en 1944, la face sombre de la Libération en Bretagne

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Éditorial Fougères

Publié le

16 mai 2024 à 17h00

C’est avant tout un film.

En 2023 le documentariste Philippe Baron a réalisé OK Joe !

Il évoque l’expérience vécue par l’écrivain Louis Guilloux en 1944, comme interprète au sein de l’armée américaine. Parmi ses tâches : accompagner les enquêteurs auprès des familles où des GI avaient commis des abus. Des viols, voire des meurtres.

Louis Guilloux a publié une nouvelle en 1976, OK Joe! (réédité en 2023 chez Folio).

Il a raconté cet épisode de sa vie et la découverte du racisme au sein de l’armée américaine, les soldats noirs étant particulièrement visés par leurs supérieurs lors des enquêtes.

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Philippe Baron vient de publier un livre dans lequel il revient sur les chapitres de son documentaire.

Ma découverte du livre de Louis Guilloux a ébranlé des certitudes confortables (…) On ne m’avait rien appris des exactions commises à la Libération par l’armée américaine : des milliers de viols de jeunes Françaises, des meurtres de civils alliés. Je n’avais jamais entendu parler des cours martiales de l’armée américaine, qui condamnaient principalement des soldats afro-américains. Plusieurs dizaines de GI noirs avaient été pendus en public dans les campagnes bretonnes et je n’en savais rien.

Philippe Baron, auteur de L’Ombre de la Libération.
Philippe Baron, auteur de L’Ombre de la Libération (Ar collection éditons). ©DR Chronique Républicaine

« Une face cachée de la Libération s’est révélée (…) Les courageux libérateurs (…) n’étaient donc pas tous des héros purs et sans tache. Certains d’entre eux se sont également révélés être ivrognes et violeurs. L’armée américaine pourrait lutter pour la démocratie tout en étant raciste », poursuit Philippe Baron.

Dans Le côté obscur de la libération Philippe Baron décrit son enquête sur trois drames survenus entre le 16 et le 21 août 1944 dans Plumaudan (Côtes d’Armor), Guiclan et Le Drennec (Finistère), à ​​La Bazouge-du-Désert (Ille-et-Vilaine)« en marge de l’avancée des bataillons américains libérant la Bretagne ».

Que s’est-il passé par exemple à La Bazouge, à une quinzaine de kilomètres de Fougères ?

Le 16 août 1944, deux soldats américains (blancs) en « état d’ébriété complet » arrivent à la ferme de l’Epine. Ils tentent d’embrasser une jeune femme, Augustine. Son père, Auguste Velé, et un autre témoin sont intervenus mais Auguste a été tué par l’un des militaires.

L’arrivée des soldats américains dans la ville de Cogles, près de Montours, début août 1944. ©Coll. Leroy

“Et l’affaire en est restée là”

Philipe Baron a recueilli le témoignage du petit-fils de l’agriculteur abattu.

Son propre nom est Auguste.

« Les militaires sont arrivés dans l’après-midi, ils ont été bien accueillis par la famille qui leur a donné proposé à boirele cidre et baisse. Puis ils sont partis pendant que mon père et mon grand-père retournaient à leurs activités. Mais en fin de compte, les deux hommes sont revenus. Ils étaient ivres et ont commencé à attaquer ma tante et ma grand-mère. Mon grand-père est intervenu et plusieurs coups de feu ont été tirés. Touché au ventre, Auguste s’est saigné à mort et est mort très rapidement », décrit Auguste Velé.

Quelques jours plus tard, ma grand-mère et mon père ont été invités à une confrontation. Nous les avons emmenés en jeep jusqu’à Rennes. Mais ils n’ont reconnu aucun des soldats qui leur étaient présentés. Les Américains ont payé les frais d’inhumation. Et l’affaire en est restée là.

Auguste Velé, petit-fils d’une victime de GI.
L'église de Montours
La double pendaison du 10 août 1944 à Montours a eu lieu en public, au pied de l’église. ©Hervé PITTONI

Deux pendaisons publiques près de Fougères

Dans son livre, Philippe Baron cite également un article paru dans La Chronique républicaine en 1994, qui relate une double pendaison près de Fougères.

Le 10 août 1944, deux soldats afro-américains ont été exécutés par pendaison sur le parvis de l’église de Montours (Les Portes du Coglais), pour le viol d’un résident de la communauté.

Dans son livre C’était en août 1944 (éditions Ouest-France), Jean-Claude Eon a donné de nombreux éléments en 2023 sur cet épisode méconnu.

Deux soldats ont été pendus sur place, mais en fait quatre GI ont été condamnés en même temps : c’est ce qu’a découvert Jean-Claude Eon, en consultant les archives américaines du Bibliothèque du Congrès avec les procès-verbaux des cours martiales (séance à Poilley).

Les quatre condamnations à mort correspondaient à deux affaires distinctes de viol, à Ferré et Montours. Les deux autres soldats furent pendus plus tard à Paris.

Au fil des années, peu de gens ont accepté de parler de ce traumatisme.

Récemment, la fille de la victime du viol de Montours, aujourd’hui âgée de 99 ans, a été filmée par l’Agence France Presse, tenant une lettre laissée par sa mère « pour ne pas oublier ».

Mais elle et ses proches refusent désormais toute nouvelle demande de -.

Dédicaces de films et de livres à Saint-Aubin et Montours

Le livre : La face obscure de la Libération, de Philippe Baron (96 pages, 15 €, Ar collection éditions). Disponible en librairie. Commande possible en envoyant un email à [email protected] (15€ + frais de port).
Le film : le documentaire de Philippe Baron OK Joe ! sera projeté le 6 juin à St-Aubin-du-Cormier et le 8 juin sur FR3 Bretagne en fin de soirée. Il sera également projeté aux Champs Libres de Rennes le 17 novembre, puis à Montours le 22 novembre.
A chaque fois, la projection sera suivie d’une vente de dédicaces.

Une potence entre l’église et le presbytère

En 1994, La Chronique recueillait un témoignage (anonyme) sur les tentures de Montours : « Nous avions érigé une potence entre l’église et le presbytère… Bientôt, l’endroit fut noir de monde. Vers 10 heures, un camion de la Police Militaire arrive avec les deux détenus, chacun ayant un aumônier… Le premier reçoit une cigarette. Il grimpa vers la potence sous laquelle avait été aménagée une grande trappe. À tel point qu’au moment de l’exécution, nous n’avons rien vu… Au moins une demi-heure s’est écoulée avant que la deuxième exécution ait lieu. L’homme, très calme, a également pris une cigarette qu’il a jetée juste avant de mourir… »

Hervé PITTONI

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