Pierre Forman, Le Palais de Tokyo est-il devenu fou ? – Règles du jeu – .

Pierre Forman, Le Palais de Tokyo est-il devenu fou ? – Règles du jeu – .
Pierre Forman, Le Palais de Tokyo est-il devenu fou ? – Règles du jeu – .

C’est incroyable. Lorsqu’on entre dans cette salle du sous-sol du Palais de Tokyo, en regardant les affiches accrochées, certaines splendides, on se dit vite qu’il y a un problème. Calmes mais un peu nerveux, nous avançons, pas à pas, d’abord assez enthousiastes devant des textes, des photos, des magazines, qui dénoncent l’apartheid en Afrique du Sud, cet abominable apartheid où des millions de noirs étaient sous le joug des Boers, des Afrikaners impitoyables, injuste, meurtrier avec eux. L’Afrique du Sud était une dictature ségrégationniste violente, et ces textes, ces photos, ces affiches de résistance nous le rappellent d’une très belle manière. Un peu plus loin, une autre dictature, celle-ci militaire, dénoncée ici par davantage de textes, photos, affiches, celle de Pinochet, au Chili, régime aux environ 38 000 torturés, qui a fait des Chiliens un peuple martyr.

Ensuite, on monte quelques marches, et là, l’hallucination, la peur elle-même. On dit simplement que le Palais de Tokyo est devenu fou. Palestine. Le mouvement de résistance de l’OLP, par Yasser Arafat. Plusieurs points problématiques nous apparaissent alors. D’abord dresser, oser une équivalence entre cette résistance palestinienne à Israël, considérée de facto, avec désinvolture, sans détour, comme l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid et comme le Chili à l’époque de Pinochet, c’est-à-dire comme une dictature , est une aberration. Comme si Israël, pays démocratique, avec des élections démocratiques, des institutions démocratiques, pays des droits de l’homme et des femmes, favorable aux LGBT, avait quelque chose à voir avec les dictatures susmentionnées. Ce parallèle insensé est politiquement, historiquement faux et dangereux. Ce problème de juste évaluation des choses, de discernement, de mauvais jaugeage, semble alors faire passer l’exposition d’un statut prétendument objectif, voire scientifique, à un statut plus proche d’un geste propagandiste.

Autre point problématique, Yasser Arafat, des années 70, est présenté comme un héros, un personnage sympathique organisant, en 1978, une exposition à Beyrouth pour les peintres palestiniens, ce qui est vrai, ce qui est tout à fait louable bien sûr. , mais avec un détail important : Arafat est l’un des pires terroristes de l’époque sans jamais être mentionné, ni dans les documents d’archives, ni, et c’est encore plus problématique, dans les cartels censés contextualiser l’exposition. N’y avait-il pas d’historien digne de ce nom, prêt à éclairer rationnellement cette époque ?

Vue de l’exposition « Worried Pass, musées en exil et solidaires », Palais de Tokyo, 16/02/2024 – 20/06/2024. Photo : Aurélien Molé.

Rien qu’en 1978, année de l’exposition à Beyrouth, il y a eu plus d’une dizaine d’attentats sur le sol israélien, faisant une quarantaine de morts, dans des bus, à Tel-Aviv, à Jérusalem et ailleurs, dont bien sûr des enfants. et les femmes. Rien de ce côté-là d’Arafat n’apparaît, c’est du révisionnisme. Et le parallèle nous saute enfin aux yeux : l’OLP est exclusivement présentée comme une organisation de libération de la Palestine, jamais comme une organisation terroriste, comme le Hamas, par toute une partie de l’extrême gauche aujourd’hui, la LFI pour ne les nomme pas, présentée comme un mouvement de résistance et non de terrorisme. Il est difficile de ne pas faire ce lien ; Difficile de ne pas être dégoûté par le message à peine dissimulé de cette exposition. Faire l’éloge de l’OLP à l’ère du terrorisme n’est-il pas une « apologie du terrorisme » ?

Autre point problématique, qui concerne les cartels, mis en place par les deux commissaires, Kristine Khouri et Rasha Salti, sur lesquels, encore une fois, le manque de contextualisation saute aux yeux. Pourquoi écrire que le Liban a été attaqué par Israël en 1982 sans dire pourquoi ? Présenté ainsi, bien sûr, Israël apparaît résolument barbare. Pourquoi ne pas dire que l’opération « Paix en Galilée » lancée par l’armée israélienne, avec la complicité de milices chrétiennes, visait à stopper les attaques de l’OLP contre Israël depuis le sud du Liban ? Je n’arrive pas à imaginer quels étaient les premiers cartels de l’exposition, supprimés à la hâte suite à l’affaire Sandra Hegedüs ?

Ajoutons un détail significatif : le mot Israël n’apparaît presque jamais dans cette exposition, comme si, on le comprend bien vu sa tonalité générale, ce pays n’existait pas. Comme si c’était rayé de la carte, de la mer à la rivière. J’ai relevé deux occurrences, « Les chars israéliens reviennent au Liban », « Israël, pays fasciste et raciste » : deux occurrences terribles, révélatrices des intentions des deux conservateurs.

Enfin, un dernier point, non moins épineux. Était-il raisonnable de maintenir cette exhibition violemment anti-israélienne à tous points de vue, alors que le 7 octobre avait eu lieu, alors que la guerre entre Israël et le Hamas se poursuit au moment où j’écris ces lignes ?

Curieuse, je suis allée voir le X des deux commissaires, Kristine Khouri, Rasha Salti. L’un d’eux partage des informations provenant d’un journal en ligne, Palestinien en ligne. Je suis allé voir ce site que je ne connaissais pas, et non sans surprise, je suis tombé sur une vidéo d’une conférence d’un professeur américain, John-J. Mearsheimer, qui a fait scandale au début des années 2000 avec son livre co-écrit avec Stephen M. Walt, Le lobby israélien et la politique étrangère américaine (traduit en français à La Découverte en 2007). Ce qui en dit long sur le site, et par extension, sur les conservateurs.

Il est encore temps de supprimer cette partie de l’exposition qui déshonore le Palais de Tokyo, que l’on savait plus inspiré.

 
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