L’or voit tous les carats

L’or voit tous les carats
L’or voit tous les carats

Pour des raisons esthétiques, économiques, mais aussi juridiques et sociologiques, l’alliage 18 carats n’a plus le monopole des écrins de joaillerie où d’autres grades (notamment 9, 14, 22 et 24 carats) sont répandus.

C’est une tradition qui date de la Révolution. Avec la loi du 19 brumaire an VI (9 novembre 1797), le législateur, voulant garantir une bonne qualité de l’or en circulation, imposa aux orfèvres joailliers l’usage de 18 carats, soit un alliage contenant 75 % d’or pur. et 25% un autre métal. Les professionnels n’utilisent en effet jamais le métal précieux pur mais mélangé à du zinc, du cuivre ou de l’argent pour le rendre plus solide et donc plus durable, cette règle vise à éviter que tout le monde ne le mélange, souvent au détriment du client. Dès lors, 18 carats (nom datant du Moyen Âge et divisant la masse totale en 24 parties) devient l’étalon et assume un monopole absolu en France. Jusqu’au 4 janvier 1994, il y a trente ans, et un texte voté pour ouvrir le marché à d’autres qualités, notamment 14 et 9 carats (contenant respectivement 58,5 % et 37,5 % d’or), métaux moins « concentrés » et donc moins chers.

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A l’époque, les grandes maisons parisiennes de la place Vendôme et de la rue de la Paix faisaient le nez face à cette nouvelle concurrence. Les créateurs, même ceux qui ont des idées larges, tressaillent également. Parmi eux se trouve Jean Dinh Van, qui s’est fait une place dans le monde avec ses créations innovantes et sa signature dans la tradition de la joaillerie. Voir l’arrivée sur le marché du 9 carats, un alliage où l’or est minoritaire, le hérisse. ” Pour lui, cette loi est une hérésieconfirme Corinne Le Foll, directrice générale de la marque.En 1991, avant même son vote, et en réaction à cet alliage de mauvaise qualité qui allait être autorisé, il créait pour la première fois une pièce avec la plus haute teneur en or possible, 24 carats. Comme un camouflet ! Mais il s’agissait d’un défi technique, car l’or sous cette forme presque pure est si malléable qu’il doit être martelé pour durcir et être durable. Ainsi est né le pendentif Pi, très important dans notre histoire car il illustre l’audace de Jean Dinh Van et l’amour qu’il portait à la matière. » Si cette grande pièce ajourée, d’une grande simplicité et autant de caractère, est longtemps restée un modèle emblématique, elle est quasiment unique en son genre au catalogue de la marque. Ce long pendentif historique, qui n’a pas changé d’un iota (ni pris une seule ride), fait l’objet de quelques déclinaisons ce mois-ci avec un collier et deux bracelets.

De gauche à droite : bracelets Pi en or 24 carats (sur chaîne 18 carats), à partir de 1 690 €, Dinh Van. Bague douze diamants en or 14 carats, Noguchi chez White Bird, 1 600 €. Bracelet Marella Sphere en or brossé 14 carats, Lauren Rubinski, 6 180 €.
Dinh Van, Noguchi, Lauren Rubinski

Malgré la loi de 1994, les marques historiques sont restées attachées à la tradition du 18 carats, considéré comme le meilleur équilibre entre préciosité, esthétique et durabilité. .Les différents titrages restent tabous pour de nombreux professionnels français, et parfois italiens.a noté Stéphanie Roger, fondatrice de la multimarque de joaillerie parisienne White Bird,mais le public y est complètement ouvert. » Le premier avantage est économique, puisqu’il permet aux créateurs de proposer des prix plus raisonnables – un argument d’autant plus recevable que le prix de l’or a connu des hausses records ces dernières années. Avec le succès des bijoux et le développement de l’offre, les clients ont également accepté volontiers l’existence d’offres alternatives. Ainsi dans les boutiques White Bird, où les créateurs viennent des quatre coins du monde, tous les ors cohabitent en bonne harmonie. Avec une forte représentation du 14 carats (notamment chez les anglo-saxonnes Sophie Bille Brahe, Alice Waese, Brooke Gregson, ou encore la japonaise Noguchi).

Couleur et brillance riches »

La différence n’est presque pas perceptible à l’œil nu entre 18 et 14 carats, tous deux aussi précieux et durables l’un que l’autre. », insiste Stéphanie Roger, qui vient elle aussi de céder aux sirènes de 9 carats pour sa collaboration avec Inès de la Fressange. Les deux femmes ont en effet dévoilé leur création à quatre aiguilles, une bague sertie d’une pierre fine (aigue-marine, améthyste, citrine…) sur de l’or plus abordable afin d’assurer un prix inférieur à 1 000 euros. “Sur des bijoux trop fins, l’or 9 carats n’offre pas une bonne résistance mais sur des montures conséquentes comme celle de notre bague Jelly, il n’y a aucun risque et la couleur est parfaitement identique.», explique le spécialiste.

Bagues Jelly en or 9 carats et pierre de couleur, collaboration White Bird avec Ines de la Fressange, 960 €.
Oiseau blanc

Certains l’adoptent et le défendent pour des raisons esthétiques et techniques. Le japonais Noguchi l’utilise depuis une vingtaine d’années et apprécie sa teinte particulière qui se marie avec grâce aux diamants bruns ou gris. Idem pour l’Australienne d’origine marocaine, Karen Liberman, qui n’aime rien de plus que mélanger l’or et les métaux. Pour Lauren Rubinski, qui possède des revendeurs dans le monde entier, tout est une question de volume. “Nous avons choisi d’utiliser l’or 14 carats car il s’est avéré être pour moi l’alliage le plus intéressant, notamment pour les mailles, afin d’imaginer des pièces à la fois imposantes et légères. Contrairement à l’or 9 carats, qui contient une proportion plus élevée de métaux non précieux, l’or 14 carats conserve une couleur et un éclat riches tout en étant plus résistant à l’usure normale que l’or 18 carats. Il permet à nos artisans italiens de créer des pièces à la fois raffinées et imposantes, parfaites pour un usage quotidien..»

Bague et créoles Héritage en or 22 carats, Zolotas, à partir de 3 200 €.
Zolotas

Et puis, à contre-courant, il y a aussi quelques adeptes du grade supérieur, 22 carats, connu pour afficher une couleur solaire, très jaune. Chez le joaillier grec Zolotas, c’est presque devenu une signature. “Façonner cet alliage, c’est choisir de créer des bijoux luxueux et uniques. affirme son président, Georges Papalexis.La matière première très présente et son traitement très spécifique représentent une valeur ajoutée importante à la création du bijou. Cette esthétique s’est imposée parmi nous depuis les années 1960, lorsque, à l’initiative de Xénophon Zolotas, ancien premier ministre grec, grand érudit et héritier de cette maison fondée en 1895, il fut décidé de s’appuyer sur la grande tradition hellénique antique d’orfèvrerie joaillière.»Ses cuirasses ou ses boucles d’oreilles brillent comme des soleils. Comme les bagues de la Californienne Cathy Waterman, dont le jaune renoncule accentue le côté naturaliste.

 
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