François Legault et Justin Trudeau

François Legault et Justin Trudeau
François Legault et Justin Trudeau

Si l’on s’en tient aux déclarations officielles, un univers sépare Québec et Ottawa au sujet de l’immigration. D’un côté, François Legault affiche la fermeture. De l’autre, Justin Trudeau ouvre grand les bras.

Mais en décortiquant les positions, un portrait plus nuancé se dessine. Ces derniers mois, Ottawa a été rattrapée par la réalité.

Il n’y a pas si longtemps, M. Trudeau s’en tenait à son discours moral habituel. Pour lui, la notion de « capacité de charge » était suspecte. Toute limitation de l’immigration flirtait avec l’intolérance. Mais il ne peut plus nier les faits. L’augmentation rapide et significative de l’immigration accentue la crise du logement. Le nombre de résidents non permanents aggrave également la pénurie d’enseignants et de soins de santé.

Autre fait incontestable : le Québec fait plus que sa part d’efforts. Il accueille plus d’un tiers des demandeurs d’asile du pays, ce qui dépasse son poids démographique.

Ces derniers mois, le gouvernement fédéral a donc revu sa position.

Il reconnaît que la capacité d’accueil n’est pas illimitée.

Il ne conteste pas la pression sur les services publics.

Il est d’accord pour exiger que les travailleurs temporaires connaissent le français.

Et enfin, il accepte de mieux répartir géographiquement les demandeurs d’asile dans le pays, volontairement bien sûr. Il a créé un comité avec les provinces qui présentera ses recommandations d’ici l’automne.

M. Trudeau a peu changé dans son discours. Mais dans ses actions, il se rapproche peu à peu des revendications du Québec.

Dans le cas de M. Legault, c’est le contraire.

Pour faire pression sur le gouvernement fédéral, il hausse le ton, au risque de commettre des excès. Par exemple, il affirme que « 100 % » de la crise du logement vient des immigrés, mais qu’elle résulte également de la hausse des taux d’intérêt, de la bureaucratie et du désinvestissement dans le logement social.

Mais M. Legault est moins ferme sur le fond que sur la forme.

Cela est particulièrement vrai pour le nombre d’immigrés. Pour les candidats permanents, après une baisse en 2018, il a rétabli le volume au niveau habituel. Pour les intérimaires, ils sont passés de 160 000 à 560 000 depuis son arrivée au pouvoir. Et ce n’est pas entièrement à cause du gouvernement fédéral – le Québec gère au moins le tiers de ces candidats.

En principe, le gouvernement caquiste veut réduire le nombre d’immigrants temporaires. Mais il préfère ne pas le faire lui-même.

Il existe deux grandes catégories de programmes.

Québec contrôle celui des travailleurs à permis fermé. Ces personnes viennent à l’invitation d’un employeur d’un secteur en pénurie de main-d’œuvre.

L’autre programme, celui de la mobilité internationale (PMI), est géré par le gouvernement fédéral. Il s’agit d’un fourre-tout qui inclut de nombreux groupes, y compris les travailleurs titulaires d’un permis ouvert qui peuvent changer d’employeur sans perdre leur droit de séjour.

M. Legault préférerait que le gouvernement fédéral coupe dans le PMI pour réduire l’immigration temporaire. À cela, M. Trudeau répond : si vous insistez pour réduire le nombre de résidents temporaires, montrez-nous d’abord votre plan…

Malgré ce désaccord, le chef libéral ne s’oppose plus au principe d’une réduction. Un changement qui n’est pas anodin.

Quant à la langue, M. Legault a déjà agi.

En novembre dernier, elle a annoncé que les intérimaires titulaires d’un permis fermé devront afficher un niveau de compétence orale de niveau 4, suffisant pour tenir une conversation. Cependant, cela ne sera vérifié qu’au renouvellement de leur licence. Et des exemptions sont prévues, notamment pour les travailleurs agricoles.

Québec aimerait que le gouvernement fédéral impose la même exigence pour l’autre programme de travailleurs temporaires, celui géré par le gouvernement fédéral. M. Trudeau y est désormais ouvert.

Pour les demandeurs d’asile, c’est plus compliqué.

La responsabilité incombe entièrement au gouvernement fédéral. Le Québec se cantonne au rôle de mendiant. Mais au moins ses griefs sont désormais reconnus.

Le gouvernement fédéral a rétabli les visas pour les Mexicains. Ils ont désormais besoin de ce document pour rester dans le pays. Cela a instantanément réduit leur nombre.

La majorité des demandeurs d’asile au Québec proviennent désormais de l’Inde. La ministre caquiste de l’Immigration, Christine Fréchette, réclame un resserrement de l’octroi des visas afin de réduire le nombre de demandeurs. Elle souhaiterait une réduction de 50 %.

Ceci est impossible à garantir. Le gouvernement fédéral contrôle les moyens, mais pas les résultats. Même si cela peut rendre le processus moins facile, cela doit respecter le droit international.

Toutefois, Québec et Ottawa reconnaissent que les demandes prennent trop de temps à traiter. Cela est vrai à deux niveaux. Le gouvernement fédéral met trop de temps à accorder des permis de travail aux demandeurs. Et il tarde également à examiner leur dossier pour décider s’il leur accorde le statut de réfugié, et donc la résidence permanente menant à la citoyenneté.

Pour le Québec, c’est frustrant. Parce que c’est la province qui leur verse l’aide sociale en attendant de recevoir le permis leur permettant de travailler.

Marc Miller, ministre fédéral de l’Immigration, promet de réduire les délais. Reste à savoir s’il parviendra à maîtriser sa bureaucratie. Mais au moins il reconnaît le problème.

Reste enfin le débat sur le chèque pour compenser le Québec. Ici, le désaccord est normal. Deux niveaux de gouvernement négocient dans leurs intérêts financiers.

Je ne veux pas effacer les différences évidentes entre MM. Legault et Trudeau. Leurs avis sur l’immigration sont très contrastés. Cela se remarque pour une catégorie particulière : le regroupement familial, où les conjoints, par exemple, rejoignent leur famille. Le Québec retarde les dossiers et le gouvernement fédéral tape du pied et réclame plus d’humanité.

Mais pour le reste, les premiers ministres exagèrent leur désaccord devant les caméras pour plaire à leurs électorats respectifs. L’écart est plus petit qu’ils ne le prétendent, et il continue de se réduire.

 
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