Donald Sutherland, géant du cinéma, est décédé

Donald Sutherland, géant du cinéma, est décédé
Donald Sutherland, géant du cinéma, est décédé

L’expression est galvaudée, mais avec la mort de Donald Sutherland, c’est bel et bien un monument du cinéma qui disparaît. L’acteur canadien, décédé jeudi à l’âge vénérable de 88 ans, s’est peut-être spécialisé dans les seconds rôles au cours des dernières décennies, mais sa contribution exceptionnelle au septième art au cours des années 1970 et 1980 garantit à elle seule son statut. d’immortel. PURÉEpar Robert Altman, Klutepar Alan J. Pakula, Ne regarde pas maintenantpar Nicolas Roeg, Le jour de la sauterellepar John Schlesinger, 1900de Bernardo Bertolucci, Le Casanova de Fellinide Federico Fellini, Invasion des voleurs de corpspar Philippe Kaufman, Des gens ordinairesde Robert Redford… Sa filmographie est aussi variée que remarquable.

Né en 1935 à Saint John, au Nouveau-Brunswick, Donald Sutherland a grandi sur la ferme familiale. À 12 ans, il suit ses parents à Bridgewater, en Nouvelle-Écosse, où il travaille comme journaliste à la radio locale dès l’âge de 14 ans.

À l’Université Victoria de Toronto, il a obtenu des diplômes en ingénierie et en art dramatique. La deuxième discipline prévaudra.

En 1957, il s’exile pour étudier à la London Academy of Music and Drama. En 1967, il se fait remarquer aux côtés de grands noms comme Lee Marvin et Charles Bronson dans le drame de guerre La sale douzaine, de Robert Aldrich. Le voilà lancé.

S’il est un constat qui ressort des choix de Donald Sutherland, c’est son goût pour le risque, voire l’excentricité. En témoignent la plupart de ses succès dans les années 1970, où il incarnait avec bonheur des personnages marginaux, même lorsqu’ils semblaient mener une vie ordonnée.

On pense à son comptable refoulé (nommé Homer Simpson !) dans la sombre satire hollywoodienne Le jour de la sauterellequi commet un acte innommable avant d’être englouti par une foule déchaînée… Son inspecteur sanitaire qui tente de préserver son identité face aux envahisseurs extraterrestres deInvasion des voleurs de corps est également représentatif de cette tendance, tout comme son propre policier de banlieue reconverti en détective privé dans un New York sordide en Klute.

«J’ai adoré mon partenaire de jeu, Donald Sutherland. Je lui ai trouvé un côté chiot et ses yeux bleu pâle tombants étaient particulièrement attirants. Il avait aussi quelque chose d’un gentleman du Vieux Monde », dit Jane Fonda dans son autobiographie.

D’ailleurs, avec ce dernier, Donald Sutherland milite contre la guerre du Vietnam, notamment à travers le documentaire de Francine Parker ALE (Pour libérer l’armée). Sa participation au drame antimilitariste de Dalton Trumbo Johnny a son arme n’est pas étranger à ces convictions.

Quelles convictions auraient pu lui faire perdre des rôles, alors qu’il commençait tout juste à être une tête d’affiche.

La consécration

À cet égard, le changement de paradigme intervenu dans le cinéma américain au tournant des années 1970, lorsque l’âge d’or a cédé la place au nouvel Hollywood, avec ses jeunes cinéastes iconoclastes et pour la première fois formés aux études cinématographiques à l’université, s’opère dans faveur de Donald Sutherland.

En ce sens que désormais, les films américains que verra le grand public ne mettent plus en scène des hommes élégants modelés par les studios, mais plutôt de jeunes acteurs aux visages uniques, comme Jack Nicholson, Gene Hackman, Al Pacino, Robert De Niro et, oui, Donald Sutherland.

C’est sûr Ne regarde pas maintenant, où lui et Julie Christie forment un couple endeuillé errant dans une Venise sombre, qui l’établit en 1973 comme acteur principal. Si le film de Nicolas Roeg, innovant dans certaines de ses techniques narratives et de montage, n’a rien perdu de sa charge hypnotique, c’est en grande partie grâce aux compositions hantées des deux stars.

C’est en tout cas ce nouveau statut qui fait que le producteur Alberto Grimaldi impose Donald Sutherland à Federico Fellini pour son Casanovaen 1976, lorsque le maestro destinait le rôle à son acteur préféré, Marcello Mastroianni — un choix plus évident.

Pourtant, avec son crâne en partie rasé et la singularité de ses traits exacerbés par les prothèses, Sutherland compose un Casanova inoubliable, affranchi des clichés, tour à tour pathétique et touchant, profondément mélancolique (au diapason de la musique de Nino Rota).

Bref, par sa simple présence, l’acteur transforme le séducteur populaire en un autre de ces outsiders dont il possède le secret.

Ce qui est aussi, au fond, son père en deuil d’un fils en Des gens ordinaires, en 1980. En effet, cet homme « ordinaire » doit finalement prendre ses distances avec sa compagne lorsqu’il comprend que cette dernière ne pardonnera jamais à son autre fils d’avoir survécu à son aîné préféré. Finalement, il rejoint ledit fils mal-aimé aux abords de la sacro-sainte cellule familiale.

Finalement, sa participation à Bethune : La naissance d’un hérosde Phillip Borsos, dans le rôle du célèbre – et anticonformiste – chirurgien canadien parti en Chine, cela va de soi…

Pas de petits rôles

À partir du milieu des années 1980, et pour le reste de sa longue carrière, Donald Sutherland s’est spécialisé dans les seconds rôles, qu’il a eu la chance de rendre mémorables.

Globalement, nous garderons en mémoire son curé sérieux mais attentionné. Le ciel nous aidepar Michael Dinner, par son directeur de prison qui fait saliver Sylvester Stallone Enfermerpar John Flynn, de son mystérieux M. JFKpar Oliver Stone, par son pyromane à Backdraftpar Ron Howard, son mentor tueur de vampires dans Buffy contre les vampirespar Fran Rubel Kuzui, par son marchand d’art bourgeois de Six DEGRES DE SÉPARATIONde Fred Schepisi, de son chef d’entreprise manipulateur dans Divulgationpar Barry Levinson, de son astronaute à la retraite en Cowboys de l’espacepar Clint Eastwood, de son patriarche fier du bel esprit de sa fille en Orgueil et préjugéspar Joe Wright, et bien sûr par son impitoyable président Coriolanus Snow dans la saga Jeux de la faim.

En parlant de ça, Donald Sutherland n’était pas intimidé par des personnages antipathiques. Dans son hommage à son père dans X, l’acteur Kiefer Sutherland le mentionne : « Je crois, personnellement, qu’il est l’un des acteurs les plus importants de l’histoire du cinéma. Jamais intimidé par un rôle, bon, mauvais ou laid. Il aimait ce qu’il faisait et faisait ce qu’il aimait, et on ne pouvait guère demander mieux. »

L’exemple de Donald Sutherland semble en tout cas avoir inspiré sa progéniture : ses fils Kiefer et Rossif Sutherland sont acteurs, son fils Angus Sutherland est producteur, et sa petite-fille Sarah Sutherland est actrice. Depuis 1972, il était marié à l’actrice québécoise Francine Racette.

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