« Nous suivons la situation de près »

« Nous suivons la situation de près »
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Lorsque son nom est sorti du chapeau en 2022, l’industrie cinématographique a eu le souffle coupé. “Iris qui?” » Personne ne connaissait Iris Knobloch, ancienne directrice de la branche européenne de Warner, qui venait d’être nommée présidente du plus beau festival de films du monde, succédant à Pierre Lescure, mais toujours accompagnée de Thierry Frémaux, son flamboyant directeur général. « Une Allemande à Cannes » avait du style et du panache.

Deux ans plus tard, celle qui a la réputation d’avoir une main de fer dans un gant de velours nous accueille dans les bureaux parisiens de l’événement. Si ses propos sont rares, elle ne s’empêchera pas de dire ce qu’elle pense lorsqu’il s’agira d’évoquer les enjeux actuels du Festival. Iris Knobloch pensait connaître Cannes, elle a découvert un autre monde, une équipe soudée.

Pour celui qui a été confronté à Stanley Kubrick dès ses débuts dans le métier, son écoute et ses convictions sont les meilleures armes dans un milieu encore dominé par les hommes. Iris Knobloch rit lorsqu’on l’interroge sur son avenir – son mandat se termine l’année prochaine – car elle ne sait pas comment chercher à se renouveler. Elle est actuellement au travail et prépare le 77e Festival, qui s’ouvre dans quelques jours.

Paris Match. Votre nomination en 2022 a surpris le monde du cinéma. Y compris vous-même. Comment cela s’est-il passé ?
Iris Knobloch.
Je ne savais même pas qu’une recherche était en cours ! J’ai simplement été contacté par le cabinet de la ministre de la Culture de l’époque, Roselyne Bachelot, qui m’a proposé de la rencontrer. Je pensais qu’elle voulait me voir pour un projet sur lequel je travaillais à l’époque. Mais elle m’a parlé du Festival de Cannes et m’a demandé si cela pouvait m’intéresser. En effet, j’ai été la première surprise… Par la suite, cette idée a fait son chemin, mais je n’ai jamais fait campagne pour elle. Et le conseil d’administration du Festival a voté en ma faveur.

Le reste après cette annonce

Que représente Cannes pour vous ?
Le rêve de tout amateur de cinéma ! Et première femme présidente du Festival, c’était presque un double rêve. C’est fou qu’il ait fallu attendre soixante-quinze ans pour que cela arrive. La symbolique est très forte. L’année dernière, j’ai vu un très grand nombre de femmes venir me témoigner leur soutien, c’est une sensation agréable, une vague positive. Certains m’ont dit que ma nomination était une inspiration, d’autres m’ont fait part de leur fierté. Décidément, Cannes manquait de femmes…

Je ne suis pas sûr que cela serve la cause des femmes

Iris Knobloch

Cette année encore, il n’y a que 23% de réalisatrices en compétition… Thierry Frémaux estime qu’il ne faut pas recourir au quota de genre. Quel est ton opinion ?
Je crois, et je l’ai vécu dans ma vie, que les quotas sont à double tranchant. Il ne faut pas créer un sentiment d’illégitimité chez une femme. On ne peut pas dire : « Votre film est sélectionné à Cannes parce que vous deviez atteindre le quota. » Je ne suis pas sûr que cela serve la cause des femmes. Thierry a raison, le Festival arrive au bout de la chaîne. Et on constate heureusement une très nette augmentation des dépôts de projets émanant de réalisatrices. Ils prennent confiance, ils osent davantage, ils ont des histoires à raconter. Mais le Festival doit rester dans son rôle et se baser uniquement sur la qualité du film. Cela doit rester le principal critère de sélection.

C’est surprenant de gérer un événement de cette envergure avec une base petite et solide qui doit soudain se transformer en multinationale.

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À votre arrivée, vous avez parlé de votre collaboration avec Thierry Frémaux, qui a la réputation de tout faire : « Un tandem se construit. » Avez-vous trouvé votre place dans ce duo ?
Comme toujours dans une relation, c’est très différent de se connaître et de travailler ensemble. J’ai toujours croisé la route de Thierry depuis que j’ai gravi les marches pour la première fois en 1998. Mais il a fallu apprendre à se connaître autrement et aussi à comprendre le Festival de l’intérieur. Je n’avais qu’une vision professionnelle. J’apprécie et admire le fonctionnement de cette équipe qui passe de 35 personnes sur toute l’année à 1 500 sur dix jours. C’est étonnant de gérer un événement de cette envergure avec une base petite, solide et expérimentée, qui doit soudain se transformer en multinationale. Et si ça marche si bien, c’est parce que tout le monde est animé par la même passion. Nous travaillons tellement mieux lorsque nous avons un attachement émotionnel aux choses…

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« « Mad Max » ou « Top Gun » permettent d’emmener le spectateur vers Justine Triet ou Hirokazu Kore-eda. La lumière de l’un illumine l’autre » Iris Knobloch

Paris Match / © Alexandre Isard

Vous êtes plutôt discret. Comment avez-vous vécu d’être en haut des marches l’année dernière pour accueillir les équipes de tournage ?
C’est très important dans la vie de faire des choses qui vous font sortir de votre zone habituelle… Cela fait partie du métier, mais pour moi ce n’est pas le nœud du problème. Non, en ce qui me concerne, c’était surtout une forme de marathon en talons ! [Elle rit.]

Avec Thierry, ça marche très bien puisqu’on se complète

Iris Knobloch

La fonction de président du Festival est honorifique. Et pas salarié. Etes-vous tenté de le faire évoluer ?
Oui, c’est un poste honorifique. Mais c’est aussi une présidence exécutive, dépositaire de l’autorité morale et juridique du Festival, avec pouvoir de signature. Je crois fondamentalement à l’indépendance de la sélection. Il faut la défendre avec soin, car c’est elle qui garantit la pertinence du festival. Je crois aussi que ce ne sont pas les statuts et règlements qui déterminent votre rôle, mais plutôt le partenariat avec le délégué général… On revient donc à Thierry, avec qui ça marche très bien puisque nous sommes complémentaires. C’est un puzzle habilement construit. Mais nos deux rôles sont de savoir inventer le futur de Cannes.

Quels sont les défis de demain ?
Le Festival doit rester pertinent pour les jeunes. Car sa mission première est de donner envie d’aller au cinéma. Et c’est un problème dans le monde d’aujourd’hui, compte tenu du nombre d’offres de divertissement qui existent. Cannes invente le cinéma du futur car elle présente les talents de demain, les artistes émergents. Et l’autre problématique, mais nous en avons déjà parlé, c’est la progression de la présence des femmes.

Warner a toujours été présent et fidèle à Cannes, alors si vous y voyez ma marque…

Iris Knobloch

Vous dites vouloir emmener les jeunes au cinéma. Mais beaucoup de films sélectionnés leur font peur, car trop élitistes, trop obscurs… Le label cannois peut parfois donner le sentiment qu’il n’est pas destiné au grand public.
Oui, certains films peuvent faire peur. Mais nous avons réussi l’année dernière à proposer une sélection de films très mainstream à côté de projets plus complexes, et nous y parviendrons encore cette année. Cannes a besoin des deux pour susciter l’intérêt. “Mad Max” ou “Top Gun” contribuent à amener le spectateur vers Justine Triet ou Hirokazu Kore-eda. Cette année, je fais confiance à Greta Gerwig, la présidente du jury. Elle comprend parfaitement le sujet, issue du cinéma indépendant mais ayant réalisé « Barbie » l’année dernière.

Greta Gerwig est produite par Warner, dont vous étiez président. L’année dernière, “Elvis” était un film de Warner. Cette année, le studio revient avec « Mad Max ». Doit-on y voir ta patte ?
Warner a toujours été présent et fidèle à Cannes, alors si vous y voyez ma marque… Après, on revient sur la question de mon rôle honorifique. Je n’ai pas accepté la présidence du Festival simplement pour être en haut des marches. Je souhaite également pouvoir apporter mon expérience.

Cette année, nous avons un joli mélange entre films d’art et essai et films grand public, qui apporteront glamour et paillettes.

Iris Knobloch

Le temps des fêtes, des grands sponsors et des stars est-il révolu ?
Le cinéma n’est pas l’ennemi de la fête. Mais Cannes est aussi le reflet des nouvelles tendances. Ce qui n’empêchera pas la Croisette d’accueillir les soirées dont le festival a le secret. Cette année, on a un joli mélange entre films d’art et d’essai et films grand public, qui apporteront glamour et paillettes, de Kevin Costner à Emma Stone, en passant par Francis Ford Coppola, Léa Seydoux, George Lucas et Cate Blanchett. Je suis convaincu que nous avons besoin des deux car nous voulons représenter le cinéma dans sa diversité.

Sur la sélection 2024, avez-vous eu votre mot à dire ?
Non, j’interviendrai si Thierry a des questions, mais il est seul à bord. Je ne regarde les films qu’une fois la sélection annoncée.

Entre Cannes Première, les sélections officielles et parallèles, l’édition 2024 donne le sentiment d’aspirer tous les films français. Vouloir les montrer en exclusivité, n’est-ce pas le meilleur moyen de les faire disparaître ?
Cela dépend des années… Pour 2024, il y avait beaucoup de longs métrages français prêts et beaucoup moins de longs métrages américains, à cause de la grève des scénaristes. Et je suis toujours convaincu que Thierry choisit les œuvres qui méritent d’être là. Si beaucoup sont français, tant mieux !

Cannes est représentative de la société… On ne peut pas interdire aux stars de venir en jet privé

Iris Knobloch

Mais il y a tellement de films qui n’iront ni à Venise, ni à Toronto, ni à Berlin…
Certains films non sélectionnés iront à Venise. C’est bien que tous ces festivals existent, chacun a sa période de l’année et je ne vois aucune concurrence. Mais bel et bien une opportunité supplémentaire pour le cinéma dans son ensemble. Les festivals, dans un monde dominé par les blockbusters, sont indispensables pour sortir des films comme « Anatomie d’une chute », « Le Règne animal » ou « La Zone d’intérêt ». Le premier totalise plus de 1,8 million d’entrées en France, près de 3,5 millions dans le reste du monde. Et ce, après avoir obtenu la Palme d’Or

Cannes se veut un événement équitable et attire en même temps les stars qui se prennent en photo dans les jets privés mis à leur disposition. Cannes travaille avec les plateformes, mais refuse de sélectionner des films qui ne sortent pas en salles. Cannes est forcément dichotomique ?
Oui. Cannes est représentative de la société… On ne peut pas interdire aux stars de venir en jet privé, personne ne le peut. L’industrie se trouve dans une période de grande transformation, à Hollywood d’abord, mais partout ailleurs aussi. Ce qui me rassure, c’est que la guerre des écrans n’aura pas lieu. Même les plateformes se rendent compte qu’une sortie en salles permet à un film d’entrer dans les conversations. Sur ces supports, un film apparaît, un autre disparaît, cela n’a pas du tout le même impact. On pensait que la plateforme allait remplacer le cinéma, mais on voit qu’elle s’inscrit dans l’écosystème général. Il permet de perpétuer la vie d’une œuvre. Mais le visionnage en salle est irremplaçable.

Si le cas d’un accusé se présente, nous veillerons à prendre la bonne décision au cas par cas.

Iris Knobloch

Aujourd’hui seul Netflix ne peut pas concourir au Festival car la plateforme refuse de sortir ses productions en salles…
On serait pourtant ravi de les avoir parmi nous hors compétition, mais Netflix a fait un autre choix. J’espère convaincre Ted Sarandos de changer d’avis. Nous aurions tous beaucoup à y gagner.

Si l’un des cinéastes présents à Cannes cette année se retrouvait impliqué dans une affaire d’agression sexuelle, son film serait-il maintenu en compétition ?
Nous sommes extrêmement attentifs à ce qui se passe aujourd’hui, nous suivons la situation de près. Si le cas d’une personne accusée se présente, nous veillerons à prendre la bonne décision au cas par cas, en consultation avec le conseil d’administration et les parties prenantes. Mais nous discuterions aussi du travail afin de voir ce qui lui convient le mieux. C’est elle la vraie star.

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L’affiche de la 77ème édition du Festival de Cannes qui se tiendra du 14 au 25 mai 2024.

©DR

 
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