Armée déployée, assignation à résidence, pénuries… Le point sur la situation en Nouvelle-Calédonie

Armée déployée, assignation à résidence, pénuries… Le point sur la situation en Nouvelle-Calédonie
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Après trois nuits d’émeutes violentes et meurtrières, les signes d’accalmie semblent encore fragiles en Nouvelle-Calédonie. En proie à des pillages, des incendies et des affrontements armés entre émeutiers et population ou avec la police, l’archipel français du Pacifique a été placé sous état d’urgence après la mort de quatre personnes, dont un gendarme.

Le gouvernement y a également annoncé le déploiement de l’armée pour tenter de ramener le calme dans ce territoire secoué par la révolte des indépendantistes contre une réforme électorale votée par le Parlement. La dernière nuit a été moins violente que les précédentes, mais la situation reste sous haute tension. La police va “reprendre le contrôle dans les prochaines heures”, a assuré le ministre de l’Intérieur et de l’Outre-mer Gérald Darmanin.

L’armée déployée sur place

Le président Emmanuel Macron a décidé mercredi d’instaurer l’état d’urgence sur l’archipel, réclamé par de nombreuses voix à droite et à l’extrême droite. Le dispositif est entré en vigueur sur le Caillou à 20 heures mercredi, heure de Paris (5 heures jeudi à Nouméa).

Dans ce contexte, l’armée sera déployée sur l’archipel pour contribuer à “sécuriser” les ports et l’aéroport de Nouméa, fermés jusqu’à nouvel ordre, a déclaré mercredi le Premier ministre Gabriel Attal, qui doit présider à nouveau jeudi matin une cellule interministérielle de crise à Beauvau. à 8h30 “Un avion par jour est envoyé à Nouméa grâce au ministère des Armées”, des renforts venus aider les policiers, a expliqué sur 2 jeudi matin Gérald Darmanin. Mais “il n’y aura pas d’armée dans les rues de Nouvelle-Calédonie, c’est une question de maintien de l’ordre, pas d’invasion militaire”, a-t-il insisté.

VIDÉO. Nouvelle-Calédonie : l’état d’urgence en vigueur « à partir de 20 heures »

Le haut-commissaire pour le territoire français du Pacifique, Louis Le Franc, a pour sa part « annoncé un couvre-feu et interdit TikTok », un réseau social utilisé par les émeutiers, a précisé le chef du gouvernement. Un couvre-feu était déjà en vigueur jusque-là à Nouméa et ses environs, sans contribuer à endiguer la flambée de violences.

Un gendarme tué suite à « une fusillade accidentelle »

Un gendarme a été tué ce jeudi matin en Nouvelle-Calédonie suite à une “tir accidentel”, a annoncé le ministre de l’Intérieur et de l’Outre-mer, Gérald Darmanin dans un message à l’AFP.

“Il ne s’agit pas de tirs ennemis”, a précisé une Source proche du dossier. Ce décès porte à cinq, dont deux gendarmes, le nombre de morts en Nouvelle-Calédonie depuis le début des émeutes lundi.

Le profil des victimes se précise

Cet incendie a fait trois morts civils, deux hommes âgés de 20 et 36 ans, ainsi qu’une jeune fille de 17 ans, ont détaillé jeudi les autorités. « La police a également arrêté le responsable des deux Kanaks morts, qui était clairement venu voler une voiture et (faits eux-mêmes) tirez-les à balles réelles », a expliqué Gérald Darmanin, soulignant que « ce n’est pas la police qui est responsable de ces morts ».

Un gendarme de 22 ans touché à la tête par un coup de feu a également succombé à ses blessures. Il a reçu une balle « au front », après avoir retiré son casque de protection, alors qu’il discutait avec « des vieux Kanaks venus discuter avec lui », a expliqué le ministre, qui a également déploré « de très nombreux blessés » sur l’archipel.

Une nuit « moins violente » toujours sous tension

La tension semble toutefois être redescendue d’un cran ces dernières heures : la nuit de mercredi à jeudi “a été moins violente”, a déclaré le haut-commissaire. Selon Sonia Backès, ancienne secrétaire d’État et principale figure du camp non-indépendantiste, elle a également décrit sur sa page Facebook « une nuit beaucoup plus calme un peu partout », « grâce à la mobilisation exceptionnelle des Calédoniens qui protègent leur quartier (…) et la présence beaucoup plus importante de la police » notamment.

Dans l’agglomération de Nouméa, les habitants ont commencé à organiser la protection de leurs quartiers et ont érigé des barricades de fortune, faites de palettes en bois, de canettes et autres brouettes, sur lesquelles ils ont planté des drapeaux blancs. Du côté des forces de l’ordre, “des centaines” de forces de l’ordre arriveront sur place, plaçant 1.700 policiers et gendarmes à “2.700 d’ici demain soir”, a annoncé Gérald Darmanin. “Le calme reviendra”, “même si les choses sont difficiles”, a-t-il insisté.

Pour cause, les violences se sont poursuivies malgré cette légère amélioration dans l’archipel, qui a connu une nouvelle fois « des affrontements très importants », a déploré jeudi le haut-commissaire. La métropole de Nouméa est une nouvelle fois la proie des pillages et des incendies, a-t-il ajouté. “Il y a aussi des pièges tendus aux policiers”, qui ont subi “des tirs nourris de fusils à longue portée”, a poursuivi Louis Le Franc.

Des tirs nourris ont retenti au petit matin dans la ville, notamment à Auteuil, l’un des quartiers pauvres du nord de la capitale qui est en état de désolation, après la destruction de tous ses commerces. Le bâtiment du Sénat coutumier a également été incendié. Sonia Backès a réclamé jeudi dans une lettre à Matignon la mise en place d’un “fonds exceptionnel de reconstruction” après trois nuits de “violences inouïes”, dont elle a estimé le coût à 150 millions d’euros.

Dix assignations à résidence

Depuis le début des violences lundi, “plus de 206 arrestations” ont eu lieu, a expliqué jeudi Gérald Darmanin. Il a également indiqué avoir assigné à résidence ces dernières heures dix personnes, des « chefs mafieux » de la Cellule de coordination de l’action sur le terrain (CCAT), la frange la plus radicale du Front de libération kanak (FLNKS) socialiste.

Il a décrit « un petit groupe qui se dit indépendantiste, qui commet en fait des pillages, évidemment des meurtres, des violences », et qu’« il ne faut pas les confondre avec des militants politiques ». “Nous ne reculerons pas”, a-t-il insisté, indiquant qu’il procéderait ce jeudi à “plus d’une vingtaine d’assignations à résidence supplémentaires”.

VIDÉO. Incendies et panaches de fumée à Nouméa, des émeutes secouent la Nouvelle-Calédonie

Le ministre a également annoncé des « perquisitions administratives » qui débuteront ce jeudi. “Je crois qu’aujourd’hui nous allons vers le rétablissement de la paix publique”, et la police va “reprendre le contrôle dans les prochaines heures”, a-t-il assuré.

Dans un communiqué, les dirigeants du CCAT, sans réagir à ces convocations, ont argué que « les abus commis (…) n’étaient pas nécessaires », mais étaient « l’expression des personnes invisibles de la société qui subissent de plein fouet les inégalités et sont marginalisés au quotidien. »

Protection policière offerte à tous les dirigeants politiques

Signe de la gravité de la situation, Emmanuel Macron a renoncé à un déplacement prévu jeudi sur le site EPR de Flamanville (Manche) pour pouvoir présider une « réunion de suivi ». Il a proposé aux élus calédoniens d’avoir à l’issue « un échange par visioconférence ». Il a également annoncé mercredi que les « délégations calédoniennes » seraient invitées « rapidement » à Paris, soulignant « la nécessité d’une reprise du dialogue politique ».

De son côté, Gérald Darmanin a proposé, à la demande d’Emmanuel Macron, « une protection policière de tous les dirigeants politiques, indépendantistes et non-indépendantistes », a-t-il annoncé jeudi. Quant au texte de révision constitutionnelle qui a mis le feu aux poudres, adopté par l’Assemblée nationale malgré les critiques des camps indépendantistes, il a estimé qu’il ne fallait pas le retirer, refusant que « les violences, les pillages et les meurtres fassent pression sur la démocratie ». Le ministre a également accusé l’Azerbaïdjan d’ingérence sur place.

Un « pont aérien » pour lutter contre les pénuries

En raison du manque de fournitures dans les magasins, les pénuries alimentaires ont provoqué de très longues files d’attente devant les magasins. Jeudi, les autorités ont annoncé un « pont aérien » entre la France et le territoire néo-calédonien, notamment pour « assurer la prise en compte des besoins essentiels de la population ». Le Haut-Commissaire a également évoqué la mise en place de convois sécurisés pour approvisionner les points de distribution alimentaire. La fédération des établissements accueillant des personnes âgées a également alerté sur une possible « pénurie de médicaments ».

« Il est possible que les militaires des forces françaises aident les gendarmes, notamment avec des problèmes de santé », a indiqué Gérald Darmanin. “L’État consacre énormément de ressources pour sauver des vies, protéger les infrastructures les plus importantes, l’aéroport, le port, l’électricité, l’hôpital”, a-t-il assuré.

 
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