Emmanuel Macron et les « prix planchers », l’histoire d’une promesse

Emmanuel Macron et les « prix planchers », l’histoire d’une promesse
Emmanuel Macron et les « prix planchers », l’histoire d’une promesse

Pour l’occasion, Emmanuel Macron a enlevé sa veste et retroussé ses manches. Nous sommes le 24 février 2024 et le président de la République, qui inaugure le Salon de l’agriculture dans une ambiance particulièrement tendue, engage une discussion informelle avec des agriculteurs syndiqués. « Il y aura un prix minimum, un prix plancher », » a lâché le chef de l’Etat face aux paysans qui dénoncent le manque de revenus. Deux mois plus tard et alors qu’Emmanuel Macron doit rencontrer les syndicats ce jeudi 2 mai, que reste-t-il de cette annonce ?

Car les propos assez flous du chef de l’Etat ont dans un premier temps suscité débats et interrogations. Que voulait-il dire par prix plancher ? La formule n’était pas sans rappeler un projet de loi proposé par La France insoumise en novembre 2023. Elle prévoyait la fixation d’un niveau plancher pour le prix d’achat des matières premières agricoles aux producteurs. Les Insoumis ont plaidé pour qu’elle soit mise en œuvre dans un premier temps à l’échelle nationale, en assumant le protectionnisme. Un texte auquel la majorité était opposée.

Des prix garantis, un vieux mécanisme de la PAC

Les propos du président ont également rappelé les prix garantis, un mécanisme qui a fonctionné jusque dans les années 1990 : l’Union européenne achetait des denrées alimentaires qui ne trouvaient pas preneur et les stockait avant de les revendre sur le marché international. Les agriculteurs étaient donc toujours assurés de vendre à un prix garanti.

Mais, sous l’effet de la surproduction, le système atteint ses limites. “Le prix garanti était supérieur au prix du marché, ce qui coûtait cher à l’UE qui a subi des pertes en revendant des matières premières agricoles à l’échelle internationale au prix du marché”, » précise Camille Ait-Youcef, maître de conférences en économie à l’université de Nantes. De plus, l’arrivée de ces stocks a contribué à faire baisser les prix, et les Européens ont donc été accusés de concurrence déloyale. »

Des prix planchers au sens des Insoumis, des prix garantis ? Rapidement, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a précisé les propos du chef de l’Etat : par prix planchers il faut entendre construction ou révision d’indicateurs de coûts de production dans chaque secteur, indicateurs qui serviront de base à la définition du prix lors des négociations. Et ainsi éviter que les agriculteurs ne se retrouvent obligés de vendre à perte.

« Plusieurs secteurs craignent qu’un prix plancher ne devienne un prix plafond »

Il faut dire que la majorité des secteurs n’est pas favorable à l’instauration de prix planchers. C’est ce qu’ont constaté les députés Alexis Izard (Renaissance) et Anne-Laure Babault (MoDem) à qui le gouvernement a confié une mission afin d’élaborer le cadre juridique des négociations et des relations commerciales dans l’industrie agroalimentaire. « Beaucoup craignent qu’un prix plancher ne devienne un prix plafond. » observe Anne-Laure Babault.

Le gouvernement défend donc un renforcement de la logique déjà à l’œuvre avec la loi Egalim, qui obligeait les secteurs à établir des indicateurs de coûts de production. « La loi ne précise pas dans quelle proportion ils doivent être pris en compte. Actuellement, dans une formule de prix, une partie peut être établie en fonction des coûts de production et le reste en fonction de l’évolution du marché.explique Alexis Izard.

Il apparaît également nécessaire d’affiner les indicateurs existants. Par exemple, l’un de ceux actuellement utilisés par l’industrie laitière, l’Ipampa (Indice des prix d’achat des moyens de production agricoles) a l’avantage de prendre en compte des données récentes mais n’inclut qu’une partie des coûts de production. L’Institut de l’élevage vient donc d’élaborer un nouvel indicateur, qui doit encore être validé par l’ensemble de l’interprofession.

Mais cette approche est insuffisante aux yeux des syndicats minoritaires Coordination rurale, Confédération paysanne et Modef. Ces trois syndicats, fait inhabituel, ont signé ensemble le 9 avril une lettre ouverte à Emmanuel Macron, l’appelant à mettre en place un mécanisme de prix plancher. « Ces prix minimaux doivent également s’appliquer aux produits importés (…). Cela nécessite une refonte des accords de libre-échange. », ils écrivent. De son côté, la puissante FNSEA partage plutôt le chemin tracé par le gouvernement. La rencontre des syndicats agricoles avec le chef de l’Etat s’annonce animée.

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De nouvelles annonces pour répondre à la colère agricole

Le gouvernement a révélé, samedi 27 avril, de nouvelles mesures pour mettre fin à la crise agricole.

Trésorerie : Bpifrance apportera de nouveaux financements d’au moins 100 millions d’euros sous forme de prêts personnels de trésorerie (jusqu’à 75 000 euros) ou de garanties de prêt auprès de banques commerciales.

Stockage de l’eau et irrigation : 100 projets seront finalisés d’ici fin 2024.

Agriculture méditerranéenne : 50 millions d’euros pour notamment s’adapter au changement climatique.

Réforme des retraites agricoles : à partir de 2026, sur les 25 meilleures années.

 
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