une étape décisive franchie

une étape décisive franchie
une étape décisive franchie

Samedi 13 avril, le Congrès des élus, réuni pour la quatrième fois en moins de deux ans, a adopté à une courte majorité la résolution finale du projet statutaire d’aménagement, relatif à la représentation des peuples indigènes dans les futures institutions du territoire. . .

Cette adoption, qui revêt une importance historique tant sur le fond que sur la forme, a été faite dans la douleur après la visite destructrice de Macron fin mars.

Une visite présidentielle pour briser l’unité politique

Difficile de savoir à l’avance ce qui a motivé la visite éclair du président français en Guyane les 25 et 26 mars. Macron ne s’était rendu qu’une seule fois sur le territoire guyanais, six mois après son élection, pour venir renoncer aux engagements de l’État dans les accords de Guyane en précisant que ce n’était pas le Père Noël, avec tout le mépris qui le caractérise.

Fin février 2024, après l’annonce par Darmanin d’un accord trouvé pour l’évolution statutaire de la Corse, le président de la collectivité territoriale de Guyane (CTG), Gabriel Serville, a dénoncé les doubles standards. Des mesures étatiques qui d’une part bloquent le processus d’évolution statutaire engagé depuis 2017 et d’autre part accèdent à la demande des Corses. Serville a alors menacé de ne pas assister à la visite présidentielle si le président ne débloque pas les changements statutaires réclamés unanimement par les élus guyanais.

Profitant de ce manquement, les deux députés guyanais (Jean-Victor Castor et Davy Rimane) ont exigé que le président français vienne répondre aux questions relatives aux évolutions statutaires devant le Congrès des élus guyanais et non lors d’un repas informel, comme cela avait été le cas. annoncé. Les atermoiements de Serville et d’autres élus à rester sur la position des députés ont permis l’émergence d’une crise politique majeure avec l’État français.

Malheureusement, le constat était tout autre. Serville s’est empressé de s’incliner devant Macron, l’accueillant dès sa descente d’avion. Seuls les deux députés ont refusé de participer à la mascarade présidentielle. Pire, les élus ont accédé aux demandes de Macron, faites lors du repas informel du 25 mars, de refuser le consensus sur les évolutions statutaires et de formuler des propositions dans le cadre de l’article 73 de la Constitution dont dépend actuellement la Guyane. Un déni majeur qui aurait pu mettre fin à la parenthèse décoloniale ouverte en 2017. Finalement, Macron est allé se pavaner à Belém en compagnie de Lula et du leader indigène Roani, accompagné entre autres de Serville et du président de l’association des maires de En Guyane, Michel-Ange Jérémie qui semblait jusque-là plutôt proche des positions du MDES.

Cette visite éclair aura donc fait l’effet d’un cyclone brisant l’unité du champ politique guyanais si difficile à réaliser depuis 2017.

Un quatrième congrès des élus pour parachever le projet d’aménagement statutaire

Depuis 2020, le Congrès des élus de Guyane a enregistré à l’unanimité une demande d’évolution statutaire vers un statut sui generis comme Kanaky. Depuis 2022, le congrès réunissant l’ensemble des maires, conseillers territoriaux et parlementaires s’est réuni à trois reprises pour finaliser le projet statutaire d’aménagement qui devrait être soumis à la population. Restait un dernier point épineux à résoudre, celui de la représentation des peuples autochtones au sein des futures institutions. C’était l’objet de ce quatrième congrès prévu le 13 avril 2024.

Suite à la visite présidentielle, le président de l’Association des Maires a tenté en vain de dynamiter ce congrès, rappelant les engagements pris envers Macron qui, selon lui, devraient rendre inutile la poursuite des travaux d’aménagements statutaires ! De leur côté, les députés ont habilement convoqué les élus à une réunion de travail en amont du congrès afin de recoller les morceaux et d’obtenir une majorité au congrès.

C’est dans ce contexte que s’est ouvert ce quatrième congrès, avec des élus guyanais plus divisés que jamais, pour aborder le sujet non consensuel de la représentativité autochtone.

Une institution décisionnelle et représentative autonome des peuples autochtones

C’est devant les représentants coutumiers des six « nations » autochtones que Christophe Pierre, leader de la Jeunesse Autochtone, a présenté le projet issu d’un consensus des communautés amérindiennes marquant « une forme de réparation liée aux violences historiques ». Le projet d’une Assemblée des Hautes autorités amérindiennes de Guyane, en tant qu’organe indépendant ayant la possibilité d’émettre des avis concordants sur les lois Peyi, a fait l’objet de longs débats et d’attaques de toutes sortes de la part de l’opposition. Après cinq heures de tensions, d’invectives, mais aussi de positions courageuses, notamment de la part du député Jean-Victor Castor, le projet a été adopté à une courte majorité de 30 voix pour, 27 contre et 5 abstentions.

Ce vote a été accueilli par les applaudissements des représentants indigènes. Pour Christophe Pierre, « Aujourd’hui est un jour historique, les masques sont tombés. Nous avons vu qui ne voulait pas reconnaître notre existence, ne voulait pas reconnaître nos terres, ne voulait pas nous donner la voix que nous méritons d’avoir. Mais nous avons aussi vu qui nous soutenait. ».

L’adoption de cette résolution est importante dans le processus d’élaboration statutaire. D’une part, cela permet enfin aux communautés autochtones de se reconnaître dans ce processus et d’y adhérer. Il s’agit d’un changement de direction radical, alors que l’État colonial cherchait absolument à monter les différentes communautés guyanaises les unes contre les autres sur ce projet. D’autre part, cette adoption s’inscrit dans un processus de réconciliation entre les différentes populations guyanaises, condition essentielle pour permettre au peuple guyanais, uni dans sa diversité, d’avancer vers l’autodétermination.

Macron vaincu, mais son intervention laisse des traces

Dans les jours qui ont suivi l’adoption de cette résolution, nous avons assisté à de nombreuses réactions, souvent hostiles.

Il y a d’abord eu l’opposition du CTG, menée par Rodolphe Alexandre qui a remis en cause le résultat du scrutin. Après un recomptage des votes et des procurations présentés par Gabriel Serville lors d’une conférence de presse, le résultat final a été porté à 33 voix pour, 31 contre et 7 abstentions (deux procurations de l’opposition étaient manifestement fausses et le seul représentant indigène de l’opposition s’est exprimé). favorablement à la résolution, permettant son adoption).

On a alors vu le président de l’Association des Maires contester le vote et déplorer le traitement différentiel des indigènes et des noirs bruns (qui font actuellement partie du Grand Conseil Coutumier et qui se retrouveront à la tête d’un organe consultatif selon une résolution précédent congrès des élus). Michel-Ange Jérémie est allé jusqu’à demander l’annulation du Congrès et la remise au vote de la résolution indigène.

On a vu aussi des réactions d’intellectuels comme Boris Lama remettant en cause la notion d’autochtonie, des représentants noirs bruns s’émouvant de ne pas avoir les mêmes prérogatives que les autochtones dans le projet d’aménagement statutaire, ou encore l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira qui parle sans détour de le vote des élus en faveur de “l’abolition du suffrage universel” !

Or, la résolution adoptée par le Congrès des élus est parfaitement compatible avec les recommandations de l’ONU en la matière. Rappelons d’abord que selon l’ONU « Les peuples autochtones partagent une continuité historique avec un territoire donné avant la colonisation et entretiennent un lien fort avec leurs terres. Ils maintiennent, au moins en partie, des systèmes sociaux, économiques et politiques distincts. Ils ont des langues, des cultures, des croyances et des systèmes de connaissances distincts. Ils sont déterminés à maintenir et à développer leur identité et leurs institutions distinctes et constituent un secteur non dominant de la société. Ainsi, contrairement à ce qu’affirme Boris Lama, en Guyane, seuls ceux qu’on appelle « Amérindiens » peuvent se réclamer d’autochtones. Rappelons alors que loin d’être aberrante, la résolution adoptée par le Congrès des élus ne fait que reprendre les recommandations de l’ONU dans la déclaration des droits des peuples autochtones qui prône une “consultation” populations indigènes « à travers leurs institutions représentatives »ayant pour but « obtenir le consentement avant d’adopter et d’appliquer des mesures législatives ou administratives susceptibles de les concerner » . Ainsi, l’ONU parle d’un avis contraignant et non d’un avis consultatif. Il n’y a donc pas « abolition du suffrage universel »mais la simple application du droit international que l’État français refuse de mettre en œuvre à ce jour. Concernant les revendications des Marrons noirs qui partagent les mêmes critères que les peuples indigènes, outre celles présentes avant la colonisation européenne, une réflexion pourrait être menée après l’adoption de la résolution indigène, afin que leur future institution représentative soit également dotée de avis contraignants pour les projets qui les concernent directement.

La finalisation du projet d’aménagement statutaire constitue une étape décisive dans le processus entamé en 2017. Ce projet pourra être soumis au gouvernement français afin qu’il appelle les Guyanais à un référendum. La finalisation de ce projet marque aussi l’échec de la stratégie de Macron qui voulait bloquer le processus de l’intérieur. Mais il est évident que l’État dispose encore de nombreux subterfuges pour empêcher l’organisation de consultations populaires, ou pour empêcher la Guyane d’accéder à l’autonomie. Le risque de dislocation des différentes composantes du peuple guyanais reste une réalité. La facilité avec laquelle Macron a réussi à amener les élus à renier leur position est particulièrement inquiétante. Les masques sont tombés lors de cette séquence politique et les élections municipales de 2026 auront un enjeu stratégique particulier.

La Guyane au bord de l’explosion

Impossible de savoir comment les choses vont évoluer, la Guyane étant au bord de l’explosion depuis plusieurs mois. L’émergence d’un mouvement comme celui de 2017 pourrait bien contraindre l’État à accéder rapidement aux revendications des élus et de la population. Le meurtre, dans le stationnement d’un supermarché, d’un pharmacien de Saint-Laurent, le 8 avril, a mis en émoi la capitale de l’ouest de la Guyane. Plus de 1 000 personnes mobilisées (ce qui est exceptionnel) ont alors fait irruption dans la sous-préfecture de Saint-Laurent avant de l’envahir en criant. ” justice “. D’autres marches sont prévues contre les violences qui gangrènent la société guyanaise, en proie au sous-développement économique et au crime organisé autour de la drogue et de l’orpaillage illégal. Il n’est pas à exclure qu’une nouvelle poussée se produise en Guyane, alors que l’État souhaite un apaisement avant le vol inaugural prévu d’Ariane 6 (véritable Source d’intérêt pour l’État français en Guyane). fin juin.

 
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