« 136 puits de Total Énergies pourront produire de l’or noir »

« 136 puits de Total Énergies pourront produire de l’or noir »
« 136 puits de Total Énergies pourront produire de l’or noir »

Renaud Duterme est un auteur et géographe belge. Après son livre La dette cachée de l’économieen 2014, il vient de publier Pénuries, quand tout manque, publié aux Éditions Payot & Rivages. Entretien.

Comment vous est venue l’idée d’aborder le thème de la pénurie dans un monde qui gaspille autant ?

Je m’intéresse depuis longtemps à la question des liens entre nos sociétés et leur environnement et notamment les impacts écologiques sur le climat et sur la biodiversité. Cela a commencé avec le Club de Rome (1972) et son rapport sur la croissance. Nous voyons la contradiction entre le nombre croissant d’alertes sur la situation et l’incapacité de notre système économique à y faire face. Tout cela parce que la nature même de notre système économique repose sur la croissance. Ce qui nécessite d’augmenter les flux de matières, les flux d’énergie, etc.

Quel est l’objectif de ce nouveau livre ?

L’objectif de cet ouvrage est de dresser un panorama des contraintes physiques, économiques et sociales qui pèsent sur nos différents approvisionnements (énergie, matières premières, produits agricoles, biens industriels). Ce qui m’a le plus surpris, c’est la vulnérabilité de notre système face à ces pénuries. L’exemple le plus parlant est celui du Covid-19. Nous pensions que le terme de pénurie appartenait au passé pour nos économies dites développées. Mais la pandémie de Covid-19, le blocage du canal de Suez pendant seulement quelques jours et la guerre en Ukraine l’ont remis sur le devant de la scène. Énergie, matières premières, alimentation, médicaments, matériaux de construction, pièces automobiles, puces électroniques, main d’œuvre… aucun secteur ne semble épargné par cette tendance inquiétante.

« Excitation » avant la baisse de la remise sur les carburants : de nombreuses stations-service à nouveau en rupture de stock

Le fonctionnement déséquilibré de la mondialisation a-t-il été révélé grâce à la crise ?

Et pour une bonne raison. Presque tous les biens que nous achetons et utilisons nous parviennent via des chaînes d’approvisionnement longues et complexes. Ils sont constitués de multiples maillons, allant de l’extraction des matières premières (minerai, produits agricoles, énergie) et leur transformation, jusqu’à la livraison dans les rayons des supermarchés, en passant par la fabrication, le stockage et bien sûr le transport. Mondialisation capitaliste oblige, ces différentes étapes ont été de plus en plus éloignées les unes des autres, augmentant les risques de disruption par effet domino. Conflits, catastrophes naturelles, aléas climatiques, grèves, attentats, épidémies, autant d’événements peuvent « saisir » un maillon de la chaîne, voire plusieurs, et provoquer ainsi des goulots d’étranglement remettant en cause le fonctionnement même de la chaîne. ‘économie. Toutes nos vulnérabilités s’interpénètrent et s’influencent mutuellement.

La demande mondiale croissante de pétrole

Après le Covid-19, la vie économique a retrouvé son fonctionnement naturel et la course à la croissance a repris. L’homme n’est-il pas capable de tirer les leçons des catastrophes ?

Si les images d’hypermarchés dévalisés de paquets de papier toilette ou de pâtes ont été surmédiatisées, pendant le Covid-19, les consommateurs sont revenus à leurs comportements habituels, mais avec beaucoup de peur. Se préparer à une catastrophe évite également le phénomène de panique. Et c’est aussi le sujet de ce livre. Je reviens à la question de l’énergie et de l’environnement. La question énergétique a toujours été centrale dans le fonctionnement des sociétés. Prenons l’exemple actuel. Des tractopelles s’affairent à creuser le sol sur des milliers de kilomètres en Ouganda, à quelques encablures des troupeaux de girafes et d’éléphants. Dans le parc protégé de Murchison Falls, à l’ouest du pays, l’un des plus hauts lieux de biodiversité au monde. Malgré toutes les critiques des associations de défense de l’environnement, 136 puits de TotalEnergies pourront, dès 2025, produire de l’or noir pour le reste du monde. Un investissement de 9 milliards d’euros conclu entre l’Ouganda, la Tanzanie et la compagnie pétrolière chinoise CNOOC. La demande mondiale pour cette énergie polluante reste forte.

Lire. Pénuries, quand tout manquede Renaud Duterme, aux Éditions Payot & Rivages.

 
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