Une opportunité en or d’exploiter l’IA pour le bien commun

Une opportunité en or d’exploiter l’IA pour le bien commun
Une opportunité en or d’exploiter l’IA pour le bien commun

La semaine dernière, le gouvernement canadien a offert son soutien à la Déclaration de Séoul pour une intelligence artificielle « sûre, innovante et inclusive ». Ce soutien ne sera qu’un vœu pieux tant que la stratégie canadienne en matière d’intelligence artificielle (IA) s’inspirera du modèle spéculatif de la Silicon Valley et servira des intérêts étrangers qui n’ont rien à voir avec le bien-être de la population canadienne. .

L’investissement massif de deux milliards de dollars pour créer un accès public à une infrastructure informatique efficace pourrait, en retour, représenter une opportunité en or d’exploiter l’IA au profit du bien commun.

Actuellement, l’accès à une puissance de calcul de haut niveau est limité car seules les très grandes entreprises peuvent mettre en place une infrastructure adéquate. Selon les informations contenues dans le dernier budget de Freeland, le gouvernement aurait récemment signé une lettre d’intention avec la société Nvidia. Cette dernière fabrique des puces électroniques excessivement coûteuses, mais extrêmement efficaces pour l’analyse des données. Si le gouvernement veut donner un coup de pouce aux entreprises et aux chercheurs en IA, c’est parce qu’il croit aux retombées économiques importantes pour le Canada. Pourtant, les promesses de gains ont été sapées par les recherches qui démontrent les pièges de la stratégie de développement actuelle.

En 2019, l’Institut de recherche et d’information socioéconomiques (IRIS) a publié une étude montrant que les attentes économiques en matière d’IA étaient gonflées dans un contexte de concentration accrue de l’innovation dans les entreprises. Cela signifiait que les entreprises québécoises et canadiennes avaient peu de chances de générer des bénéfices sociaux puisqu’elles étaient vouées à être rachetées par les géants de la Silicon Valley ou à faire faillite. Depuis, Element AI et Imagia, deux entreprises perçues comme les fleurons du futur de l’IA au Québec, ont respectivement suivi ces avenues.

D’autres travaux ont également montré que ceux qui bénéficiaient principalement des investissements publics étaient un très petit nombre d’entreprises et de chercheurs du secteur, dont le Canada n’était pas en mesure de conserver la propriété intellectuelle. En outre, les investissements privés dans la recherche et le développement continuent de diminuer, tandis que les résultats de la science publique sont de plus en plus privatisés.

Quant aux effets sur la productivité, ils restent à démontrer, notamment dans la fonction publique. Dans le secteur de la santé, IRIS a montré que la domination des industries pharmaceutique et numérique empêchait une augmentation globale de l’efficacité du système public. Les technologies développées sont au service d’une médecine hyperspécialisée qui néglige presque entièrement la prévention. Les interventions sur les déterminants environnementaux ou sociaux de la santé sont laissées de côté, au profit des industries qui profitent de la maladie.

Rappelons enfin que cette infrastructure sera extrêmement énergivore et que l’augmentation de la puissance de calcul pèse de plus en plus lourdement sur la demande énergétique canadienne. Il est difficile de croire, dans ces circonstances, que ces infrastructures informatiques serviront sans équivoque des intérêts plus larges et durables.

Faut-il alors refuser les investissements publics dans les infrastructures informatiques ? Pas nécessairement. En fait, l’idée d’une telle infrastructure présente l’opportunité de créer un nouveau modèle de développement de l’IA. Plutôt que de produire des technologies qui s’inscrivent dans la logique économique meurtrière des puissants géants de la Silicon Valley, les politiques d’innovation pourraient stimuler la création de technologies ayant un réel impact sur le travail et la vie de la population canadienne. Que ce soit en imposant la création d’innovations librement accessibles ou en favorisant les projets s’engageant dans des démarches de coproduction, une infrastructure informatique publique doit éviter les écueils actuels des politiques de développement de l’IA. Ce n’est qu’avec de telles ambitions que les citoyens pourront croire qu’ils changeront leurs habitudes.

Quel est l’intérêt de mettre en œuvre une stratégie de puissance de calcul souveraine sans considérer la souveraineté technologique ?

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