Bardella, Hayer, Glucksmann… Les défis des candidats à l’aube du « money time »

Bardella, Hayer, Glucksmann… Les défis des candidats à l’aube du « money time »
Bardella, Hayer, Glucksmann… Les défis des candidats à l’aube du « money time »

Les candidats aux élections européennes du 9 juin font campagne depuis des semaines, voire des mois. Mais en vérité, ça commence maintenant. Car les Français s’intéressent à ces élections très tard, et la « campagne utile » est très courte : dix jours, deux semaines maximum.

Dix-sept jours avant le vote (seize dans les collectivités d’outre-mer de l’Atlantique), et à l’aube de cette « campagne utile », 20 minutes fait le point sur les principaux favoris. Si l’on en croit les sondages, sept ou huit listes peuvent espérer dépasser les 5% des voix et envoyer des députés à Bruxelles et Strasbourg. Où sont-elles? Et quel est leur objectif pour les trois semaines restantes ? Allons-y !

Jordan Bardella (RN) : Restez mobilisé

C’est peu dire que Jordan Bardella, crédité de 30 à 32% des intentions de vote, a connu jusqu’ici une campagne tranquille. Il a même pu s’offrir le luxe d’éviter les sept ou huit premiers débats. On serait tenté de dire que pour bien finir, il lui faudra éviter les bourdes. Mais quelles erreurs ? Depuis des mois, les faux pas, les erreurs, les incohérences du RN n’ont eu aucun effet sur l’aiguille. Tout dépend de sa formation politique.

Le défi de Jordan Bardella est évidemment un problème pour les riches : éviter la démobilisation ou la dispersion d’un électorat qui pourrait comprendre que c’est déjà gagné. Mais une mauvaise surprise le jour du scrutin est vite arrivée : le RN l’a vécue en juin 2021 lors des élections régionales, où il a eu un résultat bien moins bon que prévu.

Si le 9 juin, Jordan Bardella arrive en tête avec moins (voire nettement moins) de 30 % des voix, cela pourrait être lu comme un petit échec, malgré un très bon score dans l’absolu.

Valérie Hayer (Renaissance, Modem, Horizon) : Sauver les meubles

Sachez-le : vous naviguez entre 15 et 17 % dans les sondages étant la liste unique de toute la coalition gouvernementale. C’est une campagne cauchemardesque que vivent les macronistes, dans une élection pourtant nationale et liée à ce que vous portez depuis huit ans. Le fait que le camp présidentiel ait choisi Valérie Hayer, compétente mais qui apparaît comme le 12e choix sur le banc, n’aide évidemment pas. Résultat : aujourd’hui, la liste Hayer est suivie de près par celle des socialistes.

L’enjeu de Valérie Hayer est de ramener les macronistes aux urnes. Certes, certains semblent avoir été séduits par Raphaël Glucksmann, mais le gros des troupes est pour le moment… chez lui. La campagne macroniste est-elle calibrée pour toucher les abstentionnistes ? Traditionnellement, son électorat, composé de cadres, de retraités et de catégories socioprofessionnelles supérieures, est l’un de ceux qui votent le plus. A moins qu’ils ne reviennent « naturellement » à l’approche du vote, la tâche ne sera pas simple.

Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) : Ne vous essoufflez pas

“Quelque chose est en train de se passer.” C’est la phrase favorite des socialistes, encore abasourdis par ce qui leur arrive dans cette campagne, mais qui ne prennent pas trop de risques de peur de se faire du mal. L’accueil chaleureux des marchés, l’envie de voter socialiste…, nous disent-ils : c’est sûr, « il se passe quelque chose ». En quelques semaines, la liste Glucksmann, pro-européenne bien que critique, a rejoint le peloton de tête et talonne désormais la liste Hayer.

Même s’il y a un vote utile dans les 13 à 15 % annoncés de cette liste socialiste, cela n’est pas le fruit du hasard ; comme cela n’est pas arrivé par hasard à Mélenchon en 2022. C’est le résultat d’une campagne locale de haute intensité depuis des mois. Le défi de Raphaël Glucksmann est donc de tenir jusqu’au 9 juin. Mais aura-t-il encore du chewing-gum dans le temps d’argent ?

Manon Aubry (LFI) : Récolter une voix de plus

Manon Aubry s’est un peu fait voler sa campagne européenne. Le choix de la direction de LFI de se mettre à fond sur les massacres à Gaza – notamment avec l’arrivée de la juriste franco-palestinienne Rima Hassan, qui a pris une grande partie de l’attention – a marginalisé la tête de liste. Elle semble avoir retrouvé un certain élan en mettant l’accent sur les enjeux de société, notamment à travers une rencontre avec François Ruffin. Bref, la tête de liste insoumise ne baisse pas les bras complètement. Au final, il navigue dans les mêmes eaux de vote qu’en 2019, entre 8 et 9 %. Mais il y a cinq ans, le soir du vote révélait une mauvaise surprise, avec seulement 6,3% des suffrages recueillis.

Les revendications insoumises pour ces européennes de 2024 sont faibles : le seul défi de Manon Aubry est de faire plus qu’en 2019. Rien que cela et les mélenchonistes pourront dire qu’ils avancent. Evidemment, plus Manon Aubry sera proche de Raphaël Glucksmann, mieux cela fonctionnera. Mais les élections européennes ne sont en aucun cas une élection sur laquelle LFI veut miser gros.

François-Xavier Bellamy (LR) : Convainquez-vous de son utilité

Difficile de représenter la droite traditionnelle française, privée de ses voix depuis sept ans par le macronisme triomphant et l’extrême droite fébrile. La campagne de François-Xavier Bellamy l’incarne : il souligne qu’il fait partie du groupe le plus important et le plus influent du Parlement européen, le PPE, mais ne soutient pas sa candidate – Ursula von der Leyen – au poste de présidente de la Commission européenne. .

L’enjeu pour François-Xavier Bellamy est de taille : convaincre de son utilité au Parlement européen alors qu’il est isolé au PPE, aux côtés de macronistes en position centrale – quoique diminuée – et d’une extrême droite qui ne semble pas en payer le prix. marginalisation dans les institutions européennes.

Marie Toussaint (Les Ecologistes) : Rassembler les troupes (et mettre fin à cette campagne contre l’emploi)

Dans l’ombre des plus de 13 % de Yannick Jadot en 2019, Les Écologistes, et Marie Toussaint en tête, savaient sans doute que ce scrutin serait plus difficile. Peut-être pas au point d’avoir quelques gouttes de sueur sur la tempe à l’idée de ne pas dépasser la barre fatidique des 5 %. Le dernier sondage Harris donne Marie Toussaint à 5%, les autres à 5,5%. Ce sont certes les pires sondages mais il fait chaud, plus chaud que le climat.

Le défi de Marie Toussaint est de convaincre tous les électeurs qui se sont tournés vers Raphaël Glucksmann qu’il est un faux allié de l’écologie, peut-être même pas vraiment de gauche. Sauf qu’à ce jeu-là, Marie Toussaint, qui n’était « pas la plus opposée » à une liste d’union de la gauche aux européennes chez les Verts, sera forcément moins convaincante que des insoumis habitués à taper comme des sourds. .

Marion Maréchal (Reconquête) : Assurer le succès

Pas facile d’être candidat d’extrême droite quand son voisin arrive en tête des sondages avec plus de 30 %. Pour tenter de se différencier, Marion Maréchal et Éric Zemmour sont allés encore plus fort sur l’immigration, la sécurité et la stigmatisation des musulmans (entre autres), sans bouger l’aiguille.

Le défi de Marion Maréchal est d’être à la hauteur. Faire élire des représentants au Parlement européen pour un parti qui n’a aucun parlementaire élu sous l’étiquette « Reconquête » sera déjà une victoire. Et un ticket pour exister politiquement et médiatiquement jusqu’à la prochaine présidentielle.

Léon Deffontaines (PCF) : Incarner le mini-vote utile

Il y a quelques semaines, la tête de liste du Parti communiste affirmait être « là où il voulait être » dans les sondages avant le début de la campagne. Autour de 3,5%, son maximum jusque-là. Sauf que depuis, il se rapproche davantage des 2 %. Soyons clairs : le voir obtenir 5% au soir du 9 juin serait une surprise.

Non pas que Léon Deffontaines fasse une mauvaise campagne, on lui attribue même quelques bonnes performances dans les débats. Mais la ligne PCF version Roussel ne semble tout simplement pas réussir : 2,49% pour Ian Brossat aux élections européennes de 2019, 2,28% pour Fabien Roussel à la présidentielle de 2022.

L’enjeu de Léon Deffontaines est l’appel à un « vote utile » pour que la gauche dispose de 5 sièges supplémentaires. Appelons cela un mini-vote utile, pour lui permettre de dépasser les 5% et pour que les votes exprimés sur sa liste ne soient pas « inutiles ». Pas facile quand le vote pour Glucksmann semble avoir pris les devants pour tenter de battre les macronistes, ou quand Manon Aubry occupe le terrain de la gauche radicale.

 
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