Faut-il faire appel aux retraités pour réduire le déficit public ? – .

Faut-il faire appel aux retraités pour réduire le déficit public ? – .
Faut-il faire appel aux retraités pour réduire le déficit public ? – .

Le gouvernement cherche désespérément depuis plusieurs mois à réduire le déficit public, tout en refusant d’augmenter les impôts. Ce qui implique de trouver des poches à vider indirectement. Certaines, apparemment bien garnies, sont alléchantes, comme celles des retraités.

Cinq économistes ont récemment proposé, dans une tribune du Mondede « contribuer davantage aux retraités en recourant à une désindexation (temporaire) des retraites par rapport à l’inflation ». L’idée n’est pas nouvelle : elle a déjà été brièvement pratiquée par le passé, et elle a été remise sur la table fin février par le ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave, avant d’être reprise par Emmanuel Macron, dont l’électorat est principalement à la retraite. Mais les députés de la Renaissance continuent d’examiner cette possibilité.

Si l’urgence de réduire la dette ne fait pas l’unanimité, le temps du « quoi qu’il en coûte » touche à sa fin : chaque euro de dépense publique est à nouveau scruté, surtout dans un contexte où les règles budgétaires des entreprises européennes, temporairement mises en pause pour cause de Covid , sont en train de reprendre du service.

Indexation à 14 milliards d’euros

En quête d’économies, Bercy grimace : en début d’année, la revalorisation des retraites de base par rapport à l’inflation (+5,3%), à laquelle s’ajoute la hausse des retraites complémentaires (+4,9%), coût plus de 14 ans Des milliards d’euros » à l’État selon Thomas Cazenave.

La facture est jugée beaucoup trop élevée par les opposants à l’indexation des retraites, d’autant qu’elle crée des inégalités par rapport aux travailleurs, dont les salaires n’ont pas suivi la hausse des prix (sauf pour le Smic).

«Les salariés ont fait beaucoup d’efforts pendant la période inflationniste» souligne François Geerolf, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui plaide pour une sous-indexation temporaire des retraites pour rétablir l’équilibre intergénérationnel.

Mais la proposition est loin de faire consensus. « Cela détruirait le contrat social ! “, critique par exemple Henri Sterdyniak. Pour l’économiste, co-fondateur du groupe des Economistes Consternés, même si la mesure est temporaire, elle pourrait être réactivée lors de chaque crise pour faire des économies, entraînant alors des pertes de pouvoir d’achat pour les retraités.

“Cela a déjà commencé, puisque les retraites déjà liquidées ont perdu 8,4% de pouvoir d’achat entre 2015 et 2022”, précise-t-il.

En cause, la sous-indexation des retraites de base en 2019 et 2020, le gel des retraites de base entre 2014 et 2016 sauf pour les plus petites pensions (moins de 1.200 euros par mois) et l’absence de revalorisation des retraites complémentaires (gérées par les partenaires sociaux). et non le gouvernement) entre 2014 et 2017.

“Notre système repose sur l’assurance aux actifs que leur niveau de vie à la retraite sera satisfaisant, sinon nous encourageons la capitalisation”, poursuit Henri Sterdyniak. Les plus hauts revenus préféreront ce modèle pour éviter que leur retraite ne soit utilisée comme variable d’ajustement du déficit public. »

Les retraités sont trop bien traités ?

Le débat sur la sous-indexation ravive la vieille controverse sur les inégalités intergénérationnelles. Elle repose sur le postulat selon lequel les retraités sont désormais mieux lotis que les travailleurs. Et certains indicateurs vont effectivement dans ce sens. Les retraités sont par exemple moins touchés que le reste de la population par la pauvreté, avec un taux de 9,5% contre 14,6% en 2019 selon le rapport 2023 du Conseil d’orientation des retraites (COR).

« De plus, les retraités qui vivent en dessous de ce seuil [de pauvreté, soit 60 % du niveau de vie médian de la population] en sont relativement proches, » préciser les experts dans le document. Ils subissent donc une pauvreté moins sévère.

Leur niveau de vie était également, en 2019, supérieur de 1,5 % à celui de l’ensemble de la population. Il est certes, en valeur absolue, inférieur à celui des actifs, mais le tableau change si l’on prend en compte les « loyers imputés ». Le terme fait référence aux dépenses évitées par les propriétaires, qui ne paient donc pas de loyer, une situation très courante chez les retraités. En tenant compte de ces loyers imputés, leur niveau de vie devient alors supérieur de 7,8 % à celui de l’ensemble de la population.

Quelles alternatives à la désindexation ?

Toutefois, les retraités ont déjà été appelés à cotiser. Depuis une décennie, le montant des prestations de protection sociale perçues en moyenne par une personne de plus de 60 ans ans augmente moins vite que le PIB par habitant “, écrit France Stratégie dans un rapport sur le sujet.

Autrement dit, les pensions de retraite, même si elles ne diminuent pas, ont moins augmenté que la richesse créée. Il en résulte un décrochage relatif par rapport au reste de la population. Cela est dû au relèvement de l’âge de la retraite et au changement du mode de calcul des retraites, désormais indexées sur les prix et non plus sur les salaires. Par ailleurs, les retraités participent de plus en plus au financement de la protection sociale, et donc de leurs propres retraites, via la contribution sociale générale (CSG).

La CSG elle-même fait débat car les retraités sont soumis à des taux inférieurs à ceux des actifs (9,2 %). Les plus pauvres en sont en effet exonérés, et trois taux différents s’appliquent aux retraités, progressifs selon les revenus, jusqu’à 8,3 %.

« Cela crée une injustice par rapport aux travailleurs au Smic par exemple, qui ont un taux de 9,2 %. La progressivité des taux permet de protéger les moins aisés, mais on pourrait au moins augmenter le taux le plus élevé, qui concerne les retraités ayant des revenus supérieurs à 2 000 €. euros par mois, à 9,2%», suggère Anne Lavigne, professeur d’économie à l’université d’Orléans, spécialiste des systèmes de retraite.

Elle préconise donc plutôt une réforme fiscale qui pourrait rapporter entre 1,9 et 2,1 milliards d’euros par an. A cela pourraient s’ajouter 4 milliards d’euros liés à la suppression de la réduction d’impôt de 10 % dont bénéficient les retraités imposables, sorte de compensation accordée aux retraités face à la « niche » des dépenses professionnelles des salariés, qui leur offre une réduction. d’un niveau similaire.

L’économiste évoque également la possibilité de réformer la fiscalité des successions. « L’enjeu est de faire circuler le capital entre les générations alors qu’il existe une concentration des richesses parmi les plus âgées. » elle explique. Cela aurait aussi l’avantage de cibler les retraités aisés et non les pensions.

Il n’en demeure pas moins que les derniers rapports COR prédisent tous une baisse du niveau de vie des retraités par rapport à ceux des actifs au cours des quarante prochaines années.

« Nous sommes confrontés à un choix de société. Soit on accepte cette baisse qui pèsera sur les futurs retraités, soit on veille à ce que le niveau de vie des retraités soit maintenu sur le long terme. Cela implique certes d’augmenter le taux de cotisation sur les salaires, mais une telle mesure bénéficierait demain aux travailleurs d’aujourd’hui. »explique Henri Sterdyniak.

La question de l’effort des retraités lors des crises économiques mérite en tout cas d’être discutée démocratiquement, en dehors des calculs électoraux, pour éviter une fracture entre les générations.

 
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