« Je ne comprends pas pourquoi Magnette est si défaitiste alors que la droite impose son agenda » – .

« Je ne comprends pas pourquoi Magnette est si défaitiste alors que la droite impose son agenda » – .
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Pour cette troisième interview, nous nous sommes retrouvés place de la Liberté à Bruxelles, à deux pas du parlement fédéral. On y retrouve un Raoul Hedebouw très optimiste.

Pourquoi avoir choisi la Place de la Liberté ?

« C’est un endroit très populaire près du parlement que j’aime bien. Mais surtout, la Place de la Liberté est magnifique comme symbole. La liberté est le fruit de luttes sociales menées depuis des centaines d’années.

Actuellement, le PTB dispose de 12 sièges au Parlement. Combien espérez-vous obtenir après les élections ?

« Être le deuxième ou le troisième groupe nous permettrait d’avoir beaucoup plus d’influence dans la formation du gouvernement. Un PTB numériquement fort obligera les autres partis à nous intégrer dans une dynamique de formation majoritaire. Cela nous permettra alors de presser beaucoup plus de fichiers qu’aujourd’hui. Quand on voit ce qu’on a pu réaliser avec 12 députés : 1 milliard d’euros pour le fonds blouse blanche, la suppression des surpensions des députésTVA de 21 à 6% sur le gaz et l’électricité… On voit que la pression de nos députés en symbiose avec le mouvement populaire permet de réaliser beaucoup de choses.»

L’objectif du PTB est-il de réussir à imposer ses thématiques dans la formation du gouvernement ?

“Oui. Il est important qu’un parti de gauche réussisse à imposer son propre agenda sur la table des négociations. C’est sur cette stratégie que se voient nos différences avec le PS. Je ne comprends pas pourquoi Paul Magnette a abandonné le combat pour rendre sa pension à 65 ans. La loi de 96 qui bloque les salaires, même chose. Je ne comprends pas pourquoi Magnette est si défaitiste alors que la droite impose son agenda. Georges-Louis Bouchez ne va pas ralentir. La gauche doit venir avec ses points de rupture. Cela fait partie de l’hégémonie de gauche [qui indique que la conquête du pouvoir s’obtient par la victoire des idées au sein de l’opinion publique, NdlR], comme le disait Antonio Gramsci. Il faut imposer ses thèmes.

Le PS est-il en train de se pTBiser ? « Socialistes et communistes ont des revendications similaires, voire identiques »

Hégémonie de gauche ?

» Les salaires, la fiscalité, la taxe des millionnaires… L’un des mérites du PTB est d’avoir réussi à imposer ces sujets de discussion. Chacun doit aujourd’hui prendre position sur le sujet et c’est un enjeu politique majeur. La droite a aussi sa stratégie. Elle impose également son programme de droite.»

De quels leviers disposez-vous pour imposer ces thématiques dans la formation du gouvernement ?

« Il y a deux méthodes. La première consiste à être numériquement fort au Parlement pour pouvoir être un parti qui entre dans la majorité. De ce côté-ci, je m’adresse aux partis de gauche, plutôt PS et Ecolo, pour discuter ensemble de ce que nous pourrions faire pour imposer nos points de vue de gauche. Le deuxième axe est l’équilibre des pouvoirs extraparlementaire à travers la lutte sociale et la mobilisation populaire. Pensez à la réduction de la TVA à 6% sur le gaz et l’électricité. Lorsque le PTB a lancé cette revendication, il y a 8 ou 9 ans, nous étions seuls. Ecolo était contre, soi-disant parce que les gens gaspilleraient de l’énergie en ouvrant leurs fenêtres en hiver. Paul Magnette s’y était opposé sous prétexte que la mesure bénéficierait aux riches. Le PTB a poursuivi sa mobilisation. Nous sommes allés récolter 300 000 signatures, nous avons mené plusieurs actions de presse et une véritable campagne de mobilisation populaire et finalement, nous avons pu obliger Vivaldi, malgré le désaccord formel des partis de gouvernement. Cela montre que la mobilisation extraparlementaire, soutenue par les organisations syndicales et civiles (Test-Achats), permet de gagner des batailles.»

Cette année, le PTB compte 206 syndicalistes sur ses listes. Est-ce ce relais syndical qui articule la mobilisation extraparlementaire ?

« Il y a d’abord les mobilisations des partis. Les 300 000 signatures sont avant tout une pétition du PTB. Il y a forcément notre soutien aux luttes syndicales, ce n’est pas à nous de leur dire ce qu’ils doivent faire. C’est l’indépendance syndicale et c’est très bien. Mais force est de constater que de nombreux syndicalistes ont de la sympathie pour le PTB. Ils se rendent compte que le parti qui est à leurs côtés est le PTB.»

Ont-ils l’impression d’être oubliés par le PS ?

« Il faut leur demander. Mais ceux qui figurent sur nos listes ne comprennent pas ce qui s’est passé avec l’augmentation des salaires, l’un des dossiers majeurs du législatif. Dans beaucoup de secteurs ou d’entreprises, nous avons réalisé beaucoup de profits. 21 milliards de bénéfices chez TotalEnergies [à l’échelle internationale, NdlR]. Vous devrez m’expliquer pourquoi les travailleurs de Total n’ont pas pu demander une augmentation de salaire et quel était l’obstacle. Mobilisations syndicales pour obtenir des augmentations, c’est l’arrêté royal signé par Pierre-Yves Dermagne, ministre PS qui a bloqué les salaires à 0,0%. De nombreux syndicalistes se rendent compte que ce sont les « ministres de gauche » qui imposent des politiques de droite. Ceux qui votent pour le PTB le disent : ils veulent que leur vote de gauche conduise à une politique de gauche. Le “sans nous, ce serait pire” du PS ne suffit plus aux gens.»

Raoul Hedebouw espère que le PTB saura imposer ses thèmes lors de la rédaction de l’accord de gouvernement. ©cameriere ennio

Quels sont vos contacts avec le PS et Écolo ? Sont-ils disposés à travailler avec le PTB ?

« Je ne vous cacherai pas que les réponses à mes mains tendues n’ont pas été nombreuses, voire quasi inexistantes. Le PS n’y pense plus un olivier [PS, Les Engagés, Écolo, NdlR] du côté wallon, voire un accord avec la N-VA au niveau national. Lorsque je tends la main, la réponse de Magnette est de nous traiter d’idiots. J’ai déjà vu plus constructif. Depuis la semaine dernière, Magnette a clairement montré qu’il n’était pas d’accord avec nos points de rupture.

Mais est-ce que ce retour de la pension à 65 ans finançable ?

“Bien sûr. C’est une des destinations de notre taxe des millionnaires qui devrait rapporter 7 à 8 milliards d’euros. D’autres propositions sont sur la table. Mais il serait temps aussi d’arrêter de réduire les cotisations sociales car ce sont les salaires différés des travailleurs que Charles Michel n’a cessé de réduire avec son tax shift. On parle toujours des dépenses de la Sécurité sociale, j’aimerais qu’on parle des recettes de la Sécurité sociale.

Augmenter les cotisations sociales… Le PTB veut donc taxer davantage les travailleurs et les indépendants ?

« Dans les grands secteurs et les grandes entreprises, les cotisations patronales devraient être maintenues. Ce que les libéraux appellent les charges salariales. Les réductions de cotisations sociales ont été accordées à hauteur de milliards par les libéraux.»

Qu’en est-il des propriétaires de petites entreprises ?

« Nous pouvons aider directement les PME avec des subventions. Il faudra prendre des mesures ciblées pour aider les petits entrepreneurs, ce que les libéraux ne font pas aujourd’hui. Les libéraux aident les multinationales. Je ne comprends pas qu’en Belgique une PME doive payer 20 à 25% d’impôt sur les sociétés alors que le grand débat au Parlement belge est d’imposer un impôt minimum de 15% aux multinationales.»

Ces changements fiscaux pourraient-ils financer les retraites ?

« Aujourd’hui, nous consacrons 10,3 % de notre PIB aux retraites alors que l’Autriche ou la France en consacrent déjà 14 à 15 %. Lorsque nous atteindrons le pic du vieillissement de la population en Belgique, les estimations prévoient que le financement des retraites atteindra 15% du PIB, ce que fait déjà la France aujourd’hui. Il faut arrêter de dramatiser la situation et de faire payer les retraités. L’une des conséquences de la pension à 67 ans est l’augmentation en quelques années de 400.000 à 500.000 malades de longue durée en Belgique. C’est un lien que la Banque nationale elle-même établit.»

La question de la perte de sens au travail touche également ces chiffres.

“Assez. On parle ici de productivité excessive. Le burn-out, première cause de l’augmentation des maladies de longue durée, touche de nombreuses personnes passionnées par leur travail. Mais la perte d’autonomie et d’objectifs devient si dominante qu’ils n’ont plus de sens au travail.

Le monde politique peut-il répondre à cette difficulté ?

« Sur la question des carrières, c’est clair. C’est pour cela qu’il y a ce combat pour le retour de la pension à 65 ans et les départs anticipés à 60 ans après 40 ans de carrière. Quant à ce qui concerne la question plus globale du sens dans l’entreprise, il s’agit d’une lutte de classes au sein même des entreprises. C’est une lutte syndicale au sein des comités d’entreprise.»

Le burn-out ne touche pas uniquement les personnes en fin de carrière. Les 30-50 ans sont également concernés. Le monde politique a-t-il une réponse à cette part ?

» Le PS a permis l’instauration de la journée de 10 heures et d’une flexibilité excessive. Le MR a appelé à la généralisation des flexi-jobs. Nous constatons que l’économie de 24 heures épuise les ressources humaines. Je ne suis pas pour cette flexibilité.

Comment se passe votre relation avec Écolo ?

« Écolo est beaucoup moins agressif envers le PTB, mais il a du mal à se positionner. Sont-ils de gauche ou de droite ? Quand j’entends Écolo vouloir introduire une taxe carbone… C’est une des mesures qui ont donné naissance aux gilets jaunes. Je ne suis pas d’accord avec leur vision d’une écologie punitive.

À l’heure où le gouvernement fédéral fait le point, quelle note donnez-vous à Vivaldi ?

» Socialement, 4/10. Les salariés ont perdu 3 000 euros de salaire brut réel au cours d’une législature parce que l’indexation ne compense pas toutes les augmentations du prix de la vie. L’essence et le diesel ne sont pas dans l’index. C’est un gouvernement qui a trop accepté les diktats de la droite.»

De bonnes choses ont-elles été faites ?

“Le fait que le gouvernement soit égalitaire était un pas en avant.”

La participation du PTB au pouvoir aujourd’hui ne dépend-elle vraiment que de points de rupture ?

“Oui. L’idée que les ministres du PTB bloquent les salaires des travailleurs me semblerait inconcevable. Mais après, nous ne pourrons pas réaliser l’intégralité de notre programme. Il faut savoir faire des compromis.

Quel est le moral des troupes ?

« Nous sommes dans une phase ascendante. Nous sommes sur le terrain toute l’année et nous maximisons pleinement ce que nous faisons au quotidien. Pendant longtemps, les gens ont cru que le PTB n’était qu’un feu de paille et aujourd’hui ils se rendent compte que ce n’est pas le cas. Nous sommes en train d’étendre notre présence dans des zones où nous étions moins présents, comme Tournai, Verviers ou le Brabant wallon. A Tubize et Wavre, nous avons des sections qui grandissent.»

Le positionnement du PTB sur le conflit israélo-palestinien Est-ce que cela vous a aidé à gagner en popularité ?

“Il est clair. Ce double standard au niveau géostratégique que je dénonce depuis le début est aujourd’hui incarné par les sanctions : 13 paquets de sanctions contre la Russie et zéro sanctions contre Israël alors qu’un génocide est en cours. Dès le début du conflit, j’ai pointé du doigt l’hypocrisie de l’Occident. Cette séquence politique ouvre les yeux à beaucoup de gens qui disent que le PTB a raison. Les partis traditionnels ne se soucient pas du tout des droits de l’homme, ils mènent des guerres pour l’argent. Au-delà du conflit, il existe une vision un peu plus large de l’ensemble de la vision internationale du PTB. De ce côté-ci, nous sommes cohérents avec notre appel à la désescalade. Ce qui se passe à Rafah est un génocide et l’Occident en est complice. Nous allons même jusqu’à inviter Israël à l’Eurovision. Nous excluons les Russes, mais pas Israël ?

Selon vous, quelle est la base électorale du PTB ? Est-ce encore une base ouvrière ?

« Notre électorat est de plus en plus diversifié. La montée du PTB s’observe dans le Brabant wallon… »

Chez les bourgeois ?

« Parmi la grande bourgeoisie, je ne me fais pas trop d’illusions, le succès du PTB sera limité. Mais parmi les couches instruites, de plus en plus de personnes ont une vision critique de la direction que prend le monde. J’ai de plus en plus de retours des universités. Ce n’est pas un hasard s’il y a aujourd’hui ces mobilisations dans les universités. On peut très bien avoir un haut diplôme et être de gauche. J’ai toujours dit que le problème était l’exploitation des gens. Karl Marx est issu d’une famille aisée. Je ne crois pas qu’il y ait de déterminisme dans cette affaire. Il y a une diversification de la couche sociale du PTB qui est en jeu et qui s’explique géographiquement par une extension du PTB en dehors des bastions industriels.»

 
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