retour sur l’effondrement économique du Liban

retour sur l’effondrement économique du Liban
retour sur l’effondrement économique du Liban
Image tirée du documentaire « Le braquage du siècle au Liban », de Sylvain Lepetit et Miyuki Droz Aramaki. TRAVAIL CERVEAU

ARTE – MARDI 18 JUIN À 20H55 – DOCUMENTAIRE

Avec ses politiciens corrompus et ses banquiers véreux, l’effondrement économique et financier du Liban, qui a débuté en 2019, recèle un complot qui pourrait inspirer un film de gangsters, si ce n’était une telle tragédie pour les Libanais. Du Casino du Liban à la Banque centrale, des villages pauvres du Akkar aux immeubles détruits lors de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, les dirigeants de Le braquage du siècle au Liban démêler les fils de cette intrigue.

Remontant l’histoire, de l’indépendance du pays en 1943 aux événements dont ils ont été témoins en tant que journalistes basés au Liban depuis 2017, ils livrent un documentaire qui se veut exhaustif, sans oublier d’être pédagogique.

Les acteurs de ce hold-up, l’oligarchie politico-financière qui a vidé les caisses du pays du Cèdre, se retrouvent confrontés à leurs victimes, des Libanais à qui l’Etat n’a plus rien à offrir, pas même l’électricité ni un salaire décent. Observateurs consternés d’une impasse qui dure depuis cinq ans, journalistes et lanceurs d’alerte, avocats et anciens ministres décryptent cette descente aux enfers.

Un enrichissement illimité

Tout a commencé bien avant la guerre civile (1975-1990), qui a porté les chefs de guerre au pouvoir. Dans un Liban opulent, cette « Suisse du Moyen-Orient » devenue paradis fiscal et proie d’un capitalisme sauvage, la guerre civile a exacerbé le confessionnalisme, qui met à mal l’État déjà faible. Bénéficiant d’une loi d’amnistie, les chefs de milices sont devenus des hommes politiques et des dirigeants communautaires, zaïms. Six familles politiques se partagent le pouvoir depuis trente ans avec pour seul objectif de préserver leurs intérêts.

« Au Liban, le pays appartient à une mafia », résume le journaliste Riad Kobeïssi, auteur de nombreuses révélations restées sans réponse sur des affaires de corruption. Champions de l’évasion fiscale, les hommes politiques libanais entretiennent des liaisons incestueuses avec les banques. Beyrouth d’après-guerre, dirigée par le Premier ministre Rafic Hariri, milliardaire sunnite qui a fait fortune dans la construction en Arabie Saoudite, et le gouverneur de la Banque centrale du Liban, Riad Salamé, son ancien gestionnaire de fortune, devient le théâtre des excès, des enrichissement illimité.

« Un mécanisme a été mis en place qui consistait, comme le disait Hariri lui-même, à acheter la paix civile avec la dette », explique l’ancien ministre Charbel Nahas. Chacun a sa part du gâteau. Le Liban entre dans une spirale de surendettement, sans investir dans les secteurs productifs et les infrastructures.

Schéma de Ponzi

Le président Jacques Chirac tente de sortir son ami Hariri de ce faux pas en organisant à Paris des conférences internationales qui rapportent des milliards de dollars au Liban, mais les responsables libanais ne mettent pas en œuvre les réformes espérées. Avec la guerre civile en Syrie, à partir de 2011, et le départ des capitaux du Golfe, le pays sombre.

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Aujourd’hui mis en examen en Europe pour détournement de fonds publics et blanchiment d’argent, Riad Salamé est accusé d’avoir monté une pyramide de Ponzi à l’échelle de l’État, en attirant des capitaux libanais de la diaspora. Son ingénierie financière n’a fait que retarder l’effondrement de l’État qui, en 2019, a un trou de près de 70 milliards d’euros à combler. L’imposition d’une taxe sur la messagerie WhatsApp pousse la jeunesse libanaise dans la rue en octobre 2019. L’oligarchie politico-financière hésite, mais tient bon face aux « dégel » (” révolution “).

Lire le rapport (2019) : Article réservé à nos abonnés Au Liban, la jeune génération manifeste pour crier sa détresse

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Quatre millions de Libanais découvrent, stupéfaits, que les banques leur ont bloqué l’accès à leur épargne – qui ne va bientôt plus rien valoir avec la dévaluation de la monnaie nationale et l’hyperinflation. Ceux qui ont de l’argent surmontent la crise, les autres tombent dans la pauvreté. Comme Sally Hafez, une décoratrice d’intérieur, qui a braqué sa propre banque, avec un faux pistolet, pour récupérer l’argent nécessaire au traitement de sa sœur, atteinte d’une tumeur au cerveau.

Accrochés au pouvoir, les dirigeants libanais refusent toujours de procéder à des réformes. Avec l’aide d’une justice aux ordres, ils ont même réussi à échapper à leurs responsabilités dans l’explosion du port de Beyrouth. Aux 220 victimes de cette négligence criminelle s’ajoutent celles du quotidien. « Quand vous infligez à une population ce que vous lui avez infligé, économiquement et financièrement, vous la tuez à petit feu »déplore l’ancienne ministre de la Justice (2020-2021) Marie-Claude Najm.

Le braquage du siècle au Liban, de Miyuki Droz Aramaki, Sylvain Lepetit et Sébastien Séga (Fr., 2024, 94 min). Sur Arte.tv. Jusqu’au 7 juillet.

Hélène Salon (Beyrouth, correspondant)

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