Depuis qu’il a hérité de la ferme familiale, il y a 50 ans, Bob Dobson a planté pas moins de 40 000 arbres. Depuis, un vent de fraîcheur souffle sur les terres verdoyantes, que la faune s’est progressivement reconquise.
« J’ai appris la valeur des arbres quand j’avais 6 ans », explique Bob Dobson, propriétaire de la cinquième génération de Dobson Farm, où il élève du bœuf nourri à l’herbe à Cobden, en Ontario.
Enfant, le petit Bob était chargé d’aller chercher les vaches à l’autre bout du champ pour la traite quotidienne. « Je passais chaque jour le même chemin bordé d’arbres et je me souviens à quel point l’ombre était agréable », poursuit l’homme de 80 ans.
Mais dans les années suivantes, le père de l’agriculteur fit raser les arbres de ses terres pour maximiser sa productivité, comme le recommandait le ministère de l’Agriculture de l’époque. « Mon père essayait d’être aussi moderne que possible », explique-t-il.
Lorsque Bob Dobson hérite de l’entreprise en 1972, il s’est donné pour mission de restaurer le couvert arboré qu’il avait connu dans sa jeunesse. « Une fois que j’ai commencé, je ne me suis pas arrêté. Et 40 000 arbres plus tard, nous y sommes », dit-il en souriant.
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Autrefois nu, le terrain a aujourd’hui retrouvé ses nuances de vert. Et les arbres ont apporté plus d’un bénéfice, souligne Bob Dobson. « Vers les années 1970, nous avions des problèmes de qualité et de quantité d’eau : nous en manquions […]. Plus maintenant», se réjouit-il en nous faisant visiter les lieux au volant de son van.
Lorsqu’il a repris la ferme, Bob Dobson a commencé à planter des rangées d’arbres de cinq mètres de large le long du ruisseau qui traverse le terrain.
Les racines de ces arbres créent une sorte d’éponge : elles retiennent l’eau en cas de pluie abondante.
Le fermier Bob Dobson
Bob Dobson a également conçu un système d’irrigation alimenté par l’énergie solaire, qui apporte de l’eau au bétail sans que celui-ci ne boive dans le ruisseau. « L’eau est donc pure aujourd’hui. On pourrait le boire sans problème», dit-il en désignant sa création d’une main.
Les bienfaits des arbres sur les cours d’eau sont « très vastes », affirme David Rivest, professeur d’agroforesterie à l’Université du Québec en Outaouais. Grâce à l’ombre apportée par leur feuillage, ils rafraîchissent les cours d’eau.
«Ils sont bons pour la biodiversité aquatique et pour la biodiversité terrestre», soutient M. Rivest. Pensons aux amphibiens, qui adorent s’installer dans les zones riveraines… »
Equilibre naturel
Petit à petit, Bob Dobson a planté des rangées après rangées d’arbres face au vent aux abords de sa ferme. La barrière foliaire crée ainsi un bouclier contre les rafales, une technique qui permet de prévenir l’érosion des sols, selon David Rivest.
Le ralentissement des vents peut également permettre aux insectes pollinisateurs de mieux se déplacer, et les arbres peuvent créer des abris, des refuges et des lieux de reproduction pour la faune.
David Rivest, professeur d’agroforesterie à l’Université du Québec en Outaouais
Depuis que les arbres ont été rendus à Bob Dobson, des dizaines d’espèces d’oiseaux, comme des faucons, des dindons sauvages et des pies-grièches, ont trouvé refuge sur la ferme, où ils se nourrissent des canneberges et des sureaux plantés par l’agriculteur. « On leur offre des arbres pour faire un nid et se percher, de l’eau, de la protection et de la nourriture : c’est un peu un tout compris pour eux », dit-il en riant.
Après des décennies passées à diriger sa petite ferme, l’octogénaire a laissé la garde des vaches à sa partenaire commerciale, Eva Hatiarova. Mais l’agriculteur ne se lasse pas de planter des arbres sur ses terres. « Je suis assez fier de ce que nous avons fait. Ce que j’espère surtout, c’est que cela aura un peu d’influence sur d’autres agriculteurs, d’autres agriculteurs. »
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