Ajouter un troisième lien vers le Québec n’a aucun sens, selon cet expert

Ajouter un troisième lien vers le Québec n’a aucun sens, selon cet expert
Ajouter un troisième lien vers le Québec n’a aucun sens, selon cet expert

Le troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis fera gagner à peine cinq minutes aux automobilistes, en plus d’augmenter la congestion. Un expert explique pourquoi l’ajout d’un pont ne résoudra pas les problèmes de circulation dans la capitale nationale et ses environs.

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«Pour les automobilistes qui empruntent les ponts existants, la réduction du temps de trajet de Lévis à Québec serait en moyenne de cinq minutes», conclut la Caisse de dépôt et placement du Québec dans son rapport sur le projet de troisième lien que le gouvernement de François Legault met en œuvre. engagé à construire.

Ces petits gains pourraient aussi disparaître rapidement, précise la professeure au département de géographie de l’Université Laval, Marie-Hélène Vandersmissen.

« Cette troisième liaison aboutira sur une infrastructure autoroutière et celles-ci sont déjà encombrées aux heures de pointe. C’est pourquoi le gain de temps sera quasiment nul. Ils l’ont estimé à cinq minutes, mais cela pourrait très bien diminuer jusqu’à presque rien au fil des années », dit-elle.

Plus de routes, plus de congestion

Les conclusions de la Caisse rejoignent ce que disent presque tous les experts en mobilité : plus nous ajouterons de routes, plus il y aura de monde pour les emprunter.

« C’est pareil partout dans le monde. Lorsqu’on ajoute des voies routières en zone urbaine, la congestion revient assez rapidement sur les infrastructures, explique M.moi Vandersmissen. Cela se voit également sur les pistes cyclables. Dès qu’on ajoute des sentiers, le nombre de cyclistes augmente.

Ce phénomène, appelé trafic induit, a déjà été observé au Québec, lors de l’élargissement de l’autoroute Henri-IV.



Photo Agence QMI, Guy Martel

En novembre 2023, soit seulement deux ans après l’achèvement des travaux, le nombre de voitures circulant vers le nord avait augmenté de 6 300 par jour par rapport à 2017. Les embouteillages étaient également de retour.

Plus de routes, plus de déplacements

Un troisième lien incitera également les automobilistes qui évitent actuellement d’emprunter les ponts pour échapper au trafic à changer leurs habitudes, souligne Marie-Hélène Vandersmissen.

« On peut penser aux gens qui télétravaillent, même s’ils n’aiment pas ça. Aux personnes qui évitent les heures de pointe en se levant à 5 heures du matin pour aller travailler. Aux personnes qui hésitent à passer de l’autre côté », énumère-t-elle.

Tous ces gens pourraient changer leurs habitudes et voyager plus souvent et plus longtemps en voiture.

Certains usagers des transports publics pourraient également être tentés de les abandonner.

“Les gens qui prennent le bus même s’ils habitent dans des zones moins bien desservies pourraient y voir une opportunité de voyager en voiture pour être plus à l’aise”, indique le spécialiste.

Plus de routes, plus d’étalement

La création de nouvelles liaisons routières contribue également à l’étalement urbain, en favorisant le développement de zones résidentielles et de nouvelles entreprises.

La construction du pont Pierre-Laporte, à Québec, en est un bon exemple. Après son inauguration, des familles s’installent dans de nouveaux développements résidentiels sur la Rive-Sud, notamment à Saint-Nicolas, Charny et Saint-Jean-Chrysostome.






Photo d’archive

Résultat : la congestion automobile a augmenté dans ces secteurs.

“Ce n’est pas une guerre automobile”

Même si elle s’interroge sur le bien-fondé d’ajouter un lien entre Québec et Lévis, Marie-Hélène Vandersmissen assure qu’elle n’est pas indifférente au sort des automobilistes qui rencontrent quotidiennement les embouteillages.

“C’est sûr que lorsqu’on est coincé dans le trafic, intuitivement, on imagine qu’une voie supplémentaire va régler le problème, mais on n’y arrivera jamais comme ça”, insiste-t-elle.

L’expert reconnaît également qu’il y a un manque de moyens de transport publics efficaces et confortables et que la voiture est parfois le seul moyen de se déplacer.

« La voiture est super utile, mais ce n’est peut-être pas la meilleure option pour se déplacer aux heures de pointe. Il ne s’agit pas d’une guerre contre les voitures, il s’agit simplement de trouver des alternatives et c’est au gouvernement d’y réfléchir », conclut-elle.

 
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