«Au cours de ce débat, Bart De Wever et Paul Magnette ne se sont mis d’accord que sur un point. C’était frappant » – .

«Au cours de ce débat, Bart De Wever et Paul Magnette ne se sont mis d’accord que sur un point. C’était frappant » – .
«Au cours de ce débat, Bart De Wever et Paul Magnette ne se sont mis d’accord que sur un point. C’était frappant » – .

Malgré le déclin de leurs partis respectifs dans les sondages, Paul Magnette (PS) et Bart De Wever (N-VA) continuent de monopoliser l’attention de nombreux observateurs politiques. Avec une question qui revient sans cesse : formeront-ils une alliance après le 9 juin ? Parviendront-ils à un accord en vue d’une réforme de l’Etat qui, selon le président des nationalistes flamands, était déjà sur la table lors de leurs négociations en 2019 ? Au vu du débat de mardi 28 mai entre les deux leaders politiques, on peut en douter. Les différences entre eux étaient flagrantes. Et ils en ont joué tout au long des discussions. Budget, climat, conflit israélo-palestinien… Sur aucun de ces points les deux hommes ne sont parvenus à s’entendre. Et sur la question du confédéralisme, la tension est même montée d’un cran. «Enfin, après une heure de débat, vous montrez vos vraies couleurs, Monsieur De Wever»a lancé le président du PS, accusant son homologue nationaliste d’avoir un plan très sombre pour notre pays. “Vous pouvez compter sur nous pour vous bloquer et vous empêcher de mettre en œuvre votre confédéralisme, qui n’est qu’un pas vers la fin de la Belgique.” Mais le bourgmestre d’Anvers reste catégorique : « Nous devons provoquer une réforme communautaire. Notre pays est à l’arrêt”.

Et puis, l’heure était aux questions très concrètes. Encore une fois, ni l’un ni l’autre n’a pris de gant. Lorsqu’on lui a demandé s’il pourrait rejoindre un gouvernement dirigé par Paul Magnette, Bart De Wever a répondu sans ambages : “Non”. Et le socialiste a fermé la porte avec la même vigueur à un exécutif au sein duquel on parlerait du confédéralisme prôné par la N-VA.

Alors, cette fois, peut-on dire que c’est fait ? Paul Magnette et Bart De Wever excluent-ils définitivement une accession au pouvoir ensemble ? La journaliste et éditorialiste de Het Laatste Nieuws, Isolde Van den Eynde, analyse ce débat mouvementé et son impact potentiel sur la future formation du gouvernement.

Qu’est-ce qui vous a marqué dans ce duel entre Bart De Wever et Paul Magnette ?

C’était un duel très intéressant car nous parlions du contenu. On a vraiment vu deux visions différentes sur plusieurs sujets qui animent notre société, comme la migration et le pouvoir d’achat. Mais une chose frappe : il y a très peu de convergence entre les deux hommes. Sauf sur l’aide à l’Ukraine. C’est le seul point sur lequel ils étaient d’accord. Ils font les mêmes analyses, mais ils proposent d’autres solutions conformes à leur propre idéologie. D’une manière générale, nous avons senti que De Wever et Magnette voulaient souligner leurs points de vue et montrer la menace que représente l’autre.

Imaginez-vous malgré tout ces deux hommes unir leurs forces au vu des grandes différences qu’ils affichaient encore ce mardi ?

Le 9 juin n’est pas le 10 juin, ce sont deux réalités différentes. Je pense que cela pourrait être une bonne chose pour le pays de voir le PS et la N-VA négocier. Ce sont deux partis très professionnels. Lorsque la N-VA a négocié la réforme de l’État avec le PS, il y a une dizaine d’années, le PS a surpris les nationalistes en arrivant avec un tas de dossiers. De Wever raconte souvent cette anecdote. La N-VA s’est également inspirée du PS et de son institut d’études Emile Van der Velde pour développer la sienne. Compte tenu des défis géopolitiques et socio-économiques auxquels nous sommes confrontés, il serait bon de voir deux de ces partis professionnels s’attaquer à ce problème. Ce serait positif pour notre démocratie.

Mais je ne vois pas comment trouver une convergence entre la N-VA et le PS sur le plan socio-économique sans réformer l’État. Je ne sais pas comment nous pouvons réunir ces deux idéologies pour trouver des solutions qui feront avancer le pays. Quand on voit combien il a été difficile pour Vivaldi de trouver une convergence entre libéraux et socialistes, je me demande comment y parvenir avec la N-VA. J’ai beaucoup de doutes…

Et Paul Magnette a catégoriquement refusé lors de ce débat de parler de confédéralisme suite au vote du 9 juin…

Il est logique qu’il adopte une telle position. Ce débat a été diffusé dans le nord et le sud du pays. Les francophones sont cependant beaucoup moins exigeants en matière de réforme de l’État. Mais ce dont je retiens, c’est qu’il ne s’agit plus d’un dialogue de sourds entre deux démocraties, qui font partie du même pays. On entend de plus en plus au sein des partis francophones, comme le MR ou Les Engagés, des voix s’élever pour donner plus d’autonomie aux régions. Au sein même du PS, on a vu Pierre-Yves Dermagne parler d’une Wallonie rattachée à la France. Mais c’est un débat que nous n’avons pas du tout en Flandre. C’est un discours irréaliste. Quoi qu’il en soit, il se passe beaucoup de choses au niveau communautaire. Plus que ce que nous aurions imaginé. Alors, quand Paul Magnette s’oppose catégoriquement à la réforme de l’État, il se trouve un peu isolé.

Mais comment se fait-il que Paul Magnette et Bart De Wever aient failli trouver un accord en 2020 et que désormais rien ne semble possible au niveau communautaire pour le président du PS ?

Sa position actuelle est normale en campagne. Être favorable à une réforme de l’État du côté francophone ne fonctionne pas du tout. Pourtant, une vision communautaire existe au PS. Les socialistes perdent aujourd’hui beaucoup d’électeurs parce qu’au sein du gouvernement, ils n’ont pas pu faire ce qu’ils voulaient. Ils se demandent maintenant ce que cela aurait été s’ils avaient pu avoir plus de pouvoir. Ils se disent qu’ils auraient pu répondre davantage aux besoins de leurs concitoyens.

Imaginons que Magnette finit par accepter de discuter avec la N-VA et que les deux partis s’accordent sur une réforme de l’Etat. Est-ce que cela serait accepté du côté francophone ? Ne lui reprocherait-on pas d’avoir changé d’avis ?

Je pense que ce que préconise Bart De Wever pourrait être accepté. Il souhaite former un mini-cabinet, composé de chaque parti au pouvoir dans les régions. L’objectif est de trouver une issue aux problèmes financiers, tout en discutant de la réforme de l’État. A mes yeux, les Wallons pourraient être d’accord avec cette idée. Mais on se pose la question en Flandre : que fera Bart De Wever si, après deux ans, il n’y a toujours pas d’accord sur la réforme de l’État ? Personnellement, je le vois laisser tomber le gouvernement en expliquant que cela ne peut pas continuer ainsi.

Et puis, il faut tenir compte des sondages. Le Vlaams Belang sera le premier parti, non seulement en Flandre, mais aussi en Belgique. C’est la dernière chance pour les Wallons de parler avec la N-VA et non avec le Vlaams Belang. On ne sait pas exactement ce qui se passera si nous laissons à nouveau les deux plus grands partis dans l’opposition. Comment cela se traduirait-il dans les urnes en 2029 ? J’en ai déjà discuté avec Paul Magnette, qui est également politologue, et je peux vous dire qu’il comprend le problème.

Qui est sorti vainqueur de ce duel ?

C’était un duel que ni De Wever ni Paul Magnette ne pouvaient perdre. Et, à mon avis, ils ont tous deux gagné le débat. Bart De Wever a joué la carte de la rationalité. Il a étudié tous les chiffres pour attaquer Vivaldi et le PS. Magnette a aussi utilisé les chiffres, mais il a beaucoup plus joué la carte de l’émotion. Il a notamment utilisé l’exemple des infirmières. Il a également adopté une position plus défensive. Mais au final, je pense qu’ils ont gagné tous les deux, l’un en Flandre, l’autre en Wallonie. Cela dit, l’intervention d’un petit indépendant wallon était intéressante. Elle s’est dite plus convaincue par l’explication de Bart De Wever sur la migration et le problème du travail en Wallonie. Cela casse un peu l’image stéréotypée. On se rend compte que les Wallons ne pensent pas si différemment des Flamands en matière de migration.

Dans la campagne actuelle, on a l’impression que Magnette est le seul à pouvoir discuter à armes égales avec De Wever…

C’est vrai… C’était un débat entre deux hommes politiques de haut niveau. Ils se sont concentrés sur le contenu et non sur la personne. J’ai vraiment apprécié. On sent qu’ils se respectent vraiment. Bart De Wever trouve que Paul Magnette est un homme intelligent. Et c’est réciproque. Ils sont complètement en désaccord sur beaucoup de points mais il y a une sorte de respect. C’est important et ça se voit. Imaginez le même débat entre Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez… J’aimerais bien le voir, mais je ne pense pas que Bart De Wever serait aussi galant. Pour beaucoup, c’est difficile à comprendre car Georges-Louis Bouchez tient un discours qui ressemble beaucoup à celui de la N-VA sur le plan socio-économique. C’est un peu étrange de voir Bart De Wever avoir plus de respect pour Paul Magnette que pour Georges-Louis Bouchez, mais les politiques sont des êtres humains. Ce ne sont pas des robots, sans émotion. Les relations personnelles sont très importantes en politique.

 
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