % de tous les caribous forestiers du Canada se trouvent dans la province. L’année dernière, la population totale de la province était estimée entre 6 162 et 7 445 animaux.

Mais selon une récente étude scientifique internationale, l’exploitation forestière industrielle réalisée sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés aurait gravement perturbé les habitats nécessaires à la survie de l’espèce. Résultat : 11 des 13 populations que compte la province sont aujourd’hui en « risque » d’extinction.

Pertes d’emplois

Les dirigeants de neuf communautés innues ont donc récemment exhorté le gouvernement fédéral à agir pour « ramener le gouvernement du Québec à l’ordre » et empêcher la disparition des caribous de leurs territoires.

Ils citent souvent en exemple le cas du caribou de Pimuacan, dont l’habitat a été fortement dégradé par l’industrie forestière. Le troupeau comptait à peine 225 animaux, au mieux, lors du dernier inventaire, réalisé en 2020 sur un territoire de plus de 28 000 km2. “La population se trouve dans un état extrêmement précaire et sa capacité d’autosuffisance est peu probable dans les conditions actuelles”, ont conclu les experts gouvernementaux.

Mercredi, le gouvernement Legault a pour sa part mis en garde contre les pertes d’emplois qui, selon lui, résulteraient du décret fédéral. «On menace d’un décret sans savoir quels seraient les impacts sur les populations locales, sans avoir évalué les impacts sociaux», a tonné mercredi le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, en début de séance du Conseil des ministres. « Nous ne pouvons qualifier l’approche fédérale que d’irresponsable », a-t-il ajouté.

Un document du ministère des Richesses naturelles et des Forêts indique que plus de 2 400 travailleurs perdraient leur emploi si le gouvernement fédéral appliquait son décret dans Charlevoix, Pipmuacan et Val-d’Or. Le Québec estime les pertes financières associées à 183 millions de dollars par année. L’analyse en question va même jusqu’à affirmer que l’application de décrets fédéraux à l’ensemble du territoire occupé par le caribou des forêts et des montagnes engendrerait 30 000 pertes d’emplois « directs ou indirects ».

Le ministre Steven Guilbeault a répondu en affirmant qu’« il est très, très, très prématuré d’avancer des chiffres » sur d’éventuelles pertes d’emplois. « Nous n’avons même pas encore commencé le processus de consultation. Il est donc exagéré de lancer ainsi des chiffres en l’air. Je n’ai pas de chiffres. Faisons la consultation et, ensuite, nous pourrons définir quels pourraient être les impacts socio-économiques et comment nous y répondrons », a-t-il expliqué.

Dès 2022, plusieurs scientifiques québécois ont proposé au gouvernement caquiste d’utiliser des outils financiers qui ont déjà fait leurs preuves afin de protéger les forêts matures de la province. Ils ont notamment évoqué l’idée d’utiliser des « crédits carbone » sur des terres publiques couvertes de forêts. Comme les entreprises doivent acheter des droits d’émission de gaz à effet de serre pour se conformer aux réglementations provinciales, elles pourraient le faire ici.

De plus, ils proposent d’utiliser les fonds dédiés à la lutte contre les changements climatiques pour encourager le développement de nouvelles pratiques dans l’industrie forestière, qui a tracé plusieurs voies au fil des décennies. « Il y a 500 000 kilomètres de chemins forestiers au Québec qui servent d’autoroutes aux prédateurs du caribou. Nous pourrions fermer plusieurs de ces routes et les reboiser», a souligné mercredi le ministre Guilbeault.

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